Transférés dans les prisons de l’Hexagone, comment vivent les détenus d’Outre-mer ?

A des milliers de kilomètres de chez eux, plusieurs centaines de détenus ultramarins purgent leur peine dans l’Hexagone. “Déportation” pour certains, transfert choisi pour d’autres, leur incarcération en métropole pose le problème du maintien des liens familiaux. Premier volet de notre enquête.

Plusieurs centaines de détenus d'Outre-mer purgent leur peine dans l'Hexagone. © AFP THOMAS SAMSON / Montage La1ère
© AFP THOMAS SAMSON / MONTAGE LA1ÈRE Plusieurs centaines de détenus d’Outre-mer purgent leur peine dans l’Hexagone.

“Moi personnellement, ce que je veux, c’est rentrer dans ma prison en Guadeloupe pour avoir le parloir avec ma famille, voilà quoi.” Le message a le mérite d’être clair. Il émane d’un détenu antillais incarcéré dans l’Hexagone depuis 2011. Comme lui, quelques centaines – impossible de connaître leur nombre exact – de Martiniquais, Réunionnais, Calédoniens, etc., purgent leur (longue) peine en métropole, à des milliers de kilomètres de chez eux. Certains par choix, d’autres par “mesures d’ordre et de sécurité”. Une fois écroués sur le sol métropolitain, difficile d’envisager un retour en Outre-mer, tant la surpopulation carcérale est forte dans ces territoires.

 

>>> INTERVIEW du Guadeloupéen Fabrice Boromée, détenu en métropole : “J’en ai marre de souffrir ici, mon pays me manque”

 

“C’est un véritable déracinement, analyse François Bès, en charge de l’Outre-mer au sein de l’Observatoire international des prisons (OIP). Eloignement familial, différence de température, problèmes occasionnels de langue, cherté des communications téléphoniques et décalage horaire… “Chaque fois que j’appelle, il fait déjà nuit là-bas”, témoigne un détenu calédonien auprès de l’OIP. Ce dernier ne voit jamais sa famille au parloir, et pour cause : “Elle habite à 22.000 kilomètres et n’a pas les moyens.

A découvrir ci-dessous, des témoignages de détenus ultramarins incarcérés dans l’Hexagone. Leurs réponses proviennent de questionnaires établis et recueillis par l’Observatoire international des prisons entre mars et août 2014 :

Inscrit au barreau de Paris, Benoît David s’est toujours intéressé au sort des prisonniers. S’agissant de ces Ultramarins désireux de rentrer chez eux, l’avocat n’hésite pas à parler de “déportation”“Je trouve que le terme n’est pas disproportionné, certifie-t-il à La1ère.Même si, juridiquement, la déportation n’existe plus, elle existe matériellement pour ces hommes et ces femmes, dès lors qu’ils subissent une incarcération à des milliers de kilomètres, tout ça parce que la France est défaillante au niveau de ses prisons en Outre-mer.”

“L’administration pénitentiaire a l’obligation de favoriser le maintien des liens familiauxrenchérit François Bès, de l’Observatoire international des prisons. Mais en réalité, elle est confrontée à un dilemme : ne pas respecter la dignité des détenus en les laissant dans certains établissements en Outre-mer, ou bien ne pas respecter ce devoir de maintien des liens familiaux.” 

Le cas emblématique du Réunionnais Casanova Agamemnon

Pour les détenus, l’éloignement familial amoindrit parfois les perspectives de réinsertion. En témoigne le cas du Réunionnais Casanova Agamemnon, l’un des plus anciens prisonniers de France. Incarcéré dans l’Hexagone pendant plus de 40 ans, il lui aura fallu 10 ans de demandes répétées pour être transféré sur son île. “Risque de troubles à l’ordre public“, “absence d’établissement adapté à son profil“, autant d’arguments qui ont longtemps été avancés pour bloquer son retour au péi.

Le Réunionnais Casanova Agamemnon a purgé l'essentiel de sa peine dans l'Hexagone. © DR
© DR Le Réunionnais Casanova Agamemnon a purgé l’essentiel de sa peine dans l’Hexagone.

En parallèle, toutes ses demandes de libération conditionnelle (à laquelle il peut légalement prétendre depuis plus de 20 ans) ont été rejetées, “au motif qu’il fallait d’abordun transfert vers La Réunion pour qu’il puisse construire son projet de sortie là-bas…”, déplore son avocat, Me Benoît David, atterré par cette “situation absurde“. Casanova Agamemnon a fini par rejoindre la prison réunionnaise du Port en mars 2014. Il a adressé il y a quelques mois une demande de grâce présidentielle à François Hollande. Il a également introduit une requête contre la France devant la Cour européenne des droits de l’homme pour atteinte au maintien effectif des liens familiaux, au droit à la réinsertion et au respect de la dignité humaine.

A voir ci-dessous, un extrait des observations du gouvernement devant la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire “Agamemnon c. France”

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De meilleures conditions de détention dans l’Hexagone

Surpopulation, vétusté, absence de formations… Malgré l’engagement du ministère de la Justice dans une “politique d’investissements significatifs visant à l’amélioration et à la modernisation du parc immobilier pénitentiaire en Outre-mer”, les prisons ultramarines demeurent pour nombre d’entre elles dans un état calamiteux (c’est le cas dans le Pacifique ou aux Antilles).

 

S’il existe aujourd’hui en Outre-mer des établissements pour peine, adaptés aux longues condamnations (ce qui, pendant très longtemps, n’a pas été le cas), certains Ultramarins préfèrent encore être emprisonnés en métropole. A la question “pourquoi avoir choisi d’être transféré dans l’Hexagone”, ce Kanak répond, lapidaire : “Plus propre. Plus tranquille. Des facilités de formation et de travail”. 

 

>>> POUR ALLER PLUS LOIN : Surpopulation, vétusté, le tableau des prisons ultramarines en 2014

“Que les détenus ultramarins demandent eux-mêmes à purger leur peine dans l’Hexagone ? Ça arrive parfois”, constate Loetitia Lebrun, directrice du Centre national d’évaluation de Réau (Seine-et-Marne). Sa mission consiste (entre autres) à émettre un avis sur l’affectation des détenus dans tel ou tel établissement (une sorte de “conseillère pénitentiaire d’orientation”, en somme). Elle soutient que les Ultramarins sont loin de vouloir rester systématiquement en Outre-mer : “Surtout les plus jeunes. Soit pour couper avec les mauvaises fréquentations, soit pour suivre une formation.”

A lire ci-dessous, des paroles de détenus. Ils répondent aux questions de l’Observatoire international des prisons :

>>> A LIRE AUSSI : “Le parcours du combattant des détenus longues peines condamnés Outre-mer”

Une liberté de choix “apparente”

L’Observatoire international des prisons, lui, fustige ce discours et maintient que cette“liberté de choix n’est en fait qu’apparente”“Ce changement d’affectation est généralement accepté, voire demandé par le détenu lui-même, dans l’espoir de voir ses conditions de détention s’améliorer notablement”, fait remarquer l’organisme.

