Jacqueline Sauvage va au CNE ( centre national d’évaluation )

Jacqueline Sauvage, condamnée à dix ans de prison pour avoir tué son mari violent et graciée «partiellement» par le président François Hollande, a quitté ce lundi matin le centre pénitentiaire de Saran (Loiret) pour une évaluation psychologique et médicale en vue d’une libération.

Elle a été transférée au Centre National d’Évaluation (CNE) de Réau (Seine-et-Marne).

La durée réglementaire de cette procédure est d’au moins six semaines durant lesquelles elle fera l’objet d’une évaluation psychologique et médicale. La mère de famille va voir des psychologues, des psychiatres et des travailleurs sociaux. A leur charge d’évaluer le degré de «dangerosité» de Jacqueline Sauvage. Autrement dit le risque de la voir récidiver.

La commission pluridisciplinaire des mesures de sûreté, présidée notamment par le préfet du département et un bâtonnier, devra décider ensuite si elle est favorable à sa libération.

Libération possible en avril

Le président François Hollande a accordé dimanche dernier une grâce présidentielle «partielle» à Jacqueline Sauvage, 68 ans, qui pourrait ainsi être libérée dès la mi-avril. Le chef de l’Etat a accordé à Mme Sauvage «une remise gracieuse de sa peine d’emprisonnement de 2 ans et 4 mois ainsi que de l’ensemble de la période de sûreté qu’il lui reste à accomplir»,.

Cette grâce lui permet de présenter immédiatement une demande de libération conditionnelle.

Le 3 décembre, la cour d’assises du Loir-et-Cher avait confirmé en appel la condamnation à 10 ans de réclusion de Jacqueline Sauvage, reconnue coupable d’avoir tué son mari de trois coups de fusil dans le dos en 2012, après 47 ans d’enfer conjugal.

 

Source : http://www.lalsace.fr/actualite/2016/02/08/jacqueline-sauvage-quitte-sa-prison-aujourd-hui
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10 ans de prison pour avoir tué son mari violent

La cour d’assises de Loir-et-Cher a confirmé aujourd’hui en appel la condamnation à dix ans de réclusion d’une femme reconnue coupable d’avoir tué son mari en 2012, après plusieurs années d’enfer conjugal fait de coups et d’abus sexuels sur elle et ses enfants. Le 10 septembre 2012, Jacqueline Sauvage, 66 ans, a tué son mari de trois coups de fusils dans le dos. Elle avait été condamnée le 28 octobre 2014 par la cour d’assises du Loiret à dix ans de réclusion pour le meurtre de son mari.

“La légitime défense n’est absolument pas soutenable. Aux violences de son mari, elle aurait dû répondre par un acte proportionné, immédiat et nécessaire. Face à un coup de poing qui se solde par trois jours d’ITT, elle tire trois balles”, a dénoncé l’avocat général. “Trois coups de feu tirés dans le dos, ce n’est pas admissible”, a-t-il martelé.

Pour la défense, Me Nathalie Tomasini avait au contraire demandé aux jurés de “prendre la mesure des conséquences irréversibles des violences faites aux femmes”. L’avocate leur avait demandé de “repousser les limites de la légitime défense appliquée aux situations de violences conjugales” en prononçant la relaxe de l’accusée. “Fracassée pendant 47 ans, psychologiquement et physiquement, elle présentait les syndromes post-traumatiques des femmes battues”, a plaidé Me Tomasini. “Elle savait mieux que quiconque qu’il pouvait, ce soir-là, passer à l’acte et mettre à exécution les menaces de mort qu’il avait proférées toute sa vie”, selon l’avocate.

Au cours du procès, Jacqueline Sauvage a longuement évoqué ses relations avec Norbert Marot, son défunt mari, qu’elle a connu quand elle avait 14/15 ans alors qu’il sortait de maison de correction, et dont elle était “éperdument amoureuse”. “Je l’avais dans la peau”, a-t-elle répété à plusieurs reprises. “Jacqueline Sauvage se trouvait dans une situation de dépendance qui s’est installée au fil des années”, son mari “la dominait complètement. Elle était devenue sa chose. Elle était sous son emprise”, a plaidé son autre avocate, Me Janine Bonaggiunta.

