{"id":1396,"date":"2013-07-08T14:05:35","date_gmt":"2013-07-08T13:05:35","guid":{"rendered":"http:\/\/contrelenfermement.noblogs.org\/?p=1396"},"modified":"2013-08-08T14:13:58","modified_gmt":"2013-08-08T13:13:58","slug":"enfermees-dehors-les-familles-de-detenus-a-la-maison-darret-de-varces","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/contrelenfermement.noblogs.org\/?p=1396","title":{"rendered":"Enferm\u00e9es dehors: les familles de d\u00e9tenus \u00e0 la maison d&rsquo;arr\u00eat de Varces"},"content":{"rendered":"<p><i>NB\/ Ce reportage est le fruit d&rsquo;un long travail d&rsquo;enqu\u00eate sur le quotidien des famille de d\u00e9tenus \u00e0 Varces, effectu\u00e9 au cours de l&rsquo;ann\u00e9e 2010<\/i><b>.<br \/>\n<\/b><\/p>\n<div>\n<p>La d\u00e9nonciation de l\u2019\u00e9tat d\u00e9plorable des prisons a d\u00e9pass\u00e9 le stade des discours d\u2019intention. L\u2019Etat est d\u00e9sormais condamn\u00e9. Comme le 15 juin dernier \u00e0 Rennes. Mais un pan de l\u2019incarc\u00e9ration demeure invisible. Indicible. Celui des familles de d\u00e9tenus. Plus de 400 000 personnes ont un proche en prison. La maison d\u2019arr\u00eat de Varces, v\u00e9tuste et tristement c\u00e9l\u00e8bre pour le meurtre d\u2019un d\u00e9tenu abattu depuis l\u2019ext\u00e9rieur en 2008, est un exemple symbolique des anciennes prisons. Un univers hostile pour maintenir des liens familiaux. Pr\u00e8s de 2400 proches y passent chaque ann\u00e9e pour d\u00e9poser du linge ou leurs rendre visite.<\/p>\n<p>13h30, devant les portes de la prison de Varces. Le surveillant appelle les familles, non pas par leur nom, mais par celui de la personne d\u00e9tenue qu\u2019ils vont visiter. Sans nom, les parents, fr\u00e8res, enfants et compagnes sont d\u00e9j\u00e0 assimil\u00e9s \u00e0 leur proche d\u00e9tenu. \u00ab\u00a0On est libre sans l\u2019\u00eatre. Parce qu\u2019il n\u2019a pas de libert\u00e9 ni de bien-\u00eatre, je m\u2019interdis d\u2019en avoir\u00a0\u00bb confie Martine en parlant de son fils. Son pr\u00e9nom a \u00e9t\u00e9 chang\u00e9, non pas \u00e0 sa demande, mais \u00e0 celle des responsables de l\u2019association qui accueille les familles de d\u00e9tenus (Arla), \u00e0 20 m\u00e8tres des murs de la prison. Entrer en prison, c\u2019est mettre entre parenth\u00e8ses son identit\u00e9 pour les d\u00e9tenus, comme pour les proches.<\/p>\n<p><b>Le parloir ou le partage fugace de la d\u00e9tention <\/b><\/p>\n<p>Quand Pierre a vu pour la premi\u00e8re fois, il y a six mois, son jeune fils entre ces quatre murs, il a cru exploser\u00a0: \u00ab\u00a0Je voulais prendre sa place, ou venir avec mon camion pour d\u00e9foncer la porte\u00a0\u00bb. R\u00e9volt\u00e9 par le traitement \u00ab\u00a0inhumain\u00a0\u00bb des d\u00e9tenus, il a contenu \u00ab\u00a0ses dr\u00f4les d\u2019id\u00e9es\u00a0\u00bb mais en parle encore avec une boule dans la gorge. Le \u00ab\u00a0choc carc\u00e9ral\u00a0\u00bb n\u2019est pas r\u00e9serv\u00e9 qu\u2019aux d\u00e9tenus.