{"id":452,"date":"2012-07-03T23:33:23","date_gmt":"2012-07-03T22:33:23","guid":{"rendered":"http:\/\/contrelenfermement.noblogs.org\/?p=452"},"modified":"2012-07-08T23:35:59","modified_gmt":"2012-07-08T22:35:59","slug":"apres-11-et-13-ans-de-prison-deux-condamnes-bientot-innocentes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/contrelenfermement.noblogs.org\/?p=452","title":{"rendered":"Apr\u00e8s 11 et 13 ans de prison, deux condamn\u00e9s bient\u00f4t innocent\u00e9s ?"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<div><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/md0.libe.com\/photo\/435820\/?modified_at=1341251116&amp;ratio_x=03&amp;ratio_y=02&amp;width=476\" alt=\"Abderrahim el-Jabri montre un article de presse concernant son proc\u00e8s, le 26 juin 2012 \u00e0 son domicile d'Ostricourt, dans le Nord\" \/><\/p>\n<div>Abderrahim el-Jabri montre un article de presse concernant son proc\u00e8s, le 26 juin 2012 \u00e0 son domicile d&rsquo;Ostricourt, dans le Nord (AFP)<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La proc\u00e9dure est rarissime. La Cour de r\u00e9vision a \u00e9t\u00e9 saisie ce lundi des cas d\u2019Abdelkader Azzimani et Abderrahim el-Jabri, condamn\u00e9s \u00e0 vingt ans de prison pour un meurtre commis en 1997, \u00e0 Lunel (H\u00e9rault), qu\u2019ils ont toujours ni\u00e9. Sans succ\u00e8s, puisqu\u2019ils ont pass\u00e9 respectivement onze et treize ans derri\u00e8re les barreaux.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>Mais apr\u00e8s une lutte judiciaire de longue haleine, Azzimani et El-Jabri pourraient obtenir un nouveau proc\u00e8s et \u00eatre acquitt\u00e9s. Depuis 1945, la proc\u00e9dure devant la Cour de r\u00e9vision &#8211; ultime recours possible en droit fran\u00e7ais &#8211; n\u2019a abouti qu&rsquo;\u00e0 sept acquittements. Parmi lesquels les dossiers de Patrick Dils et Roland Agret, notamment.<\/p>\n<p>Il est 14 heures pass\u00e9 de quelques minutes quand Abderrahim el-Jabri sort de son audience devant les magistrats de la commission de r\u00e9vision des condamnations p\u00e9nales. Celle-ci vient, dans un document d\u2019une dizaine de pages, rendre la d\u00e9cision tant attendue. <em>\u00abL&rsquo;\u00e9tat des investigations exclut toute participation de MM. Azzimani et el-Jabri \u00e0 la commission du meurtre\u00bb<\/em>, \u00e9crit-elle. En clair, la Cour de r\u00e9vision va \u00eatre saisie dans les prochains mois.<\/p>\n<p>108 coups de couteau<\/p>\n<p>Souliers marrons, veste et pantalon beige, Abderrahim el-Jabri <em>\u00abn\u2019arrive pas \u00e0 trouver [ses] mots\u00bb<\/em>. Le petit homme de 47 ans est <em>\u00abvid\u00e9\u00bb<\/em>, mais <em>\u00ab\u00e9mu et content\u00bb<\/em>. <em>\u00abC\u2019est un pas vers la vraie justice<\/em>, soupire-t-il. <em>Quinze ans de proc\u00e9dure, c\u2019est long. On sent l\u2019acharnement. Mais la justice fait son travail. Les erreurs, cela arrive, malheureusement.\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Aux yeux de Roger-Marc Moreau, le d\u00e9tective qui l\u2019assiste depuis pr\u00e8s de dix ans, le revirement de la justice tient pourtant du <em>\u00abmiracle\u00bb<\/em>. Il faut dire que depuis le 22 d\u00e9cembre 1997, tout semblait s\u2019acharner contre les deux accus\u00e9s. Au petit matin, un homme d\u00e9couvre un corps ensanglant\u00e9 \u00e0 Lunel, au bord d\u2019un chemin de campagne. Lac\u00e9r\u00e9 de 108 coups de couteau, Abdelaziz Jhilal &#8211; \u00abAzouz\u00bb pour ses amis &#8211; g\u00eet l\u00e0 depuis la veille au soir. Il a 22 ans. Les enqu\u00eateurs d\u00e9couvrent que Jhilal, dealeur de cannabis, tra\u00eene une r\u00e9putation d\u2019arnaqueur. Ils s\u2019orientent rapidement vers la piste d\u2019un r\u00e8glement de comptes.