Un pot commun pour Jacqueline a été mis en place par une association feministe : https://www.lepotcommun.fr/pot/75tthd5

Source : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/12/03/97001-20151203FILWWW00425-10-ans-de-prison-pour-avoir-tue-son-mari-violent.php
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Sur la non-actualistation du site et la lutte pour les personnes détenues

Ce site a été ouvert en 2012… Avant ce site nous étions quelques un(e)s à être soit touché(e)s de manière directe ou indirecte par la prison soit impliqué(e)s d’une manière ou d’une autre dans des luttes pour la justice et/ ou pour dénoncer l’enfermement.

Nous avons recueilli(e)s des témoignages de l’intérieur, posé(e)s des questions à des  détenu(e)s et d’ancien(nne)s détenu(e)s… Nous avons  été ( et sommes) en relation avec des avocats, nous avons assistés à des procès, soutenus différents prisonniers; nous soutenons des proches de personnes détenus; des proches de personnes tuées soit par la police soit par les matons….

Nous avons mis en place pendant plusieurs mois une permanence pour les proches de prisonniers… En parralléle nous étions quelques unes à avoir des parloirs… Bois d’arcy, Fleury-merogis, fresnes, Villepinte, Nanterre, bapaume… On connait… On a tractées devant ces prisons, discutés avec des familles de personnes incarcérées… Essayées de réfléchir à des questions… Comment nous à l’extérieur on peut se mobiliser ? Qui attaquer et avec qui s’allier et se défendre contre nos institutions qui au lieu de servir le peuple le dépossède de ces droits et de ses possibilités… C’est comme les avocats, sérieux combien travaillent avec les personnes au lieu d’assister les personnes sans leur apprendre à comment se défendre… ?

Il n’y avait pas grand monde aux permanences pour les proches de détenus; au maximum nous étions 6…. Je ne blâme personne ( à part ceux qui travaille pour les institutions! ); déjà se rendre au parloir prend du temps et de l’énergie et on oublie souvent cela : Comment notre énergie se dépense vite et comment on peut vite se décourager dans la lutte quand on ne voit pas d’avancée…

Nous n’avons pas continué(e) les permanences… Nous n’étions pas suffisamment pour se relayer comme sur ce site qui a du mal à se faire actualiser du fait de nos vies chargées.

L’enfermement est quotidien, mental… on le sait quand parfois certains en prison se sente plus libre qu’a l’extérieur… Parce que la société est une immense prison…….

Ca me rappelle Abdel Hafed Benotman avec qui nous étions un peu en lien et qui ne manquait pas de nous rappeler que la liberté était une lutte de tous les jours que cela soit en prison comme en dehors…. Notre liberté individuelle se construit par l’autonomie et l’indépendance d’esprit… Pour ce qui est de la liberté de nos actes et de la liberté collective c’en est autre chose… Elle n’existe ni en prison ni dehors. Elle est à construire tous les jours par des efforts collectifs et individuels, par la volonté de vouloir faire avec les autres. Se construire avec les autres pour que la liberté soit avant tout une question d’égalité. Il s’agit donc aussi de justice…. Car comment peut-on parler de justice dans des pays où chacun n’a pas la même liberté, ni de paroles ni d’actes…. ?

A.H. Benotman Resist In Peace…. ou Rest In Power….  Il a beaucoup apporté et rien que avec son humour et sa personnalité…. tout ceux qui connaissent un peu de son histoire et notamment carcéral savent que c’est la taule qui a en partie niké sa santé. Il a été en taule pour sa liberté de mouvement… Comme beaucoup d’autres qui ne cherchent au fond pas grand chose d’autre que de l’autonomie… quand bien même ce n’est jamais formulé on le sait….