<\/p>\n<p>Il y a les films, les fantasmes sur la prison. Et puis la r\u00e9alit\u00e9 des conditions d\u2019enfermement dans une prison construite dans les ann\u00e9es 1970 et aujourd\u2019hui d\u00e9labr\u00e9e. Une r\u00e9alit\u00e9 que les familles ne peuvent \u00e9viter en se rendant au parloir. La salet\u00e9. C\u2019est le premier mot qui vient aux familles pour d\u00e9crire les dix box de 3m\u00b2 o\u00f9 elles rencontrent leur proche. Il y a \u00ab\u00a0des odeurs d\u2019urine\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0des crachats\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0des d\u00e9chets\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0la peinture est \u00e9caill\u00e9e\u00a0\u00bb t\u00e9moignent plusieurs m\u00e8res et compagnes de d\u00e9tenus. \u00ab\u00a0Une porcherie\u00a0\u00bb lance une m\u00e8re de pr\u00e9venu qui dit avoir vu des rats se balader sur les toits \u00e0 proximit\u00e9 du parloir. Mathilde, coll\u00e9gienne, raconte que ses petits fr\u00e8res et s\u0153urs ne veulent plus venir \u00ab\u00a0tellement c\u2019est sale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pourtant Patrick Motuelle, Directeur de la maison d\u2019arr\u00eat, assure que \u00ab\u00a0les parloirs ont fait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9fection totale il y a deux ans par les d\u00e9tenus eux-m\u00eames\u00a0\u00bb et de nouvelles op\u00e9rations \u00ab\u00a0l\u2019an dernier par des d\u00e9tenus en formation\u00a0\u00bb. Un d\u00e9tenu est \u00e9galement charg\u00e9 de nettoyer tous les jours les parloirs . Mais avant le m\u00e9nage de fin de journ\u00e9e, les familles ont le temps de d\u00e9grader les espaces de parloirs, selon le Directeur. Une opinion que partage Martine Noally, pr\u00e9sidente du Relais enfant-parent Is\u00e8re qui accompagne au parloir avec des enfants dont le p\u00e8re est incarc\u00e9r\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Cela ne d\u00e9range pas les familles de salir. C\u2019est li\u00e9 au partie du concept de prison, qui n\u2019est pas l\u00e0 pour \u00eatre belle et propre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Outre l\u2019odeur et l\u2019aspect des parloirs, le confinement de la cellule y est reproduit. Enferm\u00e9 entre deux grilles dans des cabines sans aucune a\u00e9ration, le confort est approximatif. En ao\u00fbt 2009 l\u2019expert architecte mandat\u00e9 par le Tribunal administratif de Grenoble mesurait une temp\u00e9rature de 31\u00b0C, et une humidit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 la normale. Il y a quelles ann\u00e9es un r\u00e9am\u00e9nagement des parloirs avait \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9. Le projet est rest\u00e9 dans les tiroirs. Mais une nouvelle \u00e9tude est en cours, au niveau de la direction interr\u00e9gionale des services p\u00e9nitentiaires, pour r\u00e9habiliter entre autres, les parloirs de Varces.<\/p>\n<p><b>30 minutes de libert\u00e9 surveill\u00e9e <\/b><\/p>\n<p>A l\u2019int\u00e9rieur de la prison, les familles passent plus de temps sans leur proche qu\u2019avec lui. 30 minutes minimum d\u2019attente, de passage un \u00e0 un sous le d\u00e9tecteur de m\u00e9taux et encore d\u2019attente. 