{"id":1075,"date":"2013-04-16T10:21:00","date_gmt":"2013-04-16T09:21:00","guid":{"rendered":"http:\/\/contrelenfermement.noblogs.org\/?p=1075"},"modified":"2013-04-16T10:21:00","modified_gmt":"2013-04-16T09:21:00","slug":"ecrit-par-gilbert-embarquement-a-la-maison-centrale-clairvaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/contrelenfermement.noblogs.org\/?p=1075","title":{"rendered":"\u00c9crit par Gilbert, embarquement \u00e0 la Maison Centrale Clairvaux"},"content":{"rendered":"<p>Avant toute chose je voudrais rendre hommage \u00e0 Catherine Charles disparu en mars dernier apr\u00e8s toute une vie de lutte aux cot\u00e9s de d\u00e9tenus, un exemple de solidarit\u00e9, de combativit\u00e9. En un mot, une GUERRIERE, qu\u2019elle repose en paix et que la terre lui soit l\u00e9g\u00e8re.<\/p>\n<p>Je vous raconte mon histoire, je crois que \u00e7a en vaut la peine. Je me retrouve de nouveau en centrale apr\u00e8s avoir pass\u00e9 20 ans dans les ge\u00f4les espagnoles. J\u2019ai donc un peu oubli\u00e9 le fran\u00e7ais et je n\u2019ai pas encore retrouv\u00e9 tous mes rep\u00e8res.<\/p>\n<p>Je suis rentr\u00e8 le 14 octobre 1983 \u00e0 Toulouse pour une s\u00e9rie de braquages\u3000: trois succursales bancaires et une bijouterie, des braquages d\u2019une autre \u00e9poque, sans violence et plus ou moins minables. J\u2019avais 20 ans et je pensais que rien ni personne ne pouvait m\u2019arr\u00eater.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 rentr\u00e9 en 81 et pour \u00e9chapper \u00e0 la justice j\u2019avais du battre le fou afin d&rsquo;obtenir l\u2019Art \u00b0 64. J\u2019avais connu la prison et le QI, malgr\u00e9 mon jeune \u00e2ge je n&rsquo;\u00e9tais donc pas tout \u00e0 fait un nouveau venu. Je connaissais, d\u00e9j\u00e0, la violence de l\u2019enfermement sous tous ses aspects. J\u2019avais eu affaire au professeur Michel B\u00e9n\u00e9z\u00e9ch, une sommit\u00e9 connu internationalement dans le monde de la psychiatrie criminelle. Il est l\u2019auteur d\u2019environ 500 publications scientifiques\u3000et a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cor\u00e9 en 1999 de la m\u00e9daille de la p\u00e9nitentiaire et des Palmes Adamiques en 2OOO. Je me congratule qu\u2019apr\u00e8s avoir \u00e9tait pendant pr\u00e9s de 25 ans directeur du service m\u00e9dico-psychologique des prisons et professeur de conf\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9cole National de la magistrature il ne soit plus en activit\u00e9. La premi\u00e8re fois que j\u2019avais eu affaire a lui, il n\u2019y avait pas eu de probl\u00e8me. Il m\u2019avait simplement envoy\u00e9 \u00e0 Boissonnet\u3000. On n\u2019appelait pas encore les endroits comme Boissonnet des UMD mais c\u2019\u00e9taient des lieux infernaux o\u00f9 r\u00e9gnait l\u2019impunit\u00e9 plus ais\u00e9ment que derri\u00e8re les murs des prisons. Il avait \u00e9t\u00e9 sacr\u00e9ment surpris de m\u2019en voir sortir aussi rapidement et de me revoir, moins d\u2019un an plus tard, de nouveau en prison. Je l&rsquo;ai revu \u00e0 la maison d\u2019arr\u00eat de Gradignan et \u00e7a faillit me couter la vie.<\/p>\n<p>Je me retrouvais donc en prison pour la seconde fois et j\u2019allais le payer cher. La juge me l\u2019avait insinu\u00e9 quand j\u2019ai sign\u00e9 mon mandat de d\u00e9p\u00f4t. Pourtant jamais je n\u2019aurais imagin\u00e9 qu\u2019ils m\u2019enfermeraient dans des oubliettes pendant 28 ans.<\/p>\n<p>Je n\u2019acceptais pas la prison et comme j\u2019ai tout de suite pens\u00e9 \u00e0 m\u2019\u00e9vader je me suis retrouv\u00e9 avec le statut de DPS. A l\u2019\u00e9poque, si je me souviens bien, ils existaient 500 DPS minist\u00e9riels.\u30003OO d\u2019entre eux l\u2019\u00e9taient pour leur militance dans des organisations arm\u00e9es de gauche ou nationalistes, les 200 restants \u00e9taient des d\u00e9tenus qui, g\u00e9n\u00e9ralement, n\u2019acceptaient pas la prison et v\u00e9hiculaient certaines valeurs comme la solidarit\u00e9 et une \u00e9thique particuli\u00e8re qui les transformaient en des personnes dangereuse pour l\u2019ordre \u00e9tablit.<\/p>\n<p>Je fus condamn\u00e9 \u00e0 18 ans de r\u00e9clusion criminelle le 18 d\u00e9cembre 1986 par la cours d\u2019Assises de la Haute-Vienne\u3000.le procureur demandait une peine de 10 ans\u3000; j\u2019en avais pris presse que le double. Apr\u00e8s plusieurs tentatives d\u2019\u00e9vasion je m\u2019\u00e9vadais une premi\u00e8re fois de la centrale de Lannemezan le 10 d\u00e9cembre 1989.<\/p>\n<p>La cavale fut de courte dur\u00e9e mais m\u00e9morable et pourtant ils n\u2019en parlent jamais. Je suppose qu\u2019ils n\u2019ont pas trop aim\u00e9 voir 9 d\u00e9tenus ce faire la belle \u00e0 coups d\u2019explosifs d\u2019une centrale, alors, pr\u00e9sent\u00e9e comme le must de la s\u00e9curit\u00e9. Ca avait \u00e9t\u00e9 humiliant pour la p\u00e9nitentiaire\u3000; d\u2019 autant plus qu\u2019il y avait eu des fuites et les cond\u00e9s avaient pr\u00e9venus l\u2019administration qu\u2019un de mes potos se pr\u00e9parait \u00e0 s\u2019\u00e9vader. Ils n\u2019y ont pas cru, toutefois la direction de la centrale chercha un faux pr\u00e9texte pour me transf\u00e9rer. Deux mois plus tard le minist\u00e8re trouva la d\u00e9cision pr\u00e9cipit\u00e9e et me transf\u00e9ra de nouveau \u00e0 Lannemezan. Pendant mon absence les potos avaient fait rentrer les d\u00e9tonateurs qui nous manquaient et ils nous faillaient seulement choisir le jour. D\u00fb \u00e0 la suspicion d\u2019\u00e9vasion le directeur m\u2019avait chang\u00e9 de b\u00e2timent. Je demandais \u00e0 \u00eatre re\u00e7u par le directeur qui refusa de me remettre au b\u00e2timent A avec mes potos. Il argumenta son refus en m&rsquo;expliquant que les services de police avaient inform\u00e9s l\u2019administration que je me trouvais dans le c\u0153ur d\u2019une pr\u00e9paration de cavale au b\u00e2timent A. Je lui expliquais que tout cela \u00e9tait absurde d\u2019autant plus que si les services de police avaient raison, me changer de b\u00e2timent n\u2019emp\u00eacherais rien et je crois avoir man\u0153uvr\u00e9 de telle mani\u00e8re que je l\u2019avais convaincu qu&rsquo; aucune \u00e9vasion se pr\u00e9parer. Le jour suivant 9 d\u00e9tenus prenaient la poudre d\u2019escampette. 