Enquêtes et questions après le suicide d’une jeune femme en prison

 À 19 ans, une jeune Vierzonnaise s’est donné la mort par pendaison dans sa cellule de la maison d’arrêt du Bordiot.

Deux enquêtes sont ouvertes, l’une judiciaire et l’autre administrative.

Avant de mettre fin à ses jours, la jeune fille aurait laissé un mot manuscrit adressé à l’un des membres de sa famille. « Paumée dans une existence en décomposition sociale, entraînée par une ancre familiale qui lui fait mordre le fond, elle promène, depuis son enfance, un vieux jouet cassé qu’est sa jeunesse. »

Celle qui est au cœur de cet article, publié jeudi 24 juillet dernier dans le Berry républicain, a fini par se pendre dans sa cellule du Bordiot, vendredi 5 décembre, avec un cordon électrique.

Elle avait 19 ans… Cette Vierzonnaise au casier lourd a trébuché sur la vie. Celle que sa tante a toujours trouvée « malheureuse », met fin à ses jours, après un énième rendez-vous au tribunal correctionnel de Bourges. Vendredi 5 décembre, la justice l’extrait de sa cellule. Mais un problème de procédure renvoie son affaire « à une date ultérieure ». Elle se suicide dans la foulée… Sa tante explique qu’elle comptait aller la voir le lendemain car une panne de voiture l’avait empêchée de se rendre au parloir. Elle avait écrit à sa nièce, d’ailleurs, pour le lui dire. La délinquance n’est pas un trou dans le trottoir dans lequel on tombe par hasard. Celle qui en fit les frais, et qui fit aussi des victimes, depuis l’âge de treize ans, date de sa première condamnation, éponge un lourd passif familial. « Nouée par un fil à la communauté des gens du voyage de Vierzon », la jeune fille « n’en finit pas de sombrer corps et âme », écrivions-nous encore. C’est sa grand-mère qui s’occupe d’elle, une grand-mère pour refuge qui finit par mourir. Plus tard, une tante, pour qui sa nièce « se sentait abandonnée, rejetée, elle s’en fichait de sa vie », dit-elle. Les foyers qu’elle fréquente la mettent finalement à l’abri des turpitudes de son monde. Mais très vite, de retour, la réalité la rattrape et la tire vers le bas. En juillet dernier, c’est une jeune femme échouée qui se tient dans le box. Son avocate brosse le sombre tableau de cette courte existence jalonnée d’alcool, de violences, de vols. Fatalité, ces huit condamnations à son casier ? Fatalité ce refus de retourner en prison après une permission pour assister à un événement familial ? Elle ne retourne pas au Bordiot pendant cinq semaines. Voilà pourquoi elle est jugée en comparution immédiate, le 23 juillet. Au magistrat, elle explique d’une voix blanche et mécanique qu’elle voulait ramener sa sœur qui avait fugué. Ce regard vide, relié à nulle part. Cette sœur incarcérée. Cette vie chaotique, cabossée. Le fruit d’une volonté indéfectible, la sienne ? Ou d’un dévissage social, une chute lisse et vertigineuse sur une paroi le long de laquelle ses ongles n’accrochaient plus ? Rien ne justifie de mourir, pendue, dans une cellule, à 19 ans. Même un chemin pavé d’une délinquance aussi vive.

Rémy Beurion

Source : http://www.leberry.fr/cher/actualite/2014/12/11/enquetes-et-questions-apres-le-suicide-dune-jeune-femme-en-prison_11254838.html

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