Un constat qui rejoint celui de Me Dominique Monget-Sarrail. L’avocate exerce aujourd’hui en région parisienne, mais a longtemps travaillé à Cayenne. “Mes clients de Rémire-Montjoly (l’unique centre pénitentiaire de Guyane, ndlr) étaient très nombreux à réclamer leur transfert. Pas pour le climat ou l’ambiance des prisons de métropole…”, précise-t-elle, un brin ironique.  “Mais ils ne supportaient plus la promiscuité, l’absence d’activité et le manque de travail”, ajoute celle qui a fait condamner l’Etat à plusieurs reprises pour“dysfonctionnement du service public du fait des conditions de détention désastreuses à Rémire-Montjoly“.

 

“Vous savez, poursuit une autre avocate, l’univers carcéral est à l’image de la société. Si le taux de chômage est très élevé dans les départements et les collectivités d’Outre-mer, il l’est encore plus dans les prisons ultramarines. Certains détenus se retrouvent contraints de demander leur transfert en métropole pour pouvoir travailler et commencer à indemniser les parties civiles.”

Juin 2015 : la prison guyanaise de Rémire-Montjoly, photographiée de l'intérieur par des prisonniers révoltés par leurs conditions de détention. © DR
© DR Juin 2015 : la prison guyanaise de Rémire-Montjoly, photographiée de l’intérieur par des prisonniers révoltés par leurs conditions de détention.

 

Des difficultés de transfert dans les deux sens

Et pour ajouter une touche de complexité au tableau, certains détenus en Outre-mer ont bien du mal à obtenir leur transfert en métropole, malgré leurs demandes insistantes. “Au centre pénitentiaire de Baie-Mahault, il n’y a pas d’activité ni travail. Je suis menacé tous les jours par les autres détenus. Je vous prie de bien vouloir faire le nécessaire pour accélérer mon départ”, réclame ainsi ce détenu guadeloupéen condamné à plus de 20 ans de prison, dans un courrier adressé à l’OIP. A la mi-juin, un prisonnier martiniquais s’est également illustré en manifestant sur le toit de l’établissement de Ducos pour réclamer son transfèrement en métropole. A noter que ces dernières années, les mouvements de prisonniers sont plus importants dans le sens “Outre-mer – métropole” que l’inverse (voir le schéma ci-dessous).

Les détenus ultramarins qui veulent rentrer ont du mal à rentrer. Et ceux qui souhaitent partir ont du mal à partir…

“Depuis quelques mois, je suis sollicité par plusieurs prisonniers aux Antilles et en Guyane,confirme François Bès, en charge de l’Outre-mer à l’OIP. Ils nous demandent de l’aide pour être déplacés dans l’Hexagone. Ils se disent victimes de menaces, de brimades et de violences auxquels ils ne peuvent échapper en raison de la promiscuité et de la surpopulation. Bref, les détenus ultramarins qui veulent rentrer ont du mal à rentrer. Et ceux qui souhaitent partir ont du mal à partir…”

Source : http://www.la1ere.fr/2015/06/17/transferes-dans-les-prisons-de-l-hexagone-comment-vivent-les-detenus-d-outre-mer-enquete-13-264913.html
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Quatre braquages pour payer ses dettes

Janvier 2012. Des policiers arrêtent Patrice : il a perdu tous ses points de permis. Affaire banale, individu inconnu des fichiers, mais ils prennent quand même ses empreintes digitales. Et surprise ! elles correspondent à celles laissées lors du braquage d’un magasin Naf Naf à Paris début 2008. Branle-bas de combat, Patrice est placé en garde à vue. « Et là, vous avouez spontanément trois autres vols à main armée », raconte l’assesseure ce 4 mai 2015, sept ans après les faits.

Une seule partie civile : sa dernière victime. Marie-Laure, une petite blonde d’une cinquantaine d’années, s’avance vers la barre en béquille. A l’époque, elle était vendeuse chez Etam. Lorsque Patrice la braque, elle simule un malaise. « Il a demandé s’il fallait appeler les pompiers », continue l’assesseure.« Je suis juste venue pour vous, explique Marie-Laure au tribunal. Et pour monsieur (le prévenu, ndlr), pour l’aider à tourner une page… »

Patrice ? Rien à voir avec les braqueurs de séries policières. Pas bien grand, un peu costaud, mais plus des hanches que des épaules, il ne fait peur à personne. À la barre, sa voix tremblotte. Le stress sûrement. Il avait arrêté les braquages « à cause de la peur ».

prévenu, avocate, victimeÀ gauche, le prévenu. Au centre, son avocate. À droite, Marie-Laure, la victime. (illustration : Clarisse Le Chaffotec)

Le problème de Patrice : les dettes, beaucoup de dettes. « J’ai tout essayé, j’étais désespéré, j’étais allé à la banque, j’avais demandé à mes parents… » L’assesseure s’énerve : « Vous pensez que tous les gens qui ont des difficultés financières décident de commettre des vols à main armée ? – En plus ça n’a rien arrangé du tout », répond Patrice les yeux baissés.

25 000 euros de crédits à la consommation

Patrice avait contracté pour 25 000 euros de crédits à la consommation, pour acheter deux voitures, pour lui et sa femme. Silencieuse jusque là, la présidente Isabelle Pulver prend la parole : « Quand on n’arrive pas à gérer son budget, on n’achète pas de voitures ! Parce que là on nous raconte du Zola. » Sauf que Patrice travaillait de nuit : il devait rentrer à temps pour amener ses trois enfants à l’école.Mais la présidente ne l’entend pas de cette oreille. Le couple gagnait 2 900 euros. « Plus toutes les aides ! s’exclame-t-elle. Tous ceux qui ont une bonne gestion arrivent à s’en sortir avec vos revenus. Je ne dis pas que c’est pas difficile. Il n’y aurait pas aussi un écran plasma ? Non ? »Après les faits, Patrice a essayé de s’en sortir. En plus de son boulot de nuit à la RATP, il a fait des extras comme cuisinier. « Vous ne pouvez pas vivre aux crochets de tout le monde tout le temps », réplique la présidente. Mais ses problèmes financiers ont eu raison de son mariage. Après une tentative de suicide, il tombe en dépression. Aujourd’hui, entre 400 et 600 euros sont saisis chaque mois sur son salaire (il est devenu contrôleur RATP).

prévenu, avocatePatrice et son avocate. (illustration : Pauline Dartois)

« Vous jugerez peut-être ces réquisitions trop indulgentes… »

Dès le début de son réquisitoire, le procureur rappelle la chance de Patrice : les faits ont été requalifiés en vols avec violence, lui évitant les assises pour vols avec arme – l’un des braquages est ainsi prescrit. Il pointe certains angles morts du dossier : l’arme n’a jamais été retrouvée. Patrice jure qu’il s’agissait d’un « pistolet à bille en plastique ».