Où je voulais en venir ? au départ je voulais rappeler pourquoi ce site n’est pas toujours actualisé… mais  il faudrait surtout que je parle de tous ceux qui ne lutte pas réellement pour les personnes détenu(e)s ni contre l’enfermement mais qui vivent ( financièrement et intellectuellement ) sur l’incarcération des personnes…

C’est cela que je voulais dire, combien il est dur de se trouver des alliées qui lutte sans aucun autre intérêt que ceux des autres/ du collectif… Ils sont rares car combien sont les “spécialistes” ( avocats, juristes et autres…) qui au lieu d’aider rackettent des familles en leur faisant espérer la liberté, la justice, la vérité ?  *

Voilà c’est un petit message de rage et d’alerte…. Pour tous ceux qui se demandent pourquoi des initiatives contre l’enfermement n’ont pas/ plus beaucoup lieu…. 

Parce que l’energie et les bonnes volontés ( sincères) manque tout simplement…. Mais n’oublions pas que lutter contre l’enfermement est sans fin… Tant que l’humain choisit la facilité plutôt que la réflexion et l’action… La liberté est loin….

N’hésitez pas à nous contacter si vous voulez relancer des choses, si vous connaissez des bons avocats ou autres collectifs prêt à mener des luttes par exemple contre les entreprises qui profitent de la prison ( par exemple sodexo ! Bouyguyes etc… ) ou simplement pour apporter toujours plus de vérité sur les agissements de nos institutions et de la justice !

A bientôt ?!

contretousleslieuxdenfermement@gmail.com

*Je ne citerais personne publiquement parce que c’est une perte d’énergie mais si vous avez besoin de conseils sur des associations ou des avocats susceptibles de vous aider si vous avez un problème avec la justice n’hésitez pas à nous contacter. 

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NOVEMBRE 2005- NOVEMBRE 2015 : 10 ANS QUE ERIC BLAISE A PERDU LA VIE A la prison de FLEURY- MEROGIS

10 ANS DE DENI DE JUSTICE POUR LA FAMILLE BLAISE.

Rappel des faits :

Eric Blaise, 27 ans, est interpellé avec des amis alors qu’il s’amusait à tirer sur des canettes de bière avec un simple pistolet à billes. Il est condamné en comparution immédiate à quatre mois de prison dont 2 mois ferme.

Il rentre le samedi 12 novembre à Fleury-Mérogis, il est retrouvé mort le dimanche matin. Pour l’administration pénitentiaire, Eric se serait donné la mort en se projetant contre les murs de sa cellule. Pourtant sa dernière lettre en prison contredit la thèse du suicide, et les photos prises par la famille à la morgue, visage recouvert de bleu, semblent au contraire indiquer que des violences lui ont été portées. Les témoignages des medecins et des gardiens comporte beaucoup de contradictions. Et malgré deux versions des possibilités de sa mort lors des autopsies la justice a requis un 1 non lieu.

 A l’heure actuel ni l’administration pénitentiaire ni la justice n’a reconnu sa responsabilité.

 Comment se fait-il que des vies sous la responsabilité de l’état peuvent être arrachées et que pour obtenir reconnaissance les familles doivent se battre ?

*Nous devons nous battre afin que les détenu(e)s mais aussi leurs familles soient respectées.*

AIDEZ NOUS A RETABLIR LA VERITE ! 

Si vous connaissez un médecin qui travaille ou aurait travaillé en prison et qui serait prêt à témoigner pour montrer la responsabilité et l’incohérence de ce qui est dit sur l’agissement des médecins à l’encontre d’Eric Blaise, faites signe et faites passer svp! c’est important pour rétablir la vérité et la responsabilité des medecins en millieux carcéral.
N’oublions pas que ce sont ces derniers qui “valide” la mise en détention en disant si la personne est apte ou pas à être enfermée !

Plus d’infos sur : https://www.facebook.com/Pour-Eric-Blaise-Et-Toutes-Les-Autres-Personnes-Mortes-En-Prison-411316952401067/

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Nouveau suicide à la prison de Fleury

 Un homme a été retrouvé mort, mercredi soir, dans la prison de Fleury-Mérogis. Ce détenu âgé de 35 ans, incarcéré au bâtiment D 5, se serait pendu. C’est le deuxième détenu qui se serait suicidé de cette manière dans cette aile de la plus grande maison d’arrêt d’Europe en deux semaines.Car le 20 octobre, un homme d’une cinquantaine d’années, placé au quartier des arrivants, dans le D 5 se serait pendu lui aussi dans la nuit.