30 minutes avec le d\u00e9tenu. 30 minutes pour refaire le chemin en sens inverse. Sans compter le temps de trajet. Martine qui vient du Vaucluse mobilise une journ\u00e9e pour son fils. Mais elle a l\u2019autorisation de le voir pendant une heure, une fois par mois. Dans l\u2019autre maison d\u2019arr\u00eat is\u00e9roise de Saint-Quentin Fallavier, similaire en capacit\u00e9 d\u2019accueil, les parloirs durent 45 minutes. A Varces, il est \u00ab\u00a0mat\u00e9riellement impossible de faire plus\u00a0\u00bb, \u00e0 cause du manque de salles et \u00ab\u00a0du choix de r\u00e9server les matin\u00e9es aux mineurs et d\u00e9tenus hospitalis\u00e9s\u00a0\u00bb, justifie le Directeur.<\/p>\n<p>Rien ne doit passer non plus par le parloir. Sauf des dessins et photos de famille. Jusqu\u2019\u00e0 peu, m\u00eame les bouteilles d\u2019eau \u00e9taient interdites, il fallait en acheter \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la prison. Des cl\u00e9mentines, quelques bonbons, un bout de g\u00e2teau passent quand m\u00eame de temps en temps. Des mini transgressions \u00ab\u00a0qui peuvent para\u00eetre insignifiantes, mais qui leurs redonnent peut- \u00eatre un petit gout \u00e0 la vie\u00a0\u00bb admet Maria, m\u00e8re d\u2019un condamn\u00e9. Des actes en apparence anodins mais qui conduisent \u00e0 des suspensions voire suppression de permis de visite \u00ab\u00a0relativement fr\u00e9quentes\u00a0\u00bb surtout si la personne \u00ab\u00a0est de mauvaise foi\u00a0\u00bb, selon les mots du Directeur.<\/p>\n<p>Dans des parloirs coll\u00e9s les uns \u00e0 la suite des autres, o\u00f9 chacun peut entendre la conversation du voisin, l\u2019intimit\u00e9 n\u2019existe pas. Elle est m\u00eame taboue. Le r\u00e8glement interdit \u00ab\u00a0tout comportement ind\u00e9cent\u00a0\u00bb, mais certains couples le brave. Comme Nadine, dont le mari est en d\u00e9tention depuis 12 mois, et qui, dans le jargon carc\u00e9ral, est enceinte d\u2019un \u00ab\u00a0b\u00e9b\u00e9 parloir\u00a0\u00bb. Pour arracher ces moments d\u2019intimit\u00e9 \u00ab\u00a0il faut savoir \u00eatre discret\u00a0\u00bb, l\u00e2che-t-elle. Et avoir rep\u00e9r\u00e9 les gardiens conciliants qui acceptent de surveiller de loin les parloirs.<\/p>\n<p><b>La famille, un suspect potentiel <\/b><\/p>\n<p>Selon le Centre de recherche pour l\u2019\u00e9tude des conditions de vie (Cr\u00e9doc) aupr\u00e8s de 227 familles 3, 85% d\u2019entre elles se rendent autant qu\u2019elles le peuvent au parloir. Mais elles doivent patienter plusieurs semaines voire plusieurs mois avant d\u2019en obtenir l\u2019autorisation. En juillet 2009, le compagnon de Julie est condamn\u00e9 \u00e0 une courte peine. Ils vivaient ensemble mais n\u2019\u00e9taient pas mari\u00e9s. Trois mois plus tard, le Directeur de la prison lui d\u00e9livre son permis de visite. Parce qu\u2019aux yeux de l\u2019administration, ils ne sont pas suffisamment li\u00e9s.<\/p>\n<p>Alors la police enqu\u00eate sur le demandeur de permis. Une enqu\u00eate administrative rapide, qui consiste \u00e0 v\u00e9rifier si la personne est connue des services de police, mais qui est loin d\u2019\u00eatre une priorit\u00e9, de l\u2019aveu m\u00eame de Philippe Malbeck, chef d\u2019\u00e9tat major de la police de Grenoble.