Le procureur le reconnaît, le prévenu est « parfaitement inséré, pourtant, il faut envisager la sanction. » Il hésite : « Est-ce qu’il doit dormir ce soir à Fleury-Mérogis ? Si aujourd’hui on l’envoyait derrière les barreaux, on aurait trois enfants qui perdraient leurs ressources. » Il demande quatre ans, dont deux de sursis simple. Sans mandat de dépôt. « Vous jugerez peut-être ces réquisitions trop indulgentes… »

« Un personnage d’une gentillesse extrême »

Que pourrait rajouter la défense ? L’avocate de Patrice remercie le procureur et se concentre sur la personnalité de son client : « Un personnage d’une gentillesse extrême, un bon père de famille devenu lâche face à ses difficultés financières. » Puisque « préserver l’emploi et la famille, c’est la principale garantie contre la récidive », elle demande du sursis et la non-inscription sur le casier judiciaire.

S’il n’a rien à ajouter sur l’affaire, Patrice veut profiter des derniers instants de l’audience pour s’excuser, encore une fois, auprès de Marie-Laure.

Après 45 minutes de délibération, le tribunal condamne Patrice à quatre ans de prison, dont 30 mois avec sursis simple, sans mandat de dépôt, ni inscription au casier judiciaire, et 1 140 euros à payer à Marie-Laure. À la sortie de la salle, l’ancien braqueur et sa victime se saluent. « C’est bien que vous soyez venue », la remercie l’avocate.

Ecrit par un : “Journaliste de chambres. Comme dit un adage tourangeau : « La justice, c’est comme la cuisine, il ne faut pas la voir de trop près. »

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Journée pour les prisonniers de Villiers-le-Bel

Titre: Journée pour les prisonniers de Villiers-le-Bel
Lieu: la parole errante ( M° croix de chavaux/ montreuil )
Description: Journée de soutien aux prisonniers de Villiers-le-bel

Avec

Lino/Arsenik
Première Ligne
Sitou Kpudadjé
Nodja
Zesau / Bad Game
Awax & Oliver
Bad house
95 NJ-Clan
14h-18h Atelier d’écriture
Atelier graff
Initiation à la boxe anglaise

18h Discussion
Révoltes et procès:
Quelles stratégies face aux crimes policiers ?

Tous les bénéfices seront reversés aux familles et aideront à l’organisation des mobilisations.

Bouffe et boissons disponibles sur place
Un repas spécial sera servi à l’heure de la rupture du jeune de Ramadan.

Prix libre.

Date début: 2015-07-11
Heure début: 14:00
Date fin: 2015-07-12
Heure fin: 00:00

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« Delta, Charlie, Delta » La relaxe programmée des policiers responsables de la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré

« Delta, Charlie, Delta » La relaxe programmée des policiers responsables de la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré
Une salle difficilement accessible, plus de 80 journalistes, des syndicalistes policiers venus soutenir leurs collègues. Et pour les familles et les proches de Zyed Benna, Bouna Traoré et Muhittin Altun, une semaine de souffrance. Un procès tenu dix ans après une course-poursuite qui se solda par la mort des deux premiers, les blessures irréversibles du troisième, et par plusieurs semaines de révoltes dans tout le pays. Un procès conçu dès le départ comme celui de « l’apaisement », avec à la sortie une conviction : si la mort de Zyed et Bouna n’avait pas été suivie par les révoltes de novembre 2005, le procès n’aurait pas eu lieu. La liste effarante des morts survenues lors de courses-poursuites avec la police et qui n’ont eu aucune suite judiciaire en témoigne (1). Un procès, histoire de dire que justice a été rendue. Un procès pour établir l’innocence des policiers, et par là établir l’illégitimité des révoltes. Un procès politique, donc, destiné à clore l’épisode des révoltes, à affirmer leur caractère irrationnel en suggérant que Zyed et Bouna sont les seuls responsables de leur mort.

À aucun moment de ce procès n’a été conçue la possibilité que les policiers mis en examen soient condamnés. Ces dernières années, nous avons vu d’autres affaires être ouvertes suite à une interpellation conduisant à la mort. Or même lorsque la responsabilité des policiers dans ces décès était plus évidente et directe qu’à Clichy, les tribunaux n’ont que rarement condamné. Et quand ils l’ont fait, ce fut pour prononcer des peines symboliques, comme le rappellent le jugement des policiers qui ont étouffé Abdelhakim Ajimi à Grasse en 2008 devant une dizaine de témoins (2), et le jugement du policier responsable de la mort de Lakhamy et Moushin à Villiers-le-Bel en 2007 (3).

Un procès ? Une mise en scène : examen des personnalités, longues écoutes et retranscriptions des communications radio de la police, expertises, le tout orchestré par un président à la réputation d’homme impartial et mesuré. Tout a été fait pour donner une image irréprochable et équilibrée du fonctionnement de la justice. Se concentrer sur les aspects techniques de ces deux morts, en parler avec la froide distance de l’« objectivité » pour transformer une chasse à l’homme en un fait divers tragique. La procureure aura donné le ton du procès à travers ces quelques mots : « Le droit sera dit en toute objectivité, loin du cri du peuple. »

1) Voir « Homicides, accidents, “malaises”: 50 ans de morts par la police », Bastamag
2) Voir Comité Vérité et Justice pour Abdelhakim Ajimi, « On a beau faire, la justice en France, ça n’existe pas », dans Permis de tuer. Chronique de l’impunité policière, Syllepse, 2014
3) Voir Collectif Angles Morts, « Aveugle, sourd et muet. Retour sur le procès du flic responsable de la mort de Lakhamy et Moushin », http://indigenes-republique.fr/aveugle-sourd-et-muet

Lire la suite de la Brochure du Collectif Angles Morts :

Contact : anglesmorts@gmail.com
FB : www.facebook.com/collectif.anglesmorts

Télécharger le fichier pdf :

brochure_delta_charlie_delta.pdf Brochure-Delta Charlie Delta.pdf (8.65 Mo)

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RELAXE DES POLICIERS RESPONSABLE DE LA MORT DE ZIED ET BOUNA

Cette fois encore les juges ont préférés prendre en compte les histoires des policiers…

Après deux mois de délibéré, le tribunal, présidé par Nicolas Léger-Larue de Tournemine, a suivi les réquisitions de relaxe prononcées le 19 mars dernier par le procureur adjoint Delphine Dewailly. En substance, explique son président en lisant le jugement, le tribunal a d’abord estimé que Stéphanie Klein, la stagiaire qui était en fonction au standard du commissariat le jour du drame, sans formation ni connaissance des lieux, « ne pouvait avoir conscience d’un péril grave et imminent ». « Dans le cas contraire, elle aurait réagi », estime le tribunal. *

Evidement c’est un flic donc on peut se baser sur des suppositions et sur le fait que son témoignage dit qu’elle ne pensait pas qu’il pouvait y avoir une centrale EDF d’une telle dangerosité près d’habitation* !  Mais alors si cette dernière fonctionnaire n’est pas coupable de ne pas s’être rendu compte du danger, c’est bien l’etat qui est responsable de mauvaise formation de ses fonctionnaires non ? ( puisqu’il est admis qu’elle ne connait pas l’environnement dans lequel elle se trouve, et donc qu’elle ne se rend pas compte du danger pour les jeunes… en partant du principe bien sûr de la bonne foi des policiers… )

Quant à son collègue policier Sébastien Gaillemin, il « n’a pas pu voir » les adolescents entrer sur le site du transformateur, il a fait des recherches, et il n’a pas eu conscience non plus « d’un péril grave et imminent », car dans le cas contraire il aurait donné l’alerte, raisonne le tribunal.