Le quartier des hommes de Fleury compte actuellement un peu plus de 3 000 détenus.

Source : http://www.leparisien.fr/fleury-merogis-91700/nouveau-suicide-a-la-prison-de-fleury-06-11-2015-5254371.php

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Mort d’une détenue à Fleury-Mérogis

Quel accès aux soins dans les prisons ? Une femme de 34 ans a été retrouvée morte dans son lit, au réveil, le 2 novembre 2012, à Fleury-Mérogis. Un problème cardiaque pourrait être à l’origine du décès. Une plainte a été déposée contre X, pour non-assistance à personne en danger et homicide involontaire. Entretien avec François Bès, responsable santé de l’Observatoire international des prisons (OIP).

 Un problème cardiaque, c’est peut-être ce qui a causé la mort d’une détenue de 34 ans à la maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis, vendredi 2 novembre 2012. Une autopsie doit être réalisée afin de le confirmer.

Cette détenue d’origine croate présentait des antécédents cardiaques. La veille, elle s’était plainte de douleurs thoraciques et aux bras. En France, la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis est la seule à disposer d’un médecin de garde la nuit, mais il n’est pas intervenu. L’enquête devra déterminer s’il y a eu, ou pas, une défaillance de la part du médecin ou des surveillants.

Lundi 5 novembre 2012, une plainte a été déposée contre X, pour non-assistance à personne en danger et homicide involontaire, au nom de son mari, de ses sept enfants et de sa co-détenue.

Cette femme était détenue pour vol depuis le mois de septembre 2012. Son mari est incarcéré à Fresnes pour la même affaire.

Pour François Bès, responsable santé de l’Observatoire international des prisons (OIP), cette affaire illustre une fois de plus le manque d’accès aux soins des détenus.

 

Source : http://www.allodocteurs.fr/se-soigner/droits-et-demarches/acces-aux-soins/mort-d-039-une-detenue-a-fleury-merogis_8658.html
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Prison de Fresnes : un surveillant mis en examen pour agressions sexuelles

Un surveillant brigadier de la prison de Fresnes a été mis en examen et mis en détention pour agressions sexuelles sur des détenues de la prison pour femmes.

La prison de Fresnes, dans le Val-de-Marne, est secouée par une enquête concernant un surveillant qui se serait rendu coupable d’attouchements sexuels envers des détenues de la prison pour femmes. Selon Le Parisien, l’homme de 57 ans a été placé en détention après le témoignage d’une détenue et une analyse de son matériel informatique, qui révèle des photos de femmes de la prison, dénudées et dans des poses suggestives. En échanges des faveurs des jeunes femmes, le surveillant responsable du service technique faisait passer des objets à celles-ci, comme des téléphones portables ou du maquillage, rapporte le quotidien.

Des photos de détenues nues sur son ordinateur professionnel

C’est donc une jeune femme, emprisonnée depuis 2014 pour trafic de stupéfiants, qui s’est confiée à une surveillante, déclenchant ainsi l’enquête. Elle a rapporté “s’être retrouvée seule avec lui dans son atelier, situé dans les sous-sols de la prison. À un moment, cet agent pénitentiaire lui a indiqué être en possession de photos de détenues avant de lui montrer plusieurs clichés sur son ordinateur professionnel”, indique le source du Parisien. Le surveillant brigadier a alors tenté un attouchement sur la cuisse de la détenue, qui déclare avoir quitté la pièce dans la foulée.

Convoqué par sa hiérarchie, l’homme a été suspendu et a refusé d’avouer les faits en garde à vue. Après examen de son matériel informatique, les autorités ont trouvé “des images de détenues en train de poser vêtues de lingerie ou toutes nues”, a indiqué un haut fonctionnaire au quotidien. L’accusé, après avoir indiqué qu’il avait lui-même repoussé des avances de détenues, a fini par avoué des “gestes déplacés” mais uniquement sous l’emprise de l’alcool. “Pour les photos, il a précisé qu’elles lui avaient été fournies par un autre employé de la prison”, indique la source. Une enquête est en cours pour déterminer l’ampleur des faits concernant ce fonctionnaire en poste depuis 35 ans dans l’administration pénitentiaire.