4 Jours apr\u00e8s ma premi\u00e8re \u00e9vasion de Lannemezan, j\u2019\u00e9tais arr\u00eate dans une planque a Pau et apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9 par le QI de Tarbes\u3000; Ils me transf\u00e9r\u00e8rent de nouveau a Lannemezan.<\/p>\n<p>On allait tous retourner au QI de Lannemezan. Quelques temps apr\u00e8s \u00eatre arriv\u00e9 au QI je demandais \u00e0 voir le directeur pour exiger mon transf\u00e8rement vers une autre centrale en mena\u00e7ant de fracasser un maton si je n\u2019obtenais pas gain de cause. Mon exigence d\u2019\u00eatre transf\u00e9r\u00e9 \u00e9tait bidon. J\u2019avais trouv\u00e9 la fa\u00e7on de m\u2019\u00e9vader de nouveau. Je me trouvais avec un des potos avec qui je m\u2019\u00e9tais \u00e9vad\u00e9. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait r\u00e9alisable. Il nous suffisait d\u2019un peu de plastic et d&rsquo;une clef pour d\u00e9monter le lit. Pour cela il fallait qu\u2019au mois un de nous sorte de l\u2019isolement.<\/p>\n<p>Finalement je pus convaincre le directeur que j\u2019allais trouver la mani\u00e8re de provoquer mon transf\u00e8rement sans pour cela commettre de violences. En quittant ses bureaux je lui demandais de me remettre en d\u00e9tention pendant une ou deux semaines pour dire adieux aux amis. Il accepta\u3000!!!<\/p>\n<p>A mon arriv\u00e9e en d\u00e9tention le contexte avait chang\u00e9 et il existait peut \u00eatre la possibilit\u00e9 de faire venir un h\u00e9lico. C\u2019est ce qui est arriv\u00e9. Quelques jours apr\u00e8s ma sortie du QI\u3000; ils sortaient, aussi, mon poto et le pla\u00e7aient dans l\u2019autre b\u00e2timent. Voyant que je ne faisais rien pour provoquer mon transf\u00e8rement, ils le remirent \u00e0 l\u2019isolement en pensant que j\u2019allais bloquer la promenade. Je pus quand m\u00eame gagner une dizaine de jours et le 5 novembre 1990 je d\u00e9lestais un maton de ses clefs et me retrouvais sur le toit avec trois potos pour d\u00e9noncer la mise \u00e0 l\u2019isolement de notre cod\u00e9tenu. Une fois sur le toit, j\u2019ai r\u00e9clam\u00e9 la venue du procureur et du directeur r\u00e9gional, ils mordirent \u00e0 l\u2019hame\u00e7on. Les gendarmes entour\u00e8rent la centrale et tout le monde se mit tranquillement \u00e0 attendre les autorit\u00e9s. C\u2019est un h\u00e9licopt\u00e8re qui est arriv\u00e9 et je m\u2019\u00e9vadais de nouveau en laissant pantois la mar\u00e9chauss\u00e9e et les ge\u00f4liers.<\/p>\n<p>Je ne raconte pas tout \u00e7a pour le plaisir de la narration\u3000; j\u2019essaie seulement d\u2019expliquer une des raisons pour lesquelles l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire me maintient en prison depuis bient\u00f4t 28 ans et malheureusement ce n\u2019est pas termin\u00e9.<\/p>\n<p>J\u2019atterrissais en Espagne o\u00f9 j\u2019\u00e9tais arr\u00eat\u00e9 quelques heures plus tard. J\u2019ose \u00e0 peine vous raconter ce qu\u2019\u00e9tait l\u2019Espagne il y a 20 ans. En plus j\u2019arrivais en h\u00e9lico\u3000; un genre d\u2019\u00e9vasion inconnue l\u00e0 bas et plus proche de la fiction que de la r\u00e9alit\u00e9\u3000.L\u2019Espagne c\u2019est une terre de contrastes mais aussi de guerriers o\u00f9 l\u2019histoire des luttes carc\u00e9rales a toujours \u00e9tait sanglante et extr\u00eamement r\u00e9pressive. Apr\u00e8s des d\u00e9cennies de r\u00e9pression, aujourd\u2019hui il ne reste plus rien. A mon arriv\u00e9e les prisonniers espagnols \u00e9taient en train de s\u2019organiser pour r\u00e9clamer l\u2019application des lois d\u00e9mocratiques promulgu\u00e9es quelque ann\u00e9e apr\u00e8s la mort de Franco et qui apr\u00e8s plus de 10 ans n\u2019\u00e9taient toujours pas appliqu\u00e9es<\/p>\n<p>. A la fin des ann\u00e9es 7O les r\u00e9voltes \u00e9taient presque quotidiennes, les prisonniers r\u00e9clamaient l\u2019amnistie pour tous et s\u2019\u00e9taient organis\u00e9s autour de la \u00ab\u3000coordinatrice des prisonniers en lutte\u3000\u00bb: la COPEL. Ils mettaient en pratique ce que Michel Foucault avait essay\u00e9 de faire quelques ann\u00e9es auparavant, en France, avec \u00ab\u3000le groupe d\u2019information sur les prisons\u3000\u00bbet \u00ab\u3000Le comit\u00e9 d\u2019action des prisonniers\u3000\u00bb qui allaient d\u00e9boucher sur les grandes \u00e9meutes de 1974. Ce qui permit, d\u2019un cot\u00e9 une am\u00e9lioration de la d\u00e9tention pour une grande partie de la population p\u00e9nale et l\u2019ouverture des QHS pour les autres. Quelques ann\u00e9es plus tard il allait arriver la m\u00eame chose en Espagne. Pour en finir avec la COPEL le gouvernement nomma un jeune politique et l\u00e9gislateur au poste de directeur g\u00e9n\u00e9ral des prisons: Carlos Garcia Valdez qu\u2019on retrouvera dans ce r\u00e9cit 20 ans plus tard. Il \u00e9labora les nouvelles lois p\u00e9nitentiaires qui, th\u00e9oriquement, devaient \u00e9radiquer les vieilles habitudes franquistes et parall\u00e8lement, inaugura un immense QHS \u00e0 Herrera de la Mancha o\u00f9 les prisonniers les plus combatifs furent litt\u00e9ralement extermin\u00e9s.<\/p>\n<p>Quand je suis arriv\u00e9 en Espagne il y avait, donc, plus de 10 ans que les lois qui devaient d\u00e9mocratiser le syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire, attendaient d\u2019\u00eatre appliqu\u00e9es et les matons avaient gard\u00e9 la vieille mentalit\u00e9 franquiste.<\/p>\n<p>APRE la \u00ab\u3000Association de Prisonniers en R\u00e9gime Sp\u00e9cial\u3000\u00bb venait de se cr\u00e9er pour r\u00e9clamer l\u2019application des lois. Tout le monde \u00e9tait arm\u00e9 avec plut\u00f4t deux lames qu\u2019une. Je n\u2019ai jamais aim\u00e9 les revendications collectives mais les prisonniers d\u2019APRE \u00e9taient, aussi et avant tout, des candidats \u00e0 la cavale et ils sont vite devenus mes compagnons de gal\u00e8re.