Pareil le tribunal part du principe que le policier est de bonne foi et pourtant ont sait par les appels radios qu’il se doute que les ados vont aller sur la centrale ; comment dire que celui-ci nie le danger quand il dit que « s’ils rentrent je ne donne pas cher de leurs peau » ??

Conclusion et STRATEGIE DE LA JUSTICE ET DE LA POLICE  :

Ce 27 Octobre les policiers sont effectivement en train de faire leur travail de manière banal et routinière; cela est précisé pendant tout le long du procès pour légitimer le comportement des policiers qui celon eux et la justice, ne sont pas inquiets puisqu’ils ont agit  » normalement » ( donc comme ils ont été formés )… 

Agir normalement pour un policier dans un quartier qui lui a été décrit comme chaud/ dangereux ou sensible n’est pas de se préoccuper que les habitants vont bien mais de s’occuper de mettre la pression aux jeunes de ces quartiers.

C’est là où il y a mauvaise foi et donc non-responsabilité de l’état et de ces mercenaires.

La médiatisation de cette affaire ( et non pas des dixaines d’autres victimes de l’action de la police) a eu lieu grâce aux émeutes et à la détermination des proches de Zied et Bouna . ..La justice a fait payer aux quartiers qui se sont révoltés ( au moins 117 personnes écrouées sur au moins 626 personnes interpellées pendant les  » émeutes »); la justice fait payer à la famille ces 10 ans de combat judiciaire.

Jusqu’au bout le président du tribunal aura mit la pression aux familles voici par exemple ce qui a pu être dit à la famille :
 « Le traitement politique et médiatique des événements qui ont suivi la survenance de ce drame, ainsi que les nombreuses procédures initiées devant divers organismes à son propos, ont considérablement alourdi la souffrance des familles »…

Pour faire bonne mesure, les parties civiles sont également déboutées au civil, et aucune indemnisation ne sera accordée, tranche le tribunal.

C’est hallucinant de « reconnaitre » d’une certaine façon que le combat judiciaire de la famille  a été difficile**, en même temps ne même pas accorder d’indemnité à la famille ; c’est comme pour bien marquer qu’il n’y a aucune reconnaissance d’aucune responsabilité ; de personne… et on leur dit presque « vous avez générés votre propre souffrance »… Encore une fois les responsabilités sont renversés.

Preuve est que tout a été fait pour casser les familles et  renverser le statut de victime de Zied et Bouna en coupable de leurs propre mort.
Cependant, Me Mignard annonce peu après par communiqué qu’il entend retourner vers la cour d’appel de Rennes, et qu’il « sera demandé à la Cour de reprendre l’intégralité de l’enquête de police afin d’établir l’existence d’une faute, indépendamment du caractère définitif de la relaxe ».

* lire le témoignage de la flic en question dans le procès :  http://fr.scribd.com/doc/265744103/Delibere-proces-Clichy-sous-Bois

**Il avait fallu toute une série de péripéties judiciaires pour arriver à la décision, somme toute normale, d’organiser enfin un procès public. L’événement décisif s’était produit quand la chambre criminelle de la Cour de cassation avait, le 31 octobre 2012, cassé intégralement l’arrêt de la cour d’appel de Paris qui avait accordé un non-lieu aux deux policiers.

La Cour de cassation  avait estimé que les policiers n’auraient pas dû quitter la zone sans s’assurer qu’il n’y avait pas de jeunes dans l’enceinte du transformateur EDF, dont la dangerosité était connue, et sans même donner l’alerte. Après avoir sèchement contredit la cour d’appel de Paris, la Cour de cassation avait confié ce dossier à la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes. Et celle-ci avait fait la même analyse que la plus haute juridiction.
*** : source en italique : http://www.nrgui.com/brouillon/46-culture/6004-en-france-comme-a-fergusson-negraille-rime-avec-racaille

 

SOURCE : http://atouteslesvictimes.samizdat.net/

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ZYED ET BOUNA : 10 ANS APRES

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Appel à mobilisation nationale

Le 27 octobre 2005 à Clichy-Sous-Bois, une dizaine d’adolescents qui sortent du foot sont interpellés par la police et prennent la fuite par peur d’un contrôle. Pris en chasse par plusieurs voitures de la BAC, Zyed, Bouna et Muhittin se réfugient dans un transformateur EDF. Vingt minutes plus tard, Zyed et Bouna meurent électrocutés. Muhittin, gravement brûlé, parvient à prévenir les secours.

Le 18 mai prochain, la cour d’appel rendra publique sa décision au sujet des deux policiers mis en examen dans cette affaire. Inculpés au départ pour mise en danger délibérée, la justice ne retient plus aujourd’hui que la non-assistance à personne en danger pour les deux seuls policiers mis en cause.

Après dix ans de batailles judiciaires et une relaxe confirmée une première fois en appel, quelque soit le verdict il ne sera jamais pleinement satisfaisant. Dans de trop nombreux cas les policiers mis en cause bénéficient d’une impunité judiciaire et sont traités comme des citoyens au-dessus des lois (Amnesty International, avril 2009).

Insultes, contrôles d’identité abusifs, brimades, mutilations, autant de pratiques qui constituent une violence quotidienne. Ali Ziri, Abou Bakari Tandia, Mohammed Boukrourou, Lamine Dieng… Nous ne parlons pas ici d’accidents ou de bavures, mais d’une violence d’Etat dont la justice se fait complice. Faut-il s’étonner des révoltes dans les quartiers populaires ?

Le 18 mai nous ne nous tairons pas ! Ces combats ne s’arrêtent pas aux portes des Palais de justice. Dans la rue, la lutte se construit et la solidarité s’organise.

Des familles et des collectifs se retrouveront
devant la cité judiciaire de Rennes à 14H30.

À Lyon,  rassemblement à 19H devant le TGI.