<\/p>\n<p>Leurs \u00e9coutes t\u00e9l\u00e9phoniques les m\u00e8nent vers Azzimani et El-Jabri, qui fournissaient \u00abAzouz\u00bb en cannabis. Le jour du meurtre, ils avaient rendez-vous avec la victime, qui leur devait 45 000 francs pour une livraison de 5 kg de shit. Pour les gendarmes, le mobile du meurtre est clair. D\u2019autant qu\u2019un t\u00e9moin, Errol Fargier, jure les avoir reconnus lors d\u2019une altercation avec Jhilal le jour du meurtre. Qu\u2019importe si l\u2019homme, un peu illumin\u00e9, est persuad\u00e9 que les faits ont eu lieu dans l\u2019apr\u00e8s-midi du 21 d\u00e9cembre, alors que le l\u00e9giste situe l\u2019heure du d\u00e9c\u00e8s aux alentours de 20 h 30. Les enqu\u00eateurs bouclent leur enqu\u00eate. En avril 1998, El-Jabri et Azzimani sont \u00e9crou\u00e9s, malgr\u00e9 leurs d\u00e9n\u00e9gations, pour trafic de stup\u00e9fiants et homicide volontaire.<\/p>\n<p>D\u00e9clarations farfelues<\/p>\n<p>La justice ne dispose d\u2019aucune preuve mat\u00e9rielle et ne compte que sur les d\u00e9clarations de Fargier. <em>\u00abPlus le dossier est mince, plus elle a tendance \u00e0 en faire des tonnes\u00bb<\/em>, estime Roger-Marc Moreau. De fait, lors du premier proc\u00e8s, en 2003, les coaccus\u00e9s \u00e9copent de vingt ans de prison, malgr\u00e9 les d\u00e9clarations impr\u00e9cises voire farfelues de Fargier \u00e0 la barre. Peine confirm\u00e9e en appel un an plus tard \u00e0 Perpignan, cette fois-ci pour une \u00absimple\u00bb complicit\u00e9 de meurtre.<\/p>\n<p>Roger-Marc Moreau, connu pour avoir travaill\u00e9 sur le dossier Omar Raddad, est engag\u00e9 par les familles des condamn\u00e9s. Il interroge Fargier \u00e0 plusieurs reprises, souvent sous l\u2019objectif des cam\u00e9ras, <em>\u00abafin de m\u00e9diatiser l\u2019affaire\u00bb<\/em>. Le principal t\u00e9moin s\u2019emp\u00eatre dans des d\u00e9clarations contradictoires. En 2008, il d\u00e9clare m\u00eame avoir confondu El-Jabri avec un autre homme. L\u2019avocat g\u00e9n\u00e9ral, saisi de doutes, engage une demande de r\u00e9vision devant la Cour de cassation. Sans succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Le dossier est rouvert en 2009. Sous la pression de la d\u00e9fense, les traces ADN pr\u00e9lev\u00e9es sur la sc\u00e8ne de crime sont inscrites au Fichier national automatis\u00e9 des empreintes g\u00e9n\u00e9tiques (Fnaeg). <em>\u00abCela semblait anodin, mais \u00e7a contribuera \u00e0 innocenter El-Jabri et Azzimani\u00bb<\/em>, dit Roger-Marc Moreau. En effet, un an plus tard, un manutentionnaire de 30 ans, Michel Boulma, voit son ADN pr\u00e9lev\u00e9 dans le cadre d\u2019une enqu\u00eate sur des vols \u00e0 l&rsquo;\u00e9talage commis dans le supermarch\u00e9 o\u00f9 il travaille.<\/p>\n<p>L&rsquo;ADN parle, presque par hasard<\/p>\n<p><em>\u00abIl y a un double miracle dans cette affaire<\/em>, r\u00e9sume Jean-Marc Darrigade, un des avocats des deux accus\u00e9s. <em>D\u00e9j\u00e0, parce que Boulma n&rsquo;\u00e9tait m\u00eame pas impliqu\u00e9 dans cette proc\u00e9dure. Il s\u2019agissait juste de v\u00e9rifier que le personnel de la sup\u00e9rette n&rsquo;\u00e9tait pas complice des vols.