<\/p>\n<p>Dans un monde o\u00f9 l&rsquo;Administration p\u00e9nitentiaire imposait et fomentait la violence, les mutineries \u00e9taient tr\u00e8s violences. Bien que les fondateurs d\u2019APRE aient \u00e9t\u00e9 contre les violences perp\u00e9tr\u00e9es sur des d\u00e9tenus, de nombreuses mutineries se sold\u00e8rent en r\u00e8glement de compte et en plusieurs occasions les corps des balances servaient de monnaie d\u2019\u00e9change dans des n\u00e9gociations qui revendiquaient des droits fondamentaux. Tout devenu rapidement absurde et termina par faire les jeux des syndicats de surveillants qui s\u2019opposaient au changement. Moi-m\u00eame qui condamnais ces actes, avec v\u00e9h\u00e9mence, je plongeais dans la m\u00eame spirale de violence et de folie et moins d\u2019un an apr\u00e8s mon arriv\u00e9, je tuais un homme.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai jamais expliqu\u00e9 ce crime dont j\u2019ai \u00e9t\u00e9 honteux au moment m\u00eame de le commettre. Il s\u2019est dit et \u00e9crit beaucoup de choses. La presse souligna, jusqu&rsquo;\u00e0 la sati\u00e9t\u00e9, que j\u2019avais assassin\u00e9e cette personne pour \u00e9viter l\u2019extradition en France. En Espagne j\u2019\u00e9tais inculp\u00e9 pour piraterie a\u00e9rienne, et tout ce qui d\u00e9rivait de mon arrestation\u3000: prise d\u2019otages, tentatives de meurtre sur les forces de l\u2019ordre etc.\u2026 Ses infractions qui n\u2019avaient pas fait de bless\u00e9s et moins encore de victime mortel \u00e9taient selon la l\u00e9gislation espagnole, plus graves que l\u2019assassinat d\u2019un prisonnier. Je n\u2019ai pas tu\u00e9 cet homme pour ne pas \u00eatre extrad\u00e9. De toutes les fa\u00e7ons j\u2019avais accept\u00e9 la demande extradition de la France devant\u3000\u00ab\u3000l\u2019audience nationale\u3000\u00bbpour les deux \u00e9vasions\u3000; celle-ci avait accept\u00e9 \u00e0 la condition que je sois extrad\u00e9 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 et une fois mes peines purg\u00e9es en Espagne\u3000.<\/p>\n<p>Je me trouv\u00e9 \u00e0 Puerto I ou l\u2019administration venait de regrouper les prisonniers qu\u2019elle consid\u00e9rait les plus dangereux. La prison \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9put\u00e9e pour la violence de ses surveillants et de ses prisonniers et le fait d\u2019y avoir transf\u00e9r\u00e9 les d\u00e9tenus consid\u00e9r\u00e9s les plus dangereux du pays avait transform\u00e9 la prison en une poudri\u00e8re toujours pr\u00eate \u00e0 exploser. Mon arriv\u00e9e en h\u00e9licopt\u00e8re n\u2019arrangeait pas les choses et me faisait la cible privil\u00e9gi\u00e9e des matons qui en plus de me soumettre \u00e0 des fouilles quotidiennes et humiliantes m\u2019emp\u00eachaient d\u2019avoir des contacts avec l\u2019ext\u00e9rieur m\u00eame \u00e9pistolaires puisque uniquement les lettres venants d\u2019autres prisons m\u2019\u00e9taient remises, les autres disparaissaient. Je finis par faire un bras de fer avec l\u2019administration en lui disant que si les surveillants continuaient \u00e0 me pers\u00e9cuter j\u2019allais en planter un et je donnais un ultimatum. J\u2019\u00e9tais jeune et je me suis pris \u00e0 mon propre pi\u00e8ge. Les potos me disaient que je ne survivrai pas \u00e0 la mort d\u2019un maton et je leur r\u00e9pondais qu\u2019en France non plus. Les QI comme celui de Tarbes ou la centrale de Clairvaux ont, aussi, une longue histoire de morts silencieuses. Au dernier moment j\u2019eu peur\u3000et, pris dans le contexte, j\u2019assassinais une balance qui avait plusieurs fois \u00e9chapp\u00e9e \u00e0 la mort. Ce fut un acte de l\u00e2chet\u00e9 parce que mes vrais tortionnaires \u00e9taient \u00e0 deux pas.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas attendu des ann\u00e9es pour me repentir\u3000; chaque coup de couteau que je donnais, me faisais prendre conscience que j\u2019\u00e9tais entrain de me transformer en bourreau, c\u2019est \u00e0 dire en tout ce que je ha\u00efssais. C\u2019est la premi\u00e8re fois que j\u2019ai l\u2019occasion d\u2019expliquer publiquement cette histoire parce que mon jugement se c\u00e9l\u00e9bra sans moi et il n\u2019y eu pas la moindre instruction.<\/p>\n<p>Le 17 juillet 1991 j\u2019avais tu\u00e9 un homme\u3000; quelques jours plus tard, dans la m\u00eame prison et le m\u00eame b\u00e2timent un autre prisonnier d\u00e9capita un cod\u00e9tenu pendant une mutinerie et poss\u00e9d\u00e9 par une folie barbare il montra la t\u00e8te d\u00e9capit\u00e9 de sa victime aux cam\u00e9ras. Il s\u2019agissait d\u2019un drame personnel\u3000; mais APRE avait lanc\u00e9 une offensive et il ne se passait plus un jour sans qu\u2019une prison n\u2019explose. L\u2019administration profita de l\u2019aubaine pour accuser APRE des crimes commis. Le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Administration p\u00e9nitentiaire\u3000: Antoni Asunci\u00f3n\u3000; le directeur g\u00e9n\u00e9ral des prisons Angel Granados et le sous directeur g\u00e9n\u00e9ral d\u2019inspection avaient \u00e9labor\u00e9s un programme contre les prisonniers les plus revendicatifs. Il s\u2019agissait de r\u00e9partir 30 d\u00e9tenus dans trois quartiers sp\u00e9ciaux, trois bunkers\u3000qui se construisaient \u00e0 Badajoz, Valladolid et Ja\u00e9n. Cette derni\u00e8re prison se trouvait encore en construction et devait \u00eatre inaugur\u00e9e le 23 septembre de la m\u00eame ann\u00e9e. C\u2019est trois QI \u00e9taient con\u00e7us pour que ses occupants et les surveillants n\u2019aient aucun contact physique. Toutes les portes \u00e9taient automatiques. Bien que le r\u00e9gime pr\u00e9vu allait \u00eatre tr\u00e8s dure on ne parlait pas encore d\u2019un plan con\u00e7u pour \u00e9liminer les prisonniers qui g\u00eanaient. Les crimes commis \u00e0 Puerto I allaient justifier toutes les exactions qui allaient se commettre pendant pr\u00e9s de deux d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>La garde civile venue me chercher au QI d\u2019Ocagna o\u00f9 je venais d\u2019arriver pour m\u2019amener \u00e0 Badajoz o\u00f9 m\u2019attendaient une dizaine de potos enferm\u00e9s, nus, dans leur cellule et priv\u00e9s du temps r\u00e9glementaire de promenade. Ils nous d\u00e9pouill\u00e8rent de toutes nos affaires et de nos v\u00eatements pour nous remettre un bleu de travail. Nous jet\u00e8rent les bleus de travail par la fen\u00eatre. Nous n\u2019acceptions pas! En plus de la politique d\u2019\u00e9limination planifi\u00e9e par les hauts responsables de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire, il fallait compter avec la m\u00e9chancet\u00e9 des sous fifres qui dans ce cas, avaient choisi les tailles les plus petites pour les plus baraqu\u00e9s et vice versa. Ils nous supprim\u00e8rent des droits fondamentaux comme le droit \u00e0 sortir en promenade et les tabassages \u00e9taient monnaie courante. Le combat commen\u00e7a et pour moi il dura 16 ans compl\u00e8tement isol\u00e9 de la population p\u00e9nal\u3000.Evidemment je n\u2019ai pas pass\u00e9 16 sans sortir en promenade, les choses ont \u00e9volu\u00e9es tout doucement et il nous fallut lutter. On a lutt\u00e9 pour gagner le droit de sortir en promenade 15 minutes les menottes dans le dos et puis les minutes devinrent une heure etc.