En île-de France, rassemblement à 19H devant
le tribunal de Bobigny, lieu de tous les non-lieux.

Rassemblons-nous devant tous les tribunaux de France
à partir de 19h pour montrer que nous n’oublions pas !

Pour se coordonner sur les actions locales, contactez-nous :zyedbouna18mai@gmail.com

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Prison de Perpignan surpeuplée : 37 détenus dorment sur des matelas au sol

 

Cent onze prisonniers vivent à trois dans une cellule de 9 m2, ce qui oblige «37 détenus à dormir sur des matelas au sol» dans la prison de Perpignan.
Cent onze prisonniers vivent à trois dans une cellule de 9 m2, ce qui oblige «37 détenus à dormir sur des matelas au sol» dans la prison de Perpignan.
Capture site du Ministère de la Justice

Le centre pénitentiaire de Perpignan (Pyrénées Orientales) est saturé. C’est ce que dénoncent des surveillants, délégués syndicaux  du centre. Cent onze prisonniers vivent à trois dans des cellules de 9 m2, ce qui oblige «37 détenus à dormir sur des matelas au sol», ont-ils affirmé samedi, redoutant que cette surpopulation n’engendre des «incidents».
Le directeur de l’établissement n’a pu être joint au cours du week-end pour commenter ce bilan syndical, la direction régionale de l’administration pénitentiaire non plus. «Aucun commentaire», a répondu samedi l’officier de permanence joint à la porte de la prison.

Dans un communiqué intitulé «37 matelas au sol», les délégués UFAP/UNSAjustice demandent «un désencombrement d’urgence et une gestion logique des effectifs de détenus». «111 détenus vivent à trois dans une cellule de 9 m2, sans douche, avec un WC dans un coin de la cellule et le soir un matelas est posé sur le sol pour permettre au troisième de dormir», a expliqué le secrétaire local UFAP/UNSA justice, Johann Reig, un des surveillants de la prison de Perpignan construite il y a 28 ans à la périphérie de la ville.

Situation «aberrante»

Dans les Pyrénées-Orientales et ailleurs en France, «la surpopulation carcérale fait que l’administration ne peut pas respecter l’encellulement individuel officiellement prévu et a été obligée de doubler toutes les cellules en y plaçant des lits superposés», a expliqué M. Reig, joint par téléphone. «Mais cela devient ingérable quand il y a trois détenus par cellule, ils sont tendus et ça se répercute sur le travail des surveillants».

Les délégués syndicaux UFAP/UNSA assurent dans leur communiqué qu’une «accalmie concernant le nombre de matelas au sol» s’était fait sentir lors de l’ouverture de l’établissement de Béziers, fin 2009, mais que la situation s’est détériorée depuis. Pour eux, la situation est d’autant plus «aberrante» que la plupart des autres établissements de la région ont «encore des lits disponibles».

En France, 66 761 personnes étaient incarcérées au 1er avril, un chiffre largement supérieur à la capacité réelle d’accueil des prisons françaises (57 920 places).

 

Source : http://www.leparisien.fr/societe/prison-de-perpignan-surpeuplee-37-detenus-dorment-sur-des-matelas-au-sol-02-05-2015-4740801.php
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Emission ‘Frontline’ du 24 avril 2015, invité: Collectif unitaire de soutien à Mumia Abu-Jamal


Emission 'Frontline' du 24 avril 2015, invité: Collectif unitaire de soutien à Mumia Abu-Jamal
Voici l’émission “Frontline” du 24 avril 2015 avec Claude, membre du collectif unitaire de soutien à Mumia Abu-Jamal. 

Site : http://mumiabujamal.com 

Livres : 
– We want freedom. Une vie dans le parti des Black Panthers. Mumia Abu-Jamal (Le temps des cerises) 
– En direct du couloir de la mort. Mumia Abu-Jamal (La Découverte) 
– Condamné au silence. Mumia Abu-Jamal (La Découverte) 
– Un homme libre dans le couloir de la mort. Claude Guillaumaud-Pujol, Mumia Abu-Jamal (Le temps des cerises) 

Documentaires : 
– Toute ma vie en prison. Marc Evans – 2011 
– Un Mumia, des Mumia. Jérôme Champion – 2001 

Tracklist : 

1) Betty Everett “There’ll come a time” 
2) The Unbound Allstars “Mumia 911″ 
3) Intifada “El fuego de Chicago” 

Pour télécharger l’émission, cliquez droit et enregistrez sous ici : Frontline – 24 avril 2015 

Pour écouter l’émission :

http://lignedefront.free.fr/frontline_24avril2015.mp3 Emission ‘Frontline’ du 24 avril 2015, invité: Collectif unitaire de soutien à Mumia Abu-Jamal


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A Rennes procès de 2 policiers mise en cause pour la mort de Zyed et Bouna

Photo : Georges Gobet/AFP

Dans une rue à Rennes. Photo : Georges Gobet/AFP

La défense a plaidé la relaxe, sans entrer dans le détail des faits. La décision du tribunal sera rendue le 18 mai.

Rennes (Ille-et-Vilaine), envoyée spéciale. Jusqu’au bout, les familles de Bouna Traoré et Zyed Benna auront été exemplaires. Une retenue dans la colère et une dignité dans la douleur qui forcent l’admiration. Elles avaient pourtant de quoi exploser ce matin lors des plaidoiries de la défense – auxquelles elles avaient tenu à assister par « respect pour le tribunal ». C’est d’abord vers elles que Me Daniel Merchat, avocat des deux policiers qui risquent cinq ans de prison pour homicide involontaire, s’est tourné pour leur dire sa « compassion » : « Le deuil d’un enfant est la pire chose qui soit. Dans l’ordre normal des choses, ce sont les enfants qui enterrent leurs parents, pas le contraire ». L’avocat, cheveux gris et lunettes sur le bout du nez, se retourne alors vers le tribunal pour entamer une longue et pénible plaidoirie, bourrée de citations et de références les plus diverses – de Luc Ferry à Socrate, en passant par Malraux, Nicolas et Pimprenelle et Thomas Legrand, le chroniqueur politique de France Inter. Des références pédantes et prétentieuses qui lui servent à étriller les parties civiles et leurs « pensées soupconnistes », voire « conspirationnistes » qui « produisent une toxicomanie de la haine ». Pour lui, « toutes ces vieilles lunes anarcho-marxiste sentent la naphtaline ».