<\/p>\n<p>Mais, quand le d\u00e9tenu est encore pr\u00e9venu donc sous le contr\u00f4le du juge d\u2019instruction, la famille peut se trouver sans nouvelle directe de son proche pendant de longues semaines. Bruno Lafay, Chef du Service p\u00e9nitentiaire d\u2019insertion et de probation (Spip) observe \u00ab\u00a0qu\u2019il peut se passer un mois entre le moment ou le pr\u00e9venu envoie un courrier et le moment o\u00f9 il est re\u00e7u\u00a0\u00bb4 par sa famille. Alors que ce sont les premi\u00e8res semaines de l\u2019incarc\u00e9ration les plus rudes. Le secret de la correspondance n\u2019existe pas. Il passe soit pas le juge d\u2019instruction, soit par l\u2019administration p\u00e9nitentiaire. Seulement depuis d\u00e9cembre 2009, les d\u00e9tenus ont acc\u00e8s au t\u00e9l\u00e9phone. Mais la loi autorise seulement les condamn\u00e9s \u00e0 s\u2019en servir. Pas les pr\u00e9venus, qui attendent leur proc\u00e8s.<\/p>\n<p>Une fois le s\u00e9same du permis de visite obtenu, il faudra encore r\u00e9ussir \u00e0 r\u00e9server un parloir. Appeler l\u2019unique surveillant charg\u00e9 des r\u00e9servations entre 8h30 et 9h30. D\u2019autant plus que les badges, pour r\u00e9server les parloirs \u00e0 travers une borne magn\u00e9tique install\u00e9e \u00e0 en face de la prison, fonctionnent de mani\u00e8re al\u00e9atoire. Mais \u00ab\u00a0la solution technique est en marche\u00a0\u00bb affirme Patrick Motuelle, le Directeur de la maison d\u2019arr\u00eat, sans pr\u00e9ciser de date. La surpopulation de la prison complique aussi les r\u00e9servations de parloirs. En moyenne 300 personnes (voire 350 \u00e0 certaines p\u00e9riodes de l\u2019ann\u00e9e) sont incarc\u00e9r\u00e9es dans cet \u00e9tablissement de 233 places. Alors qu\u2019en th\u00e9orie les maisons d\u2019arr\u00eats ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues pour les personnes en attente de jugement, deux tiers sont des condamn\u00e9s. Et comme ces derniers n\u2019ont droit qu\u2019\u00e0 deux visites par semaine, la file d\u2019attente pour les parloirs s\u2019allonge. M\u00e9caniquement.<\/p>\n<p><b>La famille, une assistante sociale bis<\/b><\/p>\n<p>C\u2019est la premi\u00e8re fois que Fran\u00e7oise est confront\u00e9e \u00e0 la prison. Dans le flou carc\u00e9ral, elle \u00ab\u00a0bataille seule\u00a0\u00bb, sans l\u2019aide de ses autres enfants et tr\u00e8s peu du service social de la maison d\u2019arr\u00eat. \u00ab\u00a0J\u2019ai envoy\u00e9 ma demande de permis de visite \u00e0 l\u2019adresse de la cellule mon fils\u00a0\u00bb, alors qu\u2019il fallait l\u2019adresser au Directeur. \u00ab\u00a0L\u2019assistante sociale ne m\u2019avait rien dit\u00a0\u00bb, justifie- t-elle. A cinq conseillers d\u2019insertion et de probation pour 300 d\u00e9tenus, ils n\u2019ont pas toujours le temps d\u2019expliquer chaque d\u00e9marche en d\u00e9tail. A d\u00e9faut, les familles se renseignent aupr\u00e8s des b\u00e9n\u00e9voles de l\u2019Arla, \u00ab\u00a0des personnes g\u00e9niales et tr\u00e8s disponibles\u00a0\u00bb. Si le \u00ab\u00a0maintien des liens familiaux\u00a0\u00bb fait partie des missions du Service p\u00e9nitentiaire d\u2019insertion et de probation (SPIP), Bruno Lafay pr\u00e9cise que leur travail \u00ab\u00a0se situe avant tout aupr\u00e8s des condamn\u00e9s, sur leurs projets d\u2019am\u00e9nagement de peines et activit\u00e9s en d\u00e9tention\u00a0\u00bb. Pas le temps donc de recevoir les familles. Seulement de les appeler les premiers jours de l\u2019incarc\u00e9ration de leur proche.