Source : http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/prison-de-fresnes-un-surveillant-mis-en-examen-pour-agressions-sexuelles-7779609082

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Le quotidien de détenus dépeint sur les murs d’une des plus anciennes prisons françaises

En 2010, la maison d’arrêt de Charles III à Nancy est démolie car trop vétuste. Juste avant sa destruction, le jeune photographe Paul Heintz s’y est rendu pour immortaliser les lieux et surtout les messages d’anciens détenus. Nous lui avons posé quelques questions.

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“La Vie 2 Reve Nick Charles III”

C’est en passant tous les jours pendant quatre ans devant la maison d’arrêt de Charles III que Paul Heintz, à peine 20 ans à l’époque, commence à s’intéresser à cette vieille prison placée au coeur de la ville de Nancy. “Ce qui m’a marqué en premier lieu, c’était les familles et amis de personnes incarcérées, sur le trottoir, qui essayaient de communiquer, en criant, avec les personnes à l’intérieur. C’était très touchant“, nous confie-t-il.

À cette époque-là, Paul travaillait, dans le cadre de ses études aux Beaux-Arts, sur un film commandité par la ville de Nancy. Un projet sur le réaménagement du quartier du Haut-du-Lièvre et plus particulièrement sur l’implantation d’une nouvelle prison beaucoup plus moderne que Charles III.

En novembre 2010, je me suis permis de demander une autorisation pour entrer sur le chantier de démolition de la prison afin d’y faire des photographies et des vidéos. Pour l’obtenir, j’ai prétexté avoir besoin d’autres plans vidéo de la prison de Nancy Charles III pour mon film sur le quartier de Haut-du-Lièvre, or j’avais déjà en tête autre chose : récolter des documents, textes, images de cette prison pour un futur projet.

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“Lydia, trop belle, trop douce, trop top, soleil de mes nuits, lumière de ma vie”

“Des témoignages bruts de leur vie d’enfermement”

La première fois qu’il s’est rendu sur les lieux c’est d’abord cette impression de vide dans un endroit qui jadis accueillait plus de 300 détenus, qui l’a envahi. Ce sentiment de rentrer également dans l’intimité des prisonniers en lisant leurs messages laissés sur les murs. Des phrases et des dessins à la fois très personnels au sujet de leurs familles mêlant amour et remords, mais aussi des messages politiques pour mieux se positionner contre le système carcéral, certains étant même empreints d’une touche humoristique.

C’était assez étrange lorsque je suis entré dans les lieux, étant donné que l’entreprise de démolition avait déjà coupé le courant dans le bâtiment. Toutes les cellules étaient très sombres, seul le hall central était éclairé car il disposait d’une grande verrière. Tout était vide et tous les sons résonnaient. Le son et la fumée engendrés par les marteaux-piqueurs du chantier détonnaient avec les textes et dessins des anciens prisonniers de Charles III.

Ces témoignages bruts de leur vie d’enfermement, c’est tout ce qu’il restait d’humain dans ce bâtiment froid, j’ai donc décidé d’en récolter un maximum afin d’abord de les consigner.

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“Si les amis se comptaient sur les doigts de la main, faudrait m’amputer”

Les messages, les dessins ou les posters accolés sur les murs s’accumulaient dans les recoins de la prison. Certains se répondaient même, “créant une narration documentaire mais aussi imaginaire“, résume Paul. Et c’est comme si certains détenus communiquaient par graffs interposés.

J’ai été touché par l’extrême lucidité de certains détenus sur leur solitude et leur enfermement, des témoignages à la fois tragiques mais aussi comiques comme par exemple : “Si les amis ce contré sur les doigt de la main fodré m’enputer” ou “G le moral en barbeler” .