Aucun des deux policiers n’a un regard vers les bancs des parties civiles

Me Daniel Merchat aborde très peu les faits. « Que sait-il passé ? Je suis désolé de dire aux familles des victimes que nous ne le savons pas ». Ce qu’il sait, en revanche, c’est que « ni Stéphanie Klein, ni Sébastien Gaillemin n’avaient conscience du danger qui menaçait ». Il balaye d’un revers de manche la quête de justice des parties civiles depuis dix ans : « La seule chose qui efface le sang et les larmes, c’est le pardon ». Puis la gifle : « Oui, ces garçons sont morts pour rien, leur mort est absurde. Il est aussi absurde de faire le procès de l’absurdité ». Au passage, l’ancien policier n’a pas manqué de décrire la Seine-Saint-Denis comme une zone de non droit, « un immense commissariat », où « chaque intervention policière est dangereuse » (pour les forces de l’ordre évidemment). Ses clients, « présumés coupables », sont des « gens bien » répète t-il en guise de défense. « Vous prononcerez la relaxe parce que dix ans ça suffit », conclue t-il. Comme le veut le protocole, le président du tribunal laisse la dernière parole aux prévenus. Droits derrière la barre, les deux policiers ont assuré d’un ton froid les familles de Zyed et Bouna de leur « compassion ». Stéphanie Klein : « Je ne suis pas indifférente au drame qui touche les familles ». Sébastien Gaillemin : « Je réitère ma compassion envers les familles ». Aucun des deux n’a un regard vers les bancs des parties civiles. Le tribunal met sa décision en délibéré au lundi 18 mai à 14 heures.

Pendant cinq jours, deux prévenus qui n’ont rien expliqué

Il est midi, après dix ans d’attente et cinq jours d’audience, le procès de la mort de Zyed et Bouna se termine doucement. Le temps s’arrête quelques secondes. Les familles s’attardent sur les bancs des parties civiles. Devant la salle d’audience, des hordes de micros les attendent. Face à eux, le grand frère de Bouna dira que oui, il pense que ce procès a lavé l’honneur de son frère. « On n’a bien dit qu’il n’avait commis aucune infraction. » « Les familles sont satisfaites d’avoir eu un procès public pour dire que Zyed et Bouna ne sont pas morts pour rien, souligne Me Emmanuel Tordjman, leur avocat qui a particulièrement brillé lors de sa plaidoirie (lire : « Pour Zyed et Bouna, « les familles ne réclament pas vengeance, mais simplement justice »). Mais elles ont été confrontées, pendant cinq jours, à deux prévenus qui n’ont rien expliqué. » L’avocat se dit « confiant » dans la décision du tribunal. En cas de relaxe, les parties civiles feraient « évidemment » appel.

 

Source* : http://www.humanite.fr/lavocat-des-policiers-oui-zyed-et-bouna-sont-morts-pour-rien-569000
* titre modifié.
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Le « bâtiment de la mort » – Vérité et Justice pour Morad !

Le 1er avril 2014, vers 15h, deux policiers en civil interviennent dans un bâtiment de la cité Fontvert, dans les quartiers nord de Marseille. Morad Touat, 16 ans, tente d’échapper aux policiers et se réfugie dans un appartement au deuxième étage. Poursuivi par l’un des policiers jusqu’au balcon, Morad chute. Le 5 avril, après quatre jours dans le coma, il décède. Depuis, sa famille se bat de toutes ses forces pour comprendre les circonstances exactes du décès du minot. Le 10 juillet 2014, la police des polices remet les conclusions de son enquête, sur la base desquelles le Procureur de la République de Marseille décide de fermer le dossier pour « absence d’infraction » de la part des policiers. La réaction de la maman de Morad est immédiate. Pour elle, l’enquête a été bâclée et son « fils est mort deux fois : une fois le 5 avril, une deuxième fois le 10 juillet ». Elle décide de se constituer partie civile et porte plainte, cette fois-ci auprès du doyen des juges d’instruction. Nous espérons que cela permettra de relancer l’affaire. A ce jour, aucune information judiciaire n’a été ouverte. La famille de Morad est dans l’attente, totalement délaissée par les institutions.
Trop de questions restent sans réponse. Le Procureur de la République, la police des polices et les journalistes de La Provence et de Metronews veulent laisser croire que Morad serait décédé par sa faute. Pour eux, après tout, il n’était qu’« un charbonneur (1) ». Pour nous, les nombreux éléments contradictoires que nous exposons ici devraient justifier l’ouverture d’une véritable enquête. L’enquête de la police des polices n’est pas satisfaisante. Nous ne nous contenterons pas de la thèse d’un « simple accident dans le feu de l’action ».
Le policier qui poursuivait Morad a menti dans ses dépositions et de nombreux témoins n’ont jamais été entendus par les autorités. Nous ne cherchons pas à affirmer à n’importe quel prix que Morad a été tué par un policier. Ce dont nous sommes certains, c’est que si les policiers n’étaient pas intervenus comme ils l’ont fait ce jour là, Morad serait encore parmi nous. Nous voulons savoir ce qui s’est exactement passé dans ce bâtiment, surnommé « le bâtiment de la mort » par ses habitants en raison des nombreux décès qui y sont survenus. Nous voulons poser la question des modalités d ’intervention et des pratiques policières dans les quartiers populaires comme Fontvert.

Voici les principaux faits que nous avons pu établir et les questions que nous nous posons :

1. Le policier lancé à la poursuite de Morad a menti. Dans une première déposition à la police des polices, il affirme ne pas être entré dans l’appartement où Morad voulait se réfugier. Dans une autre déposition, il revient sur ses propos et s’excuse d’avoir menti. Il avoue avoir suivi Morad jusqu’au balcon. Il ajoute lui avoir saisi le poignet droit au moment de la chute, pour tenter de le sauver. Quelle crédibilité peut-on accorder à ses propos sachant qu’il n’a pas dit la vérité dès le départ ?

2. Le policier explique qu’il a menti car il n’était pas sûr d’avoir le droit de poursuivre Morad à l’intérieur de l’appartement. Nous pensons qu’il s’agit là de la première infraction commise par l’agent. Une infraction « pas assez caractérisée » selon la police des polices ?

3. La police des polices a fondé ses conclusions principalement sur les dépositions d’un unique témoin, en plus de celles des policiers présents. Or les dépositions de ce témoin se contredisent sur au moins deux points : la position de Morad par rapport au balcon et l’attitude adoptée par « l’autre personne sur le balcon ».
Plusieurs autres témoins sont prêts à faire leurs dépositions. Un an après, ils n’ont pas été entendus par les autorités. Pourquoi ?

4. Le dossier a été classé sans suite après qu’un habitant du quartier a déclaré de lui-même à la police que d’autres habitants s’apprêtaient à établir de faux témoignages pour « enfoncer les policiers ». Ce qui, un an après les faits, peut être démenti puisque cela n’est jamais arrivé.
Cet informateur n’était pas présent au moment des faits. Nous avons appris qu’il entame une carrière dans la police, en tant qu’adjoint de sécurité. Et pour couronner le tout, il s’avère être le fils du seul témoin écouté. Quelle est sa crédibilité ?