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s le code de proc\u00e9dure p\u00e9nale, le Spip doit \u00ab\u00a0favoriser la r\u00e9insertion sociale du d\u00e9tenu\u00a0\u00bb. Mais il ne l\u2019aide pas directement dans ses projets de r\u00e9insertion professionnelle future. Le Spip \u00ab\u00a0renvoie les d\u00e9tenus par exemple vers l\u2019Association r\u00e9gionale pour l\u2019insertion (Arepi), le Pole Emploi et les foyers d\u2019h\u00e9bergements\u00a0\u00bb. Des organismes qui interviennent une fois que le d\u00e9tenu est sorti ou quand il sait avec certitude qu\u2019il va sortir. L\u2019Arepi suit une trentaine d\u2019ex-d\u00e9tenus de Varces et tient une permanence une fois par mois \u00e0 la maison d\u2019arr\u00eat. Une permanence qui sert essentiellement les aider dans leurs d\u00e9marches administratives (dossiers Caf et RSA).<\/p>\n<p>Beaucoup de familles s\u2019investissent alors dans la recherche active de promesse d\u2019embauche, qui peut peser en faveur d\u2019un am\u00e9nagement de peine. Comme cette compagne de condamn\u00e9 arriv\u00e9 \u00e0 mi- peine, qui toutes les semaines \u00e9crit \u00ab\u00a0des lettres de motivations, trouve les adresses d\u2019entreprises, appelle la mission locale\u00a0\u00bb, alors qu\u2019elle travaille et poursuit des \u00e9tudes en m\u00eame temps. Des efforts redoubl\u00e9s par le sentiment \u00ab\u00a0qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ils ne font rien pour eux\u00a0\u00bb. Comme tenu du nombre de d\u00e9tenus, les travailleurs sociaux \u00ab\u00a0fonctionnent sur un syst\u00e8me de demandes d\u2019entretiens. Si le d\u00e9tenu n\u2019est pas demandeur, il y a de fortes chances pour qu\u2019il ne soit pas vu\u00a0\u00bb, regrette Bruno Lafay.<\/p>\n<p><b>Des d\u00e9tenus nourris, blanchis\u2026par leur famille <\/b><\/p>\n<p>Log\u00e9s dans des cellules de 9m\u00b2, les d\u00e9tenus sont \u00e0 la charge de leur famille. La prison leur fournit le minimum. La location du frigo et de la t\u00e9l\u00e9vision leurs co\u00fbte 24 euros par mois. Avec seulement quatre machines \u00e0 laver dans la prison pour 300 d\u00e9tenus, ce sont les familles qui se chargent de la lessive de leur proche. En plus de ce service, 70% des familles envoient plus de 76 euros par mois \u00e0 leur proche incarc\u00e9r\u00e9 en maison d\u2019arr\u00eat (Cr\u00e9doc). En comptant les frais d\u2019avocats et le co\u00fbt des trajets, les familles d\u00e9pensent en moyenne 200 euros par mois pour la personne incarc\u00e9r\u00e9e. Maria, avec un SMIC et un loyer \u00e0 600euros se \u00ab\u00a0prive d\u00e9j\u00e0 pour l\u2019aider\u00a0\u00bb. Alors l\u2019interdiction d\u2019apporter des CD et DVD d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9s la d\u00e9passe. Ils doivent \u00eatre neufs, dans leur emballage d\u2019origine. A no\u00ebl, les familles ont le droit d\u2019envoyer un colis. 