\u2026.Il nous fallait lutter pour tout et surtout pour survivre.<\/p>\n<p>Les matons habilit\u00e9s dans ces QI \u00e9taient tous volontaires et avaient, souvent, \u00e9taient sanctionn\u00e9s pour mauvais traitements \u00e0 des prisonniers et pour qu\u2019un surveillant soit sanctionn\u00e9 dans l\u2019Espagne d\u2019il y a 20 ans il fallait qu\u2019ils en aient tabass\u00e9 des d\u00e9tenus! On c\u2019est retrouv\u00e9 dans des QI automatis\u00e9s et lugubres avec les matons les plus haineux des prisons, sans aucune protection l\u00e9gal et sans possibilit\u00e9 de se d\u00e9fendre. Ils nous ont massacr\u00e9s\u3000!!! Les seuls contacts que nous avions c\u2019\u00e9tait quand ils fouillaient nos cellules, ou nous amenaient entrav\u00e9s \u00e0 l\u2019infirmerie de la prison pour nous soumettre a une machine de rayon X. Ils voulaient voir si nous n\u2019avions rien cach\u00e9 dans le rectum. Ils nous coupaient m\u00eame les manches des brosses \u00e0 dent et des stylos pour qu\u2019on ne puisse pas s\u2019en servir comme armes. Ils \u00e9taient haineux et l\u00e2ches\u3000; ils venaient nous chercher arm\u00e9s de boucliers, matraques et barres de fer et prot\u00e9g\u00e9s par un gilet anti-coups de couteaux. Jamais ils n\u2019ouvraient la porte sans, au pr\u00e9alable, nous menotter \u00e0 travers la grille de s\u00e9curit\u00e9. Tout \u00e9tait fait et pens\u00e9 pour faire souffrir et d\u00e9personnaliser le d\u00e9tenu. J\u2019ai du attendre 16 ans pour voire mon visage dans un miroir qui n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9formant et j\u2019\u00e9tais devenu vieux!<\/p>\n<p>Tout le monde savait ce qui se passait dans \u00ab\u3000Les bunkers\u3000\u00bbmais pr\u00e9f\u00e9rait regarder ailleurs. Dans le QI de S\u00e9ville une visite inattendue de la juge d\u2019application des peines trouva 9 d\u00e9tenus menott\u00e9s sur des lits de fer, la totalit\u00e9 des mecs du QI. Ca faisait 3\u3000ou 4 jours qu\u2019ils \u00e9taient menott\u00e9, \u00e7a a rien chang\u00e9\u3000! Ils ont ferm\u00e9 le QI et ont transf\u00e9r\u00e9 les mecs dans une ville qui avait un juge d\u2019application des peines plus complaisant.<\/p>\n<p>C\u2019est seulement en 1999 qu\u2019on s\u2019organisa avec l\u2019ext\u00e9rieur. \u00c7a faisait 8 ans que je trouvais dans ces bunkers et il s&rsquo;en construisait partout. Je me trouvais \u00e0 Soto Del real .je sortais d\u2019une gr\u00e8ve de la faim de 30 jours avec deux autres potos. En 8 ans les choses n\u2019avaient pas encore beaucoup chang\u00e9es, mais de nouveaux d\u00e9tenus arrivaient. Je d\u00e9cidai d\u2019essayer de nous organiser. J\u2019avais le respect des potos dans tous les\u3000bunkers parce que \u00e7a faisaient des ann\u00e9es que le luttais contre ce r\u00e9gime. Je n\u2019aimais pas maintenir beaucoup de contacts avec les associations d\u2019aide aux d\u00e9tenus mais toutes avaient entendues parler du fran\u00e7ais qui continuait \u00e0 r\u00e9sister et je connaissais des jeunes anarchistes de Madrid.<\/p>\n<p>A partir de l\u00e0, mon histoire est celle de beaucoup et je suis surpris que malgr\u00e9 avoir lu pas mal de choses au sujet de la lutte qui sortie des QI je n\u2019ai jamais lu une analyse qui permettrait d&rsquo;appr\u00e9hender la complexit\u00e9 de tout ce qui s\u2019est pass\u00e9 a partir de la fin de l\u2019ann\u00e9e 1999 et qui a renforcer les organismes les plus r\u00e9pressifs.<\/p>\n<p>Avant de rentrer dans le vif du sujet je crois n\u00e9cessaire de pr\u00e9ciser que je ne suis pas anarchiste. Je l\u2019ai toujours dit et je l\u2019ai m\u00eame revendiqu\u00e9. J\u2019aime la solidarit\u00e9 et la libert\u00e9 individuelle et je n\u2019aime pas l\u2019\u00e9tat parce qu\u2019il est corrompu si l\u2019\u00e9tat aurait le sens \u00e9thique qu\u2019il pr\u00e9tend v\u00e9hiculer j\u2019en serais, probablement, un de ses plus fervent partisan. En \u00e9t\u00e9 de 1999 j\u2019en avais marre de me faire massacrer et de lutter seul sous pr\u00e9texte de rejeter toutes les d\u00e9marches collectives. Les innum\u00e9rables gr\u00e8ves de la faim que nous faisant pour r\u00e9clamer un minimum de droits ne servaient a rien. Je d\u00e9cidais donc d\u2019apporter mon \u00e9nergie dans une lutte collective.<\/p>\n<p>Pour la compr\u00e9hension de l\u2019histoire il me faut expliquer les r\u00e9alit\u00e9s qui parall\u00e8lement a la mienne, prenaient corps au m\u00eame moment. En 1999 les derniers militants des\u3000\u00ab\u3000Cellules Communistes Combattantes\u3000\u00bb \u00e9taient lib\u00e9r\u00e9s en Belgique. Dans ce contexte, ce qui restait de l\u2019organisation, c&rsquo;est-\u00e0-dire rien, proposa la cr\u00e9ation d\u2019une plateforme compos\u00e9e de tous les militants de l\u2019extr\u00eame gauche incarc\u00e9r\u00e9s dans les prisons europ\u00e9ennes. Je crois m\u00eame me rappeler que des militants du moyen orient c\u2019\u00e9taient affili\u00e9s. Les \u00ab\u3000CCC\u3000\u00bb avaient propos\u00e9 que pour des raisons de moyens les \u00ab\u3000GRAPO\u3000\u00bbprennent en charge l\u2019organisation et la logistique de la plateforme qui se fit public sous le non de\u3000: \u00ab\u3000Plateforme du 19 juillet\u30001999\u3000\u00bb. Les \u00ab\u3000GRAPO\u3000\u00bb sont une organisation arm\u00e9e communiste qui apparu dans les ann\u00e9es 70 en Espagne\u3000; des dinosaures qui ont encore aujourd\u2019hui des militants en prison. Bien que d\u00e9j\u00e0 en 1999 il ne restait presque plus rien de l\u2019organisation c\u2019\u00e9taient les seuls capables de r\u00e9unir les militants europ\u00e9ens autour de cette id\u00e9e. Les militantes d\u2019AD et les basques d\u2019 IK adh\u00e9r\u00e8rent \u00e0 la plateforme\u3000, la France \u00e9tait, donc, concern\u00e9e .L\u2019id\u00e9e avait circul\u00e9 dans les mouvance de la gauche extra parlementaire et pendant que les r\u00e9volutionnaires r\u00eavaient a de nouveaux fronts le pouvoir, lui, continuait de construire l\u2019Europe, notamment \u00ab\u3000l\u2019espace de libert\u00e9, s\u00e9curit\u00e9 et justice\u3000\u00bbqui pr\u00e9tendait unifier les crit\u00e8res, de tous les \u00e9tats membre, en mati\u00e8re de justice et de r\u00e9pression du banditisme et du terrorisme.