5. La police des polices a été appelée suite à « la découverte d’une personne grièvement blessée ». Morad n’est pas mort sur le coup, mais des séquelles de la chute. Or, plusieurs témoins non entendus, affirment qu’entre le moment où Morad était au sol et le moment où les secours sont intervenus, il a été violemment secoué par un agent. Nous posons donc la question suivante : Morad aurait-il pu survivre à la chute s’il n’avait pas été secoué par ce deuxième policier ?

6. Morad portait une sacoche. Les policiers affirment que la sacoche a été récupérée à l’intérieur du bâtiment, avant la poursuite. A contrario, plusieurs témoins affirment que la sacoche lui a été enlevée après la chute, par le policier qui l’aurait secoué avec force. Ce point ne mérite-t-il pas vérification ?

7. Les renforts sont arrivés très rapidement (sept voitures de police) bien avant les secours. Pour nous, c’est une honte. Cela a peut-être pu contribuer à aggraver l’état de Morad, à un moment où chaque seconde peut être vitale. La priorité absolue aurait dû être d’appeler les secours, pas de constituer un cordon de sécurité pour protéger les policiers.

8. Selon les forces de l’ordre, une vidéo montrant la scène après la chute, prise par un policer en tenue, existe. Pourtant, elle n’a pas été versée au dossier. Pourquoi ?

9. Le policier lancé à la poursuite de Morad connaissait son identité et l’avait déjà contrôlé et interpellé plusieurs fois. Était-il vraiment nécessaire de le prendre en chasse alors qu’il lui aurait été possible d’aller le chercher à son domicile dans les heures ou jours suivants ?

10. Les policiers impliqués dans la mort de Morad sont toujours en fonction. Le 9 juillet 2014, l’un d’eux a même reçu une médaille, celle de la sécurité intérieure, échelon bronze. Cette médaille a été décernée par le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, alors que l’enquête de la police des polices était en cours. Il est à noter, d’ailleurs, que cette enquête à été fermée dès le lendemain, soit le 10 juillet.

En toute logique, ces contradictions auraient dû inciter la police des polices à approfondir son enquête plutôt qu’à la classer sans suite. Cette décision est une marque de mépris pour la famille de Morad. Et la décoration du policier une provocation indécente. Nous appelons à l’ouverture d’une véritable enquête qui devra commencer par le recueil de tous les témoignages possibles. Nous demandons à ce qu’une reconstitution des faits soit réalisée dans les meilleurs délais, avec au préalable une expertise de la chute. Cette expertise devra prendre en compte la taille et le poids de Morad, la hauteur de la chute, et donc sa vitesse. Elle devra également prendre en compte la position du corps une fois à terre, en considérant d’une part qu’il y a eu contact physique entre le policier du balcon et Morad, et d’autre part qu’il a pu être secoué une fois à terre. Nous voulons que tous les éléments, dont la vidéo existante, soient ajoutés au dossier. Ces policiers ne peuvent pas ne pas rendre des comptes. Ils doivent être punis à la hauteur des fautes commises, car fautes il y a. Leurs supérieurs devraient également rendre des comptes et cesser de bénéficier de l’impunité. Nous connaissons la politique sécuritaire du parti socialiste au niveau national, et celle de la droite au pouvoir à Marseille, sans oublier celle, encore pire, de l’extrême droite montante. Les quartiers populaires sont perçus par l’État et la grande majorité des municipalités comme des territoires à reconquérir. à leurs yeux, cet objectif
justifie l’application de méthodes quasi militaires contre des gamins. Nous refusons ces méthodes.

Nous avons rencontré la famille de Morad et plusieurs témoins. Voici ce qu’ils disent :

Un jeune homme de 17 ans, présent sur les lieux : « J’étais au terrain de jeu quand j’ai entendu des cris. Quand j’ai rejoint le bâtiment K, j’étais choqué, Morad était au sol tandis qu’un policier lui enlevait sa sacoche en le secouant violemment. Les renforts sont arrivés très rapidement, sept voitures en tout. On ne pouvait pas s’approcher de Morad. Les pompiers ont été appelés par un habitant, pas par les policiers ». Quand nous lui demandons pourquoi Morad ne s’est pas laissé interpeller, voici ce qu’il nous répond : « Il y a un mois, deux flics sont venus dans le bloc, ils sont venus pour frapper. Je te jure. Ils ont même mis des coups de matraque télescopique dans la tête d’un des jeunes. Franchement, ils viennent pour gazer tout le monde, ils s’en foutent complètement, ils gazent ta mère, ton frère, tous les habitants du bloc, pourtant il y a des enfants, et même des asthmatiques. Ici, à Fontvert, rien que c’est la répression. Surtout avec les CRS. Maintenant, c’est contrôle en force. Et ils le savent, quand ça part comme ça, ça part d’entrée, ils le savent et le font exprès. Ils nous provoquent ». Le témoin ajoute : « Il faut savoir que trois jours avant le décès de Morad, deux flics ont débarqué. Morad jouait sur son IPAD, ils l’ont coursé, pris sa tablette, sa sacoche avec ses affaires personnelles et même les clés de son scooter ! ».

Un autre habitant, un jeune homme de 19 ans, ajoute ceci : « J’ai vu un attroupement en bas du bâtiment K et là j’ai compris qu’il était tombé très fort. Je m’approche à 30 ou 40 mètres de la scène, je ne pouvais pas m’approcher plus avec le périmètre de sécurité mis en place par les policiers. Je n’ai pas vu la chute, mais j’ai vu et entendu un policier en civil sur le balcon crier à son collègue en bas : « Laisse le, le touche pas ! ». Morad a été secoué par le col par le policier qui lui a enlevé sa sacoche et l’a posée juste à côté du corps. Morad, c’était un jeune de quartier comme nous, on rigolait bien, il mettait l’ambiance, il était apprécié à Fontvert et dans d’autres quartiers de Marseille. En quatre ans, tous les ambianceurs du quartier sont morts ou en prison. Les condés ont tué le quartier. Ils nous cherchent, nous insultent, nous lancent des « Va niquer ta mère », ils nous provoquent ».

La tante de Morad : « Morad était suivi par la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) depuis l’âge de 12 ans. Il fumait beaucoup et voulait arrêter. Il avait demandé à ce que la mesure de suivi judiciaire soit reconduite jusqu’à sa majorité, mais cela lui a été refusé, considérant qu’il n’en avait plus besoin. Déscolarisé, Morad a très mal pris ce refus et s’en sortait comme il pouvait. Dans l’affaire de mon petit neveu, il faut rappeler que ce n’était qu’un gamin de 16 ans. On veut nous criminaliser pour que les gens gardent confiance dans la police. La police des polices a classé l’affaire sur la base d’un seul témoignage et d’un jeune homme qui dénonce les autres pour faux témoignages potentiels. Ces deux personnes sont mère et fils. En plus, le fils est dans la police. Pour moi, ce n’est pas crédible une seule seconde. Or, l’enquête a été arrêtée suite à ce témoignage là. Une personne était présente dans l’appartement où Morad est entré. Au niveau des horaires, son témoignage ne colle pas du tout. De nombreux témoins n’ont jamais été entendus, franchement c’est pas sérieux. Pour moi, il y a une vraie impunité policière, c’est la parole sacrée du policier contre celle du jeune. Si tu es policier et que tu comprends ça, tu fais ce que tu veux, les policiers se foutent de la gueule des jeunes de Fontvert, surtout quand ils leur lancent : « Oh les gars, attention au balcon ! ». Je croyais que la peine de mort était abolie… mais elle revient, sous d’autres formes en fait. Quand il n’y a pas de justice, c’est simple, on a envie de se rebeller. Les jeunes respectent moins les forces de l’ordre parce que la confiance est brisée. On a fait confiance à la police des polices. Quand on s’est aperçu que c’était des conneries, on n’a décidé de plus avoir peur d’eux ».