5kg maximum. Tous les aliments doivent \u00eatre cuits et les papillotes d\u00e9ball\u00e9es. Mais \u00ab\u00a0rien pour P\u00e2ques, la f\u00eate des p\u00e8res. D\u00e9j\u00e0 qu\u2019ils perdent leurs rep\u00e8res, ils perdent en plus le go\u00fbt\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En l\u2019absence du d\u00e9tenu, certaines familles doivent aussi g\u00e9rer le logement vacant et ses factures. Le fils de Fran\u00e7oise est entr\u00e9 en d\u00e9cembre dernier \u00e0 Varces, mais les loyers ont continu\u00e9 d\u2019\u00eatre d\u00e9bit\u00e9s automatiquement de son compte et il s\u2019est retrouv\u00e9 interdit bancaire. Fran\u00e7oise a d\u00fb rembourser ses frais de banque et arpenter les m\u00e9andres de l\u2019administration pour obtenir une procuration. Presqu\u2019un mois de d\u00e9marches et de va-et-vient. Bruno Lafay admet que cet \u00ab\u00a0acte relativement simple peut mettre 15 jours, le temps qu\u2019il passe par le Spip, le condamn\u00e9, le greffe, qu\u2019il soit renvoy\u00e9 \u00e0 la banque et enfin retourn\u00e9 \u00e0 la prison\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><b>L\u2019impossible \u00e9vasion <\/b><\/p>\n<p>Toutes les familles ne rendent pas visite \u00e0 leur proche d\u00e9tenu. Certaines avaient jur\u00e9es qu\u2019elle ne mettrait pas les pieds dans la prison, que \u00ab\u00a0\u00e7a lui servirait de le\u00e7on\u00a0\u00bb. Mais rapidement elles s\u2019inqui\u00e8tent, se sentent coupables \u00ab\u00a0de le laisser tout seul l\u00e0-bas\u00a0\u00bb. Une m\u00e8re et sa fille, assises dans le local de l\u2019Arla, plaisantent \u00ab\u00a0on est habitu\u00e9es, tous nos fr\u00e8res sont pass\u00e9s par l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb mais s\u2019empressent de rajouter \u00ab\u00a0nous sommes plus enferm\u00e9es qu\u2019eux qui sont derri\u00e8re les barreaux .\u00a0\u00bb Une mani\u00e8re de dire que contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues et malgr\u00e9 les obstacles, la rupture des liens familiaux est plus difficile que son maintien. Pour Maria, c\u2019est une question de survie\u00a0: \u00ab\u00a0m\u00eame quand il ne va pas bien, il vient [au parloir]. Je le maintiens en vie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Une s\u0153ur de condamn\u00e9 ne \u00ab\u00a0part plus en vacances , pour \u00eatre l\u00e0 d\u00e8s qu\u2019il se passe quelque chose.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0On est constamment sur le pied de guerre\u00a0\u00bb, dit-elle. Le 24 d\u00e9cembre 2009 et le 12 janvier 2010, deux d\u00e9tenus sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s dans leur cellule. L\u2019un s\u2019est pendu \u00e0 son radiateur et l\u2019autre est mort par asphyxie, mais l\u2019origine de l\u2019incendie demeure obscure pour la famille et son avocat. Deux faits qui t\u00e9moignent de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 de la maison d\u2019arr\u00eat de Varces et renforcent l\u2019inqui\u00e9tude des familles. Pierre, qui a quitt\u00e9 son travail en Italie pour se rapprocher de Grenoble, \u00ab\u00a0ne vit pas \u00e0 cause de tout ce qui se passe dans les prisons\u00a0\u00bb. Deux fois son fils n\u2019est pas venu \u00e0 son rendez-vous de parloir, \u00ab\u00a0parce qu\u2019il \u00e9tait en promenade selon le gardien\u00a0\u00bb. La semaine suivante son fils lui explique que le surveillant lui aurait assur\u00e9 qu\u2019il n\u2019avait pas parloir. Impossible de d\u00e9m\u00ealer le vrai du faux, mais cette opacit\u00e9 carc\u00e9rale n\u2019aide pas \u00e0 trouver le sommeil. Pr\u00e8s d\u2019une personne sur deux, rencontr\u00e9es par le Cr\u00e9doc en 2000, \u00e9prouve des troubles de la fatigue et de l\u2019humeur.<\/p>\n<p><b>Des familles en voie de consid\u00e9ration <\/b><\/p>\n<p>Dix ans apr\u00e8s le rapport du S\u00e9nat sur les prisons fran\u00e7aises, qualifi\u00e9es \u00ab\u00a0d\u2019humiliation pour la R\u00e9publique\u00a0\u00bb, le pouvoir politique et l\u2019administration p\u00e9nitentiaire ont reconnu l\u2019importance du maintien des liens familiaux, avec notamment la cr\u00e9ation d\u2019Unit\u00e9 de Vie Familiales (UVF). Il en existe dans 10 \u00e9tablissements, 17 d\u2019ici mi-2012. Sur un total de 203 \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires. Les UVF ne concernent pas les maisons d\u2019arr\u00eats comme Varces, o\u00f9 les d\u00e9tenus ne sont pas cens\u00e9s rester plus d\u2019un an. Mais c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la pression du Conseil de l\u2019Europe et du comit\u00e9 europ\u00e9en pour la pr\u00e9vention de la torture (CPT) que l\u2019Etat fran\u00e7ais s\u2019est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 autoriser le t\u00e9l\u00e9phone dans les maisons d\u2019arr\u00eats. Les d\u00e9cisions de transferts des d\u00e9tenus par l\u2019administration, tiennent \u00e9galement plus compte de l\u2019\u00e9loignement de la famille, et surtout peuvent \u00eatre contest\u00e9es devant les tribunaux.<\/p>\n<p>Mais la loi pr\u00e9voit toujours que les familles ne doivent \u00eatre pr\u00e9venues qu\u2019une fois leur proche transf\u00e9r\u00e9\u2026Au risque qu\u2019elles viennent \u00e0 la prison pour rien et en d\u00e9pit des recommandations europ\u00e9ennes. Les nouvelles prisons des ann\u00e9es 2000 se voulaient novatrices en construisant des locaux d\u00e9di\u00e9s aux familles. A la maison d\u2019arr\u00eat de Corbas (Lyon), qui a ouvert en mai 2003, la maison des familles est sous surveillance vid\u00e9o et contr\u00f4l\u00e9e depuis la prison. Une mani\u00e8re de leur faire une place au sein de la prison. En les assimilant aux d\u00e9tenus.<\/p>\n<p>Si les familles ne sont plus compl\u00e8tement ignor\u00e9es, leur quotidien reste intimement m\u00eal\u00e9 \u00e0 la d\u00e9tention de leur proche. Pour Martine \u00ab\u00a0tout tourne autour de [son] fils. Constamment avec lui par la pens\u00e9e, je vis la prison avec lui.\u00a0\u00bb Partager la peine, une forme de r\u00e9sistance sourde et quotidienne \u00e0 l\u2019enfermement de son proche. Pas au sien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<address>Source : http:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/ariane-lavrilleux\/110313\/enfermees-dehors-les-familles-de-detenus-la-maison-darret-de-varces<\/address>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>NB\/ Ce reportage est le fruit d&rsquo;un long travail d&rsquo;enqu\u00eate sur le quotidien des famille de d\u00e9tenus \u00e0 Varces, effectu\u00e9 au cours de l&rsquo;ann\u00e9e 2010. La d\u00e9nonciation de l\u2019\u00e9tat d\u00e9plorable des prisons a d\u00e9pass\u00e9 le stade des discours d\u2019intention. 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