<\/p>\n<p>Si je n\u2019\u00e9tais pas anarchiste, j\u2019\u00e9tais encore mois communiste et \u00e0 la fin de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1999 le collectif de prisonniers FIES du QI de Soto Del Real signait plusieurs communiqu\u00e9s ou il proposait un\u3000\u00ab\u3000Espace de lutte\u3000\u00bb apolitique et non sectaire. Les communiqu\u00e9s furent envoy\u00e9s \u00e0 ce qui configurait le contre pouvoir. Ils v\u00e9hiculaient des concepts de solidarit\u00e9 plus qu\u2019id\u00e9ologiques et \u00e0 la diff\u00e9rence de la plateforme du 19 juillet, sa capacit\u00e9 de s\u2019\u00e9tendre ne n\u00e9cessitait pas une structure .Elle en \u00e9tait plus difficilement contr\u00f4lable .Ce fut facile d\u2019\u00e9tendre l\u2019espace de lutte\u3000:En m\u00eame temps que les communiqu\u00e9s arrivaient \u00e0 toutes les associations de soutien aux prisonniers, un message arriv\u00e9 a tous les \u3000Bunkers\u3000 avec l\u2019adresse de quelques anarchistes\u3000et en septembre il circulait d\u00e9j\u00e0 la rumeur que les prisonniers des QI avaient pris la parole.<\/p>\n<p>Je ne vais pas analyser une r\u00e9alit\u00e9 qui fut tr\u00e8s complexe car ce n\u2019est pas le but de ce texte mais je vais donner quelques informations pour que chacun et chacune puisse faire sa propre d\u00e9duction. Le 29 septembre 1999 se d\u00e9roulait \u00e0 Madrid la premi\u00e8re rencontre de responsables de police de plus de 60 pays. La rencontre avait pour objectif de partager les exp\u00e9riences et monter une strat\u00e9gie commune dans la lutte contre la criminalit\u00e9 et le terrorisme europ\u00e9en. La r\u00e9union se conclue avec la cr\u00e9ation d\u2019une commission intercommunautaire pr\u00e9sid\u00e9e par Monsieur Juan Cotino qui \u00e9tait alors directeur g\u00e9n\u00e9ral de la police espagnole. Pendant ce temps la plateforme du 19 juillet essayait de s\u2019organiser et depuis les QI, les prisonniers appelaient \u00e0 la lutte.<\/p>\n<p>En Espagne le r\u00e9gime FIES n\u2019est pas le m\u00eame pour tous. Pour les prisonniers qui montrent\u3000\u00ab\u3000une \u00e9volution positive\u3000\u00bb il y a de QI plus cool qu\u2019ils appellent de seconde phase\u3000(C\u2019\u00e9taient les m\u00eames mais ils torturaient moins). \u00c7a faisait plus de 8 ans que je gal\u00e9rais en premi\u00e8re phase quand la direction de la prison de Soto Del Real d\u00e9cida que je m\u00e9ritais une \u00e9volution. Elle n\u2019ignorait pas que j\u2019avais demand\u00e9 aux potos dans les QI de se mobiliser. Je fus transf\u00e9r\u00e9 et en arrivant au \u3000bunker de valence, je retrouvais Claudio Lavazza qui venait de b\u00e9n\u00e9ficier lui aussi d\u2019une seconde phase. \u00c7a faisait d\u00e9j\u00e0 deux ou trois mois que j\u2019essayais de le contacter pour qu\u2019il puisse s\u2019impliquer dans l\u2019extension de l\u2019espace de lutte.<\/p>\n<p>Claudio est un militant de gauche depuis la fin des ann\u00e9es 70.Il avait pris les armes contre l\u2019\u00e9tat italien. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 80 Il prit d\u2019assaut une prison pour lib\u00e9rer un des membres de son groupe\u3000.Il se r\u00e9fugia en France ou le gouvernement de Mitterrand lui proposa l\u2019asile politique sous la condition de rendre les armes. Il refusa et apr\u00e8s 16 de cavale il fut arr\u00eat\u00e9 en Espagne et imm\u00e9diatement mis au QI. Il venait du \u00ab\u3000bunker\u3000\u00bb de Ja\u00e9n ou il venait d\u2019obtenir la seconde phase et ou on lui avait, comme a moi, lev\u00e9 la limitation de la correspondance qui jusqu\u2019alors nous permettait l\u2019envoie de seulement deux lettres a la semaine. Toutes ces co\u00efncidences ne nous \u00e9chapp\u00e8rent pas mais tout en le tenant en compte, on se mit a \u00e9crire plus d\u2019une centaine de lettre a toutes les associations et militants de tout genre sous l\u2019 \u0153il ahuris des matons, qui se demandaient pourquoi leurs sup\u00e9rieurs nous laissaient \u00e9crire autant de lettres a des associations .Il y avait vraiment de quoi \u00eatre surpris\u3000;j\u2019avais \u00e9t\u00e9 pendant 8 ans soumis a la limitation de mon courrier.<\/p>\n<p>Le 17 f\u00e9vrier 2000 se d\u00e9roula \u00e0 Madrid la\u3000\u00ab\u3000r\u00e9union de la commission du forum international \u3000\u00bb. Il s\u2019agissait encore de pr\u00e9parer une strat\u00e9gie europ\u00e9enne contre la criminalit\u00e9 organis\u00e9e et le terrorisme et elle \u00e9tait, pr\u00e9sid\u00e9e par Juan Cotino. Il y avait des mois que la lutte contre les QI avait pris de l\u2019ampleur. Quand l\u2019administration se rendit compte que les prisonniers des QI essayaient de s\u2019organiser, la r\u00e9pression repris de plus belle et les mass-m\u00e9dias ressortirent les vielles histoires des assassinats de Puerto I pourtant elle ne fit rien pour bloquer l\u2019extension des mobilisations a l\u2019ext\u00e9rieur\u3000.La presse elle se contentait de criminaliser nos revendications.