On ressent ainsi dans ces messages une nécessité d’écrire ou de dessiner. Une sorte d’exutoire ou une manière de marquer son territoire, de s’approprier le lieu dont les détenus ont besoin. Si dans la maison d’arrêt, les détenus étaient amenés à y rester en général moins d’un an en attendant leur jugement ou avant d’être affectés à un centre de détention, leur besoin de communiquer était bien présent.

Pour Paul, “ces graffitis mettent aussi en exergue toute la portée salvatrice de l’écriture ou du dessin. La cellule devient lors de l’enfermement la seconde peau du détenu, le graffiti est alors un tatouage ou une éraflure qui raconte“. Un tatouage amené à rester gravé sur les murs aussi longtemps que ceux-ci tiennent debout. C’est pourquoi le travail de documentation de Paul a encore plus de sens aujourd’hui puisque la prison a été détruite.

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“Ramène ton oseille, j’ai faim”.

“C’était tout de même un lieu plein d’histoires”

Aujourd’hui, le plan de rénovation Nancy Gare en EcoQuartier a remplacé une des plus anciennes prisons de France où les conditions des détenus étaient devenues insupportables entre surpopulation, manque d’hygiène et insalubrité. Un constat qui lui avait carrément valu le surnom de “la prison la plus vétuste de France“, confirmé par un ancien détenu :

Avec mon voisin de palier qui avait été incarcéré à Nancy Charles III, je discutais parfois de la prison. Il avait surtout été marqué par le manque d’hygiène. Depuis son incarcération, chez lui, tout était toujours en ordre et très propre, certains disaient de lui qu’il était devenu un peu trop à cheval sur la propreté… Cela pouvait créer des conflits lorsqu’on lui rendait visite.

Quant aux autres détenus de la prison, ceux qui devaient encore rester, ils ont été incarcérés en 2009 dans le flambant neuf Centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville, installé dans le quartier Haut-du-Lièvre, relativement excentré par rapport au reste de la ville tandis que les bulldozers commençaient à rayer de la carte Charles III pour y installer parkings, logements et autres espaces verts. “C’est assez étrange que la plupart des nouvelles prisons soient construites en dehors des villes, comme si on voulait isoler, cacher encore plus la détention“, partage-t-il.

Face à tous ces questionnements quant à l’emplacement des prisons, un lieu qui intrigue toujours autant tant les informations dévoilées au grand public sont minimes, un autre aspect vient s’ajouter et trouble particulièrement Paul.

Je me pose tout de même la question : pourquoi ne pas avoir conservé les murs et reconverti le bâtiment comme dans d’autres villes ? C’était tout de même un lieu plein d’histoires : au 18ème siècle le bâtiment abritait une Manufacture à tabac par exemple, ensuite c’est devenu une prison à partir du début du 19ème… Il y a eu aussi les fameuses révoltes de la prison de Nancy dans les années 1970 avec l’intervention, entre autres, du philosophe Michel Foucault et du GIP.

De l’histoire de ce bâtiment, il semblerait qu’il ne reste aujourd’hui qu’un vitrail de la chapelle et une fontaine datant du 18ème siècle, lorsque la maison d’arrêt n’était pas encore là et qu’il s’agissait d’une Manufacture à tabac.

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“20 ans dans cette prison”

Un journal gratuit pour Paris Nuit Blanche 2014

C’est donc dans un soucis de documenter ce lieu et de le dévoiler au grand public que Paul Heintz, aujourd’hui diplômé des Arts Décoratifs de Paris, a décidé de monter un nouveau projet pour mettre en valeur ces témoignages, quatre ans plus tard.

J’ai décidé de prendre ces images telles qu’elles sont avec leur brutalité mais aussi leur fragilité. Cependant, je ne me voyais pas exposer ces photographies aux murs à la manière de tirages d’artistes. Ces graffitis, qui n’avaient pas vocation à être vus à l’extérieur, je n’en étais pas l’auteur. C’est alors que la forme du journal m’a parue la plus appropriée pour actualiser ces photos.

Ce qui l’intéresse particulièrement c’est alors ce rapport privilégié que peut avoir le spectateur avec le format d’un journal. En effet, les double-pages permettent à la fois de montrer comment les graffitis se répondent et de favoriser une approche personnelle avec les photographies.