Un des frères de Morad : « Ce qui me touche, c’est qu’on a l’impression que si on est jeune, on sera plus vite puni que les forces de l’ordre. On nous parle d’égalité, mais c’est que pour eux. Ils se couvrent entre eux. On a l’impression que c’est normal, alors que non, il faut le dire, c’est pas normal. Mon frère n’aurait pas pu connaître un pire sort. Il n’est pas handicapé, il est mort. C’est horrible, surtout pour une mère. A l’extrême, on peut imaginer que c’est un accident. Mais il faudrait aussi qu’ils assument leurs actes et qu’ils disent la vérité. Ils se font de moins en moins respectés pour des faits similaires. On ira jusqu’au bout pour mon frère ».

Sa maman : « Pour moi, Morad est mort deux fois : une fois le 5 avril, puis une autre fois, le 10 juillet, lorsque la police des polices a décidé de classer le dossier sans suite. Ils ont fermé le dossier sans chercher à comprendre. La seule réponse de l’État est que Morad était un « charbonneur ». J’ai été entendue par la police des polices, j’ai même été reçue par le commissaire. Ca n’a pas duré longtemps. On m’a expliqué comment Morad avait chuté, que le policier était dans le feu de l’action. Sur le coup, j’ai été un peu rassurée, je pensais qu’ils allaient mener l’enquête sérieusement, que j’allais savoir ce qui s’était passé. Le commissaire m’avait demandé si on pouvait se revoir pour parler de la vie quotidienne de Morad, mais je n’ai plus jamais eu de nouvelles. Un an après, toute notre famille souffre. Pire, nous faisons l’objet d’un harcèlement policier au quotidien. Au fur et à mesure, on a moins peur de la police et on la respecte moins, franchement, ça rend service à personne. Quand je vois que pour Abdelhakim Ajimi (2), les policiers n’ont eu que du sursis, alors qu’il a été tué par trois policiers en plein centre ville de Grasse en 2011…
en résumé, ce qu’il faut comprendre c’est que le premier meurtre pour les policiers, il est gratuit ! Voilà le message que le gouvernement nous envoie ».

Dix ans après le décès de Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-Bois (3) (93), poursuivis par des policiers qui seront jugés à la cour d’appel de Rennes du 16 au 20 mars 2015, des gamins de nos quartiers continuent à mourir dans le cadre d’interventions policières.

Depuis 2005, ce sont près de 150 personnes qui ont ainsi perdu la vie. Cette statistique ne s’appuie que sur les cas révélés par la presse, donc connus du public (4), et ne concerne que des personnes non-armées. Malheureusement, à chaque fois, c’est le même scénario qui se reproduit pour les familles qui vivent ce cauchemar. Elles doivent supporter le silence ou les mensonges des médias les plus regardés, écoutés et lus. Elles doivent mener, à leurs frais, un combat judiciaire long et âpre, qui généralement ne mène à aucune condamnation, lorsque procès il y a, ce qui est très rare. Aucun soutien psychologique et financier ne leur est apporté. La politique de « reconquête » des territoires populaires, menée par l’État et ses services de répression, mentionnera-t-elle dans son bilan le nombre de blessés et de morts inconsidérés qu’elle produit ?

Organisons-nous pour nous défendre ! Organisons-nous pour connaître la vérité et obtenir justice ! Nous croyons que nous pouvons mettre fin aux brutalités policières en les dénonçant publiquement, en épuisant tous les recours judiciaires possibles et en se mobilisant ensemble pour défendre nos droits élémentaires. La réalité est plus effroyable encore. Quasi systématiquement, la justice couvre les policiers impliqués, leur délivrant par la même occasion un « permis de tuer » (5).

Organisons-nous pour Morad ! Organisons-nous pour Wissam El-Yamni, lynché par des policiers le 31 décembre 2011, à Clermont-Ferrand (63) ! Organisons-nous pour Amine Bentounsi, tué d’une balle dans le dos le 2 avril 2012, par un policier à Noisyle-Sec (93) ! Organisons-nous pour Lahoucine Aït Omghar, abattu de cinq balles le 28 mars 2013 par trois policiers, à Montigny-en-Gohelle (59) ! 

Organisons-nous pour Zyed et Bouna ! Continuons aussi à nous organiser pour les frères Kamara, condamnés pour l›exemple, sans preuve, à 12 et 15 ans de prison suite aux révoltes de 2007, à Villiers-le-Bel (6) (95). 

Organisons-nous partout où nous sommes informés de violences ou de crimes policiers ! Organisons-nous pour l’égalité des droits ! 

Le 11 mars 2015, à Marseille. 
Collectif Angles Morts – anglesmorts@gmail.com 

1. Voir : www.laprovence.com/article/actualites/2820814/un-charbonneur-de-17-ans-gravement-blesseen-tentant-de-fuir-la-police.html et http://www.metronews.fr/marseille/marseille-mort-a-17-ans-en-voulantfuir-la-police/mndf!7uJcumEbDHYOE et http://www.metronews.fr/marseille/marseille-mort-a-17-ans-en-voulantfuir-la-police/mndf!7uJcumEbDHYOE
2. Abdelhakim Ajimi est mort le 9 mai 2008 des suites de son interpellation par pas moins de quinze agents de police, en pleine rue, devant témoins, à Grasse
3. Le décès de Zyed Benna et Bouna Traoré avait été le déclencheur de trois semaines de révoltes dans toute la France, de centaines de condamnation et de la mise en application de couvre-feu dans certaines villes. Ce qui était inédit depuis la guerre de libération de l’Algérie
4. www.bastamag.net/Homicides-accidents-malaises
5. Permis de tuer, Chroniques de l’impunité policière, Éditions Syllepse, 2014
6. Vengeance d’État. Villiers-le-Bel, des révoltes aux procès, Éditions Syllepse, 2011

Vous pouvez télécharger l’article en pdf ici:

brochure_verite_et_justice_pour_morad.pdf Brochure-Vérité et Justice pour Morad.pdf  (231.18 Ko)

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