<\/p>\n<p>Le 25 avril 2000 un paquet bombe envoy\u00e9 au journaliste\u3000: j\u00e9sus maria Zuloaga, fut d\u00e9sactiv\u00e9. Il avait essay\u00e9 de discr\u00e9diter la lutte dans les QI d\u2019un mode encore plus diffament que les autres. Le paquet \u00e9tait revendiqu\u00e9 par un groupe qui se fit appeler\u3000:\u3000\u00ab\u3000les anarchistes\u3000\u00bb et je ne doute pas qu\u2019ils l\u2019\u00e9taient. Si monsieur Juan Cotino avait mont\u00e9 une strat\u00e9gie pour instrumentalis\u00e9 la lutte, il fallut qu\u2019il la changea car les choses \u00e9taient entrain de lui \u00e9chapper des mains. Ce n\u2019\u00e9tait pas facile d\u2019admettre qu\u2019il s\u2019agissait de nouveaux groupes qu\u2019ils ne contr\u00f4laient pas. Ils durent changer de strat\u00e9gie. Ils vid\u00e8rent le \u3000Bunker\u3000 de la prison de Huelva et le 29 juin ils nous y transf\u00e9r\u00e8rent \u00e0 Claudio et \u00e0 moi. J\u2019y suis rest\u00e9 6 ans sans jamais en sortir.<\/p>\n<p>Les paquets se succ\u00e9daient, ils \u00e9taient pratiquement inoffensifs et n\u2019\u00e9taient d\u2019ailleurs pas fait pour exploser. Des dizaines furent envoy\u00e9s ou plac\u00e9s dans des \u00e9difices ou personne ne pouvait \u00eatre bless\u00e9. Ce n\u2019est que quelques ann\u00e9es plus tard qui il eu une victime\u3000: un chien. Probablement par une erreur des artificiers espagnols qui, au lieu d\u2019utiliser l\u2019habituel robot envoy\u00e8rent l\u2019animal .En 10 ans de lutte arm\u00e9e, les anarchistes ont tu\u00e9 un chien dans la guerre d\u00e9clar\u00e9e a l\u2019\u00e9tat. C\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 que personne ne peut nier, le reste c\u2019est comme pour beaucoup de chose une illusion. En automne 2000, Claudio et moi n\u2019en revenions pas de l\u2019affluence de paquets bombes de tout genre m\u00eame ne contenant aucune substance explosive. Cette histoire contenait plusieurs aspects surr\u00e9alistes qui n\u2019arr\u00eataient pas de me surprendre. Le 8 novembre 2000 ils arr\u00eataient un jeune anarchiste qui me visitait au parloir et que plus tard ils condamn\u00e8rent en sachant qu\u2019il \u00e9tait innocent. Juan Cotino donna une conf\u00e9rence de presse pour annoncer que les services de police avaient d\u00e9sarticul\u00e9s une cellule anarco-terroriste dirig\u00e9e depuis la prison par Claudio et moi. Nous nous trouvions dans un QI am\u00e9nag\u00e9 sp\u00e9cialement pour les deux et sous \u00e9troite surveillance\u3000et ils nous accusaient de diriger des r\u00e9seaux terroristes, c\u2019\u00e9tait hallucinant\u3000!!!<\/p>\n<p>Le 10 novembre, exactement 2 jours apr\u00e8s l\u2019arrestation de la personne qui me visitait, les chefs historiques des GRAPO \u00e9taient arr\u00eat\u00e9 a Paris\u3000.ils venaient de se transformer en secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral du\u3000\u00ab\u3000secours rouge\u3000\u00bbqui \u00e9tait la continuit\u00e9 de la proposition des belges. Je fus inculp\u00e9 pour une s\u00e9rie d\u2019attentats. L\u2019inculpation se termina par un non-lieu et nous fut transform\u00e9s en t\u00e9moin d\u2019un jugement qui n\u2019avait aucun sens.<\/p>\n<p>Quelques semaines plus tard, le 4 d\u00e9cembre, monsieur juan Cotino, se trouvait a Paris ou ce c\u00e9l\u00e9brait une r\u00e9union du comit\u00e9 ex\u00e9cutif d\u2019Europol. Il repr\u00e9sentait la d\u00e9l\u00e9gation espagnole et insista pour que la Conf\u00e9rence de Europol en mati\u00e8re anti-terroristes se d\u00e9roule \u00e0 Madrid. La conf\u00e9rence se d\u00e9roula du 29 janvier au 2 f\u00e9vrier 2001 dans l\u2019\u00e9difice ultra-s\u00e9curis\u00e9 de Canillas. Pendant la conf\u00e9rence monsieur juan Cotino, annon\u00e7a la cr\u00e9ation d\u2019une commission d\u2019investigation constitu\u00e9e par l\u2019Espagne, l\u2019Italie et la Gr\u00e8ce, rejoint par le Portugal, pour lutter contre le terrorisme anarchiste qui selon lui \u00e9tait en train de s\u2019\u00e9tendre en Europe. Le chien n\u2019\u00e9tait pas encore mort que le directeur g\u00e9n\u00e9ral de la police espagnol voyait d\u00e9j\u00e0 des hordes d anarchistes d\u00e9ferler sur l\u2019Europe\u3000!!!<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque au beau milieu de la trag\u00e9die je ne pouvais pas m\u2019abstraire de la touche humoristique. C\u2019est de toute les fa\u00e7ons compl\u00e8tement surr\u00e9aliste qu\u2019une lutte qui r\u00e9clamait l\u2019application de la loi et demandait l\u2019implication des institutions, ait pu \u00eatre instrumentalis\u00e9e comme une lutte anarchiste.<\/p>\n<p>La France \u00e9videmment resta en marge de cette histoire et passa aux choses plus s\u00e9rieuses pour signer le \u00ab\u3000DOCUMENT MADRID\u3000\u00bbqui mettait en marche \u00ab\u3000L\u2019espace de libert\u00e9\u3000; s\u00e9curit\u00e9 et justice\u3000\u00bb. C&rsquo;est-\u00e0-dire un espace juridique commun a tout les \u00e9tats membres. A partir de ce moment l\u2019existence des QI et d\u2019une lutte disparaissaient des journaux officiels pour ce circonscrire aux moyens de communications alternatifs. A l\u2019\u00e9poque plus d\u2019un avait d\u00e9nonc\u00e9 un montage policier et m\u00e9diatique mais je n\u2019ai jamais eu l\u2019occasion de lire une analyse s\u00e9rieuse sur ce sujet. Bien qu\u2019au fil des ann\u00e9es les informations ont \u00e9t\u00e9 moins accessibles et tergivers\u00e9es, elles restent a la port\u00e9e de n\u2019importe quel internaute et surtout elles continuent, pr\u00e9sentes dans les archives des associations et des groupes qui ont particip\u00e9 a cette espace de lutte et dans quelqu\u2019un sont toujours actifs.<\/p>\n<p>Je continuai d\u2019apporter mon \u00e9nergie. Il s\u2019agissait de ne pas perdre ce qu\u2019il y avait eu de positif dans la d\u00e9nonciation d\u2019un r\u00e9gime inhumain. Je n\u2019avais pas non plus trop le choix parce que je continuais \u00e0 le subir.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9 2003 Je recevais la visite d\u2019un avocat que des potos r\u00e9cemment arriv\u00e9s de France m\u2019envoy\u00e8rent. Selon eux, un des meilleurs avocats d\u2019Espagne. Les potos avaient choisi l\u2019ami et un vieux collaborateur de Carlos Garcia Valdez, l\u2019homme politique qui 20 ans auparavant avait r\u00e9ussi \u00e0 en finir avec la lutte de la COPEL. Ce n\u2019\u00e9tait pas tout\u3000;\u3000Carlos Garcia Valdez venait d\u2019apparaitre de nouveau sur la sc\u00e8ne l\u00e9gislative puisse que le gouvernement d\u2019Aznar l\u2019avait appel\u00e9 pour aider a l\u2019\u00e9laboration du \u00ab\u3000livre blanc\u3000\u00bb de la mini-r\u00e9forme du code p\u00e9nal qui entre autre chose demandait que les peines pour terrorisme soient enti\u00e8rement purg\u00e9es et \u00e9levait le maximum l\u00e9gal a 40 ans de prison.<\/p>\n<p>Il y avait aussi des possibilit\u00e9s de sortie pour les repentis. Je ne suis pas un militant et encore moins un terroriste mais selon l\u2019avocat la mini-r\u00e9forme allait faciliter les choses. L\u2019avocat ne m\u2019a pas cach\u00e9 qu\u2019il avait pens\u00e9 la strat\u00e9gie qui allait me permettre de sortir en dinant avec un haut responsable de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire. Ce dernier me faisait dire que personne n\u2019avait l\u2019intention de pervertir mes id\u00e9es mais il voulait avoir la garantie \u00e9crite de mon repentir. C\u2019\u00e9tait assez difficile car je ne suis pas un militant et je n\u2019ai pas \u00e0 me repentir de mes principes qui n\u2019ont jamais rien eu a voire avec des id\u00e9es politiques, ni terroriste. La strat\u00e9gie \u00e9tait la suivante\u3000: avant toute chose je devais me marier avec une de mes copines devant l\u2019\u00e9glise. Parall\u00e8lement aux pr\u00e9paratifs du mariage je devais envoyer plusieurs \u00e9cris aux autorit\u00e9s en leur affirmant que j\u2019avais chang\u00e9 et que je regrettais mon comportement violent.<\/p>\n<p>Je ne pouvais que regretter l\u2019assassinat commis a mon arriv\u00e9e en Espagne et je n\u2019avais nullement l\u2019intention de me repentir de choses que je n\u2019avais pas fait, d\u2019autant plus que dans les QI les tortures et les mauvais traitements continuaient. J\u2019envoyais les \u00e9cris a des avocats de confiance proche de la militance et je rompis ce qui commen\u00e7ait \u00e0 ressembler a une n\u00e9gociation\u3000.Apr\u00e8s cette rupture, tout autour de moi fut, syst\u00e9matiquement, d\u00e9truit.<\/p>\n<p>En Mars 2006 je sortis enfin de l\u2019isolement. Ca faisait plus de 15 ans que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 isol\u00e9 dans une prison \u00e9trang\u00e8re. Tout avait chang\u00e9. La d\u00e9tention n\u2019\u00e9tait plus la m\u00eame, il n\u2019y avait plus personne sauf des prisonniers soumis et seulement int\u00e9ress\u00e9 par la drogue. Il y avait deux ans d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il y avait eu un changement de politique dans la gestion des prisons. Le nouveau gouvernement pla\u00e7a a la t\u00e8te de l\u2019administration une personne sensibilis\u00e9e avec la probl\u00e9matique carc\u00e9ral\u3000et la chargea de r\u00e9former les prisons.<\/p>\n<p>Ma sortie des QI espagnols fut tout un \u00e9v\u00e9nement\u3000: Il \u00e9tait \u00e9vident qu\u2019apr\u00e8s plus de 15 ans d\u2019isolement et de mauvais traitements j\u2019avais besoin d\u2019un suivi psychologique et d\u2019un programme d\u2019activit\u00e9s tendant a la resocialisation. Je ne crois pas qu\u2019il existe un programme th\u00e9rapeutique pens\u00e9 pour un type qui vient de passer plus de 15 ans \u00e0 l\u2019isolement, je d\u00e9cidais donc de m\u2019en occuper moi-m\u00eame en montant mes propres activit\u00e9s. Personne n\u2019y croyait mais finalement je mis en place plusieurs cours de yoga et tai-chi dispens\u00e9s \u00e0 des prisonniers et des prisonni\u00e8res.<\/p>\n<p>Les revendications en marge de la l\u00e9galit\u00e9 ne m\u2019int\u00e9ressaient plus et j\u2019avais abandonn\u00e9 l\u2019id\u00e9e de l\u2019\u00e9vasion afin de pouvoir me r\u00e9ins\u00e9rer. Le monde avait chang\u00e9, mes circonstances aussi et j\u2019avais d\u00e9cid\u00e9 de sortir le plus vite possible pour pouvoir construire ce qui me restait de vie.<\/p>\n<p>J\u2019avais fait ma premi\u00e8re d\u00e9marche pour revenir en France sous la convention de Strasbourg en f\u00e9vrier 1996 et fatigu\u00e9 d\u2019attendre j\u2019avais annul\u00e9 la demande \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2003 pour la pr\u00e9senter de nouveau quelques mois plus tard mais la France n\u2019avait pas l\u2019air de vouloir me rapatrier. Les ann\u00e9es pass\u00e8rent et les \u00e9vasions de Lannemezan furent prescrites. Il me restait un mandat d\u2019arr\u00eat europ\u00e9en d\u00e9livr\u00e9 par le substitut du procureur de Limoges me r\u00e9clamant pour purger le reliquat de la peine qu\u2019il me restait quand je me suis \u00e9vad\u00e9. Le mandat d\u2019arr\u00eat dit\u3000:\u3000\u00ab\u3000La peine sera prescrite le 5 novembre 2010\u3000\u00bb. Je ne confiais pas beaucoup aux institutions fran\u00e7aises. Elle m\u2019avait laiss\u00e9 pourrir dans les QI espagnoles pendant plus de 15 ans sans que le consulat ne r\u00e9ponde jamais \u00e0 mes demandes d\u2019aide mais je n\u2019avais pas beaucoup d\u2019alternatives.<\/p>\n<p>En septembre 2010 le bureau de l\u2019entraide juridique international fran\u00e7ais r\u00e9pondait enfin \u00e0 ma demande. Je recevais une lettre me disant que ma demande de transf\u00e8rement serait examin\u00e9e et qu\u2019une d\u00e9cision serait prise le premier trimestre2011. Ils ne me disaient pas que j\u2019allais \u00eatre transf\u00e9r\u00e9 mais seulement qu\u2019ils prendraient une d\u00e9cision. \u00c7a durait depuis 1996\u3000! J\u2019en ai eu marre\u3000!