J’aime l’idée d’un journal gratuit parce qu’il a quelque chose d’éphémère et de fragile : ce journal, on peut le conserver chez soi comme un document mais il peut aussi être détruit ou jeté en un instant, ce n’est pas un objet précieux.

Chaque journal aura sa propre vie, en fonction de chaque lecteur : certains pourront même abandonner cette édition dans le métro, d’autres voyageurs pourront le consulter ensuite… Je trouve ça poétique, l’histoire de ces documents qui naviguent, jetés comme des bouteilles à la mer.

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Le projet du photographe, intitulé “La vie 2 rêve Nick Charles III”, reprend le message d’un des graffitis. Le journal de 48 pages sera tiré à hauteur de 5000 exemplaires et distribué dans l’ancienne gare RER de Reuilly, lors de Paris Nuit Blanche, le 4 octobre prochain. Une démarche qui se veut donc gratuite et pour laquelle il a lancé un projet de financement participatif sur Kiss Kiss Bank Bank.

Si en ce moment, Paul est bien occupé par ce projet qui lui tient à coeur, il est en train de commencer un film qui s’inscrit dans la lignée de “La vie 2 rêve Nick Charles III”, dans le sens où il souhaite questionner notre rapport à l’autorité et à la norme.

J’ai eu envie de m’intéresser à comment le pouvoir (par l’autorité de l’image, de la mise en scène ou de la mise en espace) contraint les individus mais surtout la manière dont certaines personnes tentent de résister en proposant un pas de côté.

Sauf que cette fois-ci, ce n’est pas le monde carcéral qui sera mis en avant, mais le monde de l’entreprise…

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Si vous souhaitez soutenir son projet, rendez-vous sur la page Kiss Kiss Bank Bank qui lui est dédié.

Source : http://www.konbini.com/fr/inspiration-2/serie-photo-messages-anciens-detenus-prisons/ Publié le 11 septembre 2014.

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Transférés dans les prisons de l’Hexagone, comment vivent les détenus d’Outre-mer ?

A des milliers de kilomètres de chez eux, plusieurs centaines de détenus ultramarins purgent leur peine dans l’Hexagone. “Déportation” pour certains, transfert choisi pour d’autres, leur incarcération en métropole pose le problème du maintien des liens familiaux. Premier volet de notre enquête.

Plusieurs centaines de détenus d'Outre-mer purgent leur peine dans l'Hexagone. © AFP THOMAS SAMSON / Montage La1ère
© AFP THOMAS SAMSON / MONTAGE LA1ÈRE Plusieurs centaines de détenus d’Outre-mer purgent leur peine dans l’Hexagone.

“Moi personnellement, ce que je veux, c’est rentrer dans ma prison en Guadeloupe pour avoir le parloir avec ma famille, voilà quoi.” Le message a le mérite d’être clair. Il émane d’un détenu antillais incarcéré dans l’Hexagone depuis 2011. Comme lui, quelques centaines – impossible de connaître leur nombre exact – de Martiniquais, Réunionnais, Calédoniens, etc., purgent leur (longue) peine en métropole, à des milliers de kilomètres de chez eux. Certains par choix, d’autres par “mesures d’ordre et de sécurité”. Une fois écroués sur le sol métropolitain, difficile d’envisager un retour en Outre-mer, tant la surpopulation carcérale est forte dans ces territoires.

 

>>> INTERVIEW du Guadeloupéen Fabrice Boromée, détenu en métropole : “J’en ai marre de souffrir ici, mon pays me manque”

 

“C’est un véritable déracinement, analyse François Bès, en charge de l’Outre-mer au sein de l’Observatoire international des prisons (OIP). Eloignement familial, différence de température, problèmes occasionnels de langue, cherté des communications téléphoniques et décalage horaire… “Chaque fois que j’appelle, il fait déjà nuit là-bas”, témoigne un détenu calédonien auprès de l’OIP. Ce dernier ne voit jamais sa famille au parloir, et pour cause : “Elle habite à 22.000 kilomètres et n’a pas les moyens.