\u00bb<\/em> Ensuite, parce que le Fnaeg va rapidement parler. L\u2019ADN de Boulma correspond \u00e0 celui retrouv\u00e9 en 1997 autour du corps de Jhilal. <em>\u00abHeureusement qu\u2019il s\u2019est bless\u00e9 lors du meurtre et qu\u2019il a laiss\u00e9 son sang sur le r\u00e9troviseur et l\u2019appuie-t\u00eate de la voiture, ainsi que sur la chaussette de la victime\u00bb<\/em>, r\u00e9sume Me Darrigade.<\/p>\n<p><em>\u00abLes gendarmes l\u2019ont convoqu\u00e9, et il est pass\u00e9 \u00e0 table tout de suite. Il s&rsquo;\u00e9tonnait m\u00eame qu\u2019il n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 confondu plus t\u00f4t\u00bb<\/em>, se souvient Roger-Marc Moreau. Boulma donne un complice, Bouziane Helaili, 32 ans, directeur du centre de loisirs de Lunel, qui n\u2019avait jamais eu affaire \u00e0 la justice. Les deux hommes, qui \u00e9cartent toute responsabilit\u00e9 des deux premiers accus\u00e9s, continuent aujourd\u2019hui \u00e0 s\u2019accuser des coups mortels.<\/p>\n<p>Pour Roger-Marc Moreau, ses clients, dealers et maghr\u00e9bins, \u00e9taient les coupables id\u00e9aux. <em>\u00abLors de leur proc\u00e8s en appel, en 2004 \u00e0 Perpignan, l\u2019ambiance \u00e9tait d\u00e9l\u00e9t\u00e8re\u00bb<\/em>, se souvient-il. Mais Abderrahim el-Jabri, lui, ne veut plus penser \u00e0 ses longues ann\u00e9es de d\u00e9tention. <em>\u00abC\u2019est pire qu\u2019un combat, c\u2019est une guerre<\/em>, confie-t-il. <em>Il ne faut pas se laisser aller. Je m\u2019attendais souvent au pire, j\u2019ai quand m\u00eame \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7u.\u00bb<\/em> Pour tenir en prison, il s\u2019en remet <em>\u00abau sport et au spiritualisme\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p><em>\u00abIls n\u2019ont jamais d\u00e9sarm\u00e9 et se sont battus dans le respect des voies de droit\u00bb<\/em>, juge Jean-Marc Darrigade, qui suit les deux hommes depuis quatorze ans. <em>\u00abM\u00eame en prison, ils n\u2019ont jamais commis d\u2019actes de r\u00e9bellion ni subi de proc\u00e9dure disciplinaire.\u00bb<\/em> Depuis leur lib\u00e9ration conditionnelle &#8211; en 2009 pour Azzimani, en 2011 pour el-Jabri &#8211; les anciens coaccus\u00e9s peinent \u00e0 retrouver une vie normale. Le premier souffre d\u2019un ecz\u00e9ma chronique qui le handicape grandement pour son travail de garagiste. Le deuxi\u00e8me, de nationalit\u00e9 marocaine, jongle avec les r\u00e9c\u00e9piss\u00e9s de titre de s\u00e9jour de trois mois. <em>\u00abAujourd\u2019hui, je veux me marier, avoir des enfants<\/em>, souffle-t-il.<em> Aller me recueillir sur la tombe de mon p\u00e8re, aussi, qui est enterr\u00e9 au Maroc.\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<address>source : http:\/\/www.liberation.fr\/societe\/2012\/07\/02\/apres-11-et-13-ans-de-prison-deux-condamnes-bientot-innocentes_830630<\/address>\n<address>Par <strong>SYLVAIN MOUILLARD<\/strong><\/address>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Abderrahim el-Jabri montre un article de presse concernant son proc\u00e8s, le 26 juin 2012 \u00e0 son domicile d&rsquo;Ostricourt, dans le Nord (AFP) &nbsp; La proc\u00e9dure est rarissime. 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