<\/p>\n<p>J\u2019ai sollicit\u00e9 une libert\u00e9 conditionnelle. Les espagnoles m\u2019ont pr\u00e9venu qu\u2019ils devaient me remettre aux autorit\u00e9s fran\u00e7aises en vertu du mandat d\u2019arr\u00eat d\u00e9livr\u00e9 par le parquet de limoges. Comme le mandat d\u2019arr\u00eat sp\u00e9cifiait que la peine allait \u00eatre prescrite le 5 novembre 2010 je ne m\u2019inqui\u00e9tais pas trop\u3000; Je suis arriv\u00e9 en France en provenance de Madrid le 14 janvier de cette ann\u00e9e. Le voyage jusqu&rsquo;\u00e0 Saint S\u00e9bastien se passa normalement. Je suis rest\u00e9 deux heures dans la prison de la ville et puis la UCI, les homologues espagnols du GIPN, m\u2019a pris en charge\u3000; Ils avaient quadrillaient la ville et un h\u00e9licopt\u00e8re survolait le convoi. J\u2019ai compris que les choses allaient mal\u3000: J\u2019avais voyag\u00e9 sans s\u00e9curit\u00e9 sous la responsabilit\u00e9 de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire jusqu&rsquo;\u00e0 Saint S\u00e9bastien ou je signais ma libert\u00e9 conditionnelle et l\u00e0 sous la responsabilit\u00e9 des services de police tout changeait. Arriv\u00e9 au commissariat d\u2019Hendaye de nombreux cagoul\u00e9s me prirent en charge. Ils me pr\u00e9sent\u00e8rent devant le procureur, m\u2019aveugl\u00e8rent avec des lunettes sp\u00e9ciales et nous prirent la route. La destination m\u2019\u00e9tait inconnue\u3000; ils ne parlaient pas et n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 int\u00e9ress\u00e9s que pour savoir si dans les prisons espagnoles il y avait des portables ce qui accru mon inqui\u00e9tude. Ce n\u2019\u00e9tait pas du cin\u00e9ma\u3000; ils pensaient vraiment que je voulais m\u2019\u00e9vader et ce qui \u00e9tait beaucoup plus grave\u3000; que j\u2019en avais encore les moyens. Ca me confirma que les informations apport\u00e9es par les services de police espagnols \u00e9taient tendancieux. A Mont de Marsan, le directeur m\u2019attendait pour me renouveler un DPS vieux de plus d\u2019un quart de si\u00e8cles et me pla\u00e7a \u00e0 l\u2019isolement pour un meurtre commis dans un pays \u00e9tranger il y a 20 ans. La direction de la prison \u00e9tait assez emb\u00eat\u00e9e puisque comme moi elle pensait que je pouvais me trouver en d\u00e9tention arbitraire. Elle saisie le procureur qui \u00e9tait entrain d\u2019\u00e9tudier mon cas quand\u3000; un matin de bonne heure des cagoul\u00e9s sont venus me chercher et le convoi se dirigea pour une seconde fois vers une destination inconnue. Quand je m\u2019aper\u00e7us que notre destination \u00e9t\u00e9 Clairvaux, je compris qu\u2019ils n\u2019avaient pas l\u2019intention de me lib\u00e9rer. Ils me transf\u00e9raient dans un mouroir. Ici la direction saisie le procureur de Troyes qui \u00e9tudia mon cas et apr\u00e8s deux mois, il d\u00e9cida qu\u2019il me restait 11 ans et 5 mois \u00e0 purger. Pour cela il chercha de vielles jurisprudences datant de plus de 20 ans et ne pris pas en compte que les nouvelles lois vot\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es pour confusionner les peine purg\u00e9es dans un des \u00e9tats membres.<\/p>\n<p>Mes avocats me conseillent de ne pas m\u00e9diatiser mon cas si je veux avoir l\u2019espoir de sortir. Je n\u2019ai jamais v\u00e9cu d\u2019espoir\u3000; j\u2019ai surv\u00e9cu en luttant et j\u2019ai toujours essay\u00e9 de lutter contre l\u2019injustice mais surtout il est \u00e9vident que l\u2019administration de justice n\u2019a pas l\u2019intention de me lib\u00e9rer m\u00eame apr\u00e8s plus de 27 ans d\u2019incarc\u00e9ration.<\/p>\n<p>S\u2019il me serait possible de revenir en arri\u00e8re j\u2019aurais probablement accept\u00e9 ma peine parce que j\u2019aurais assum\u00e9 mes erreurs mais aujourd\u2019hui je ne peux pas accepter une peine qui m\u2019a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e pour des d\u00e9lits commis en 1983 et jug\u00e9s il y a plus d\u2019un quart de si\u00e8cle quand en 28 ans de prison je ne compte plus les assassins en s\u00e9rie et les p\u00e9dophiles qui ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9. P ces derniers plus d\u2019un, ont r\u00e9cidiv\u00e9, pour \u00eatre de nouveau incarc\u00e9r\u00e9s et puis encore lib\u00e9r\u00e9s. C\u2019est comme si la soci\u00e9t\u00e9 emphatis\u00e9es plus facilement avec un p\u00e9dophile qu\u2019avec un braqueur de banque.<\/p>\n<p>Je crois que j\u2019ai pay\u00e9 ce que j\u2019ai fait et ce que je n\u2019ai pas fait. Dans ma jeunesse un procureur demanda une peine de 10 ans et on me condamna \u00e0 18 ans. A l\u2019\u00e9poque ca avait \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e pour beaucoup une peine d\u2019\u00e9limination. Dans 5 mois ca fera 28 ans que je suis en prison et apr\u00e8s avoir subis les syst\u00e8mes de d\u00e9tention les plus inhumains qu\u2019on puisse trouver en Europe. A 48 ans je n\u2019ai m\u00eame pas eu la possibilit\u00e9 de vivre un tant soit peu et toute ma vie a \u00e9t\u00e9 souffrance. J\u2019ai su me pr\u00e9server de la haine que fomentent les r\u00e9gimes de d\u00e9tentions inhumains et aujourd\u2019hui on me dit que je dois purger plus de 10 ans pour des braquages bidons commis il y a 28 ans tandis que des \u00e9vasions violentes commissent post\u00e9rieurement sont depuis longtemps prescrites. Je n\u2019accepte pas une peine qui n\u2019a plus aucun sens et pour cette raison je vais lutter contre cette injustice par tous les moyens et si le d\u00e9sespoir me pousse \u00e0 commettre l\u2019irr\u00e9parable que la conscience des juges et des hommes de lois d\u00e9finisse la responsabilit\u00e9 de chacun.<\/p>\n<p>Pour terminer j\u2019explique pour ceux qui ne le savent pas qui \u00e9tait Catherine. C\u2019\u00e9tait la m\u00e8re d\u2019un des d\u00e9tenus fran\u00e7ais le plus encombrant pour l\u2019administration p\u00e9nitentiaire. Mais elle \u00e9tait aussi et surtout beaucoup plus que \u00e7a. C\u2019\u00e9tait une rebelle qui dans sa jeunesse avait connu la prison et qui ce fit la porte parole de tout les prisonniers. Elle cr\u00e9a l\u2019association ARPI qui n\u2019est ni plus ni moins que \u00ab\u3000Les\u3000cercles d\u2019amis et de familles de prisonniers\u3000\u00bbqui avaient essay\u00e9 d&rsquo;\u00eatre mis en place en Espagne. C\u2019est-\u00e0-dire une association de soutien aux prisonniers. J\u2019esp\u00e8re que l\u2019association continuera parce qu\u2019on en a besoin.<\/p>\n<p>Sans plus et en esp\u00e9rant ne pas avoir trop ennuy\u00e9 les lecteurs je termine en souhaitant a chacun et chacune beaucoup de force et de d\u00e9termination.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div>Source : http:\/\/gilbertalarue.blogspot.fr\/<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant toute chose je voudrais rendre hommage \u00e0 Catherine Charles disparu en mars dernier apr\u00e8s toute une vie de lutte aux cot\u00e9s de d\u00e9tenus, un exemple de solidarit\u00e9, de combativit\u00e9. 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