A découvrir ci-dessous, des témoignages de détenus ultramarins incarcérés dans l’Hexagone. Leurs réponses proviennent de questionnaires établis et recueillis par l’Observatoire international des prisons entre mars et août 2014 :

Inscrit au barreau de Paris, Benoît David s’est toujours intéressé au sort des prisonniers. S’agissant de ces Ultramarins désireux de rentrer chez eux, l’avocat n’hésite pas à parler de “déportation”“Je trouve que le terme n’est pas disproportionné, certifie-t-il à La1ère.Même si, juridiquement, la déportation n’existe plus, elle existe matériellement pour ces hommes et ces femmes, dès lors qu’ils subissent une incarcération à des milliers de kilomètres, tout ça parce que la France est défaillante au niveau de ses prisons en Outre-mer.”

“L’administration pénitentiaire a l’obligation de favoriser le maintien des liens familiauxrenchérit François Bès, de l’Observatoire international des prisons. Mais en réalité, elle est confrontée à un dilemme : ne pas respecter la dignité des détenus en les laissant dans certains établissements en Outre-mer, ou bien ne pas respecter ce devoir de maintien des liens familiaux.” 

Le cas emblématique du Réunionnais Casanova Agamemnon

Pour les détenus, l’éloignement familial amoindrit parfois les perspectives de réinsertion. En témoigne le cas du Réunionnais Casanova Agamemnon, l’un des plus anciens prisonniers de France. Incarcéré dans l’Hexagone pendant plus de 40 ans, il lui aura fallu 10 ans de demandes répétées pour être transféré sur son île. “Risque de troubles à l’ordre public“, “absence d’établissement adapté à son profil“, autant d’arguments qui ont longtemps été avancés pour bloquer son retour au péi.

Le Réunionnais Casanova Agamemnon a purgé l'essentiel de sa peine dans l'Hexagone. © DR
© DR Le Réunionnais Casanova Agamemnon a purgé l’essentiel de sa peine dans l’Hexagone.

En parallèle, toutes ses demandes de libération conditionnelle (à laquelle il peut légalement prétendre depuis plus de 20 ans) ont été rejetées, “au motif qu’il fallait d’abordun transfert vers La Réunion pour qu’il puisse construire son projet de sortie là-bas…”, déplore son avocat, Me Benoît David, atterré par cette “situation absurde“. Casanova Agamemnon a fini par rejoindre la prison réunionnaise du Port en mars 2014. Il a adressé il y a quelques mois une demande de grâce présidentielle à François Hollande. Il a également introduit une requête contre la France devant la Cour européenne des droits de l’homme pour atteinte au maintien effectif des liens familiaux, au droit à la réinsertion et au respect de la dignité humaine.

A voir ci-dessous, un extrait des observations du gouvernement devant la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire “Agamemnon c. France”

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De meilleures conditions de détention dans l’Hexagone

Surpopulation, vétusté, absence de formations… Malgré l’engagement du ministère de la Justice dans une “politique d’investissements significatifs visant à l’amélioration et à la modernisation du parc immobilier pénitentiaire en Outre-mer”, les prisons ultramarines demeurent pour nombre d’entre elles dans un état calamiteux (c’est le cas dans le Pacifique ou aux Antilles).

 

S’il existe aujourd’hui en Outre-mer des établissements pour peine, adaptés aux longues condamnations (ce qui, pendant très longtemps, n’a pas été le cas), certains Ultramarins préfèrent encore être emprisonnés en métropole. A la question “pourquoi avoir choisi d’être transféré dans l’Hexagone”, ce Kanak répond, lapidaire : “Plus propre. Plus tranquille. Des facilités de formation et de travail”. 

 

>>> POUR ALLER PLUS LOIN : Surpopulation, vétusté, le tableau des prisons ultramarines en 2014

“Que les détenus ultramarins demandent eux-mêmes à purger leur peine dans l’Hexagone ? Ça arrive parfois”, constate Loetitia Lebrun, directrice du Centre national d’évaluation de Réau (Seine-et-Marne). Sa mission consiste (entre autres) à émettre un avis sur l’affectation des détenus dans tel ou tel établissement (une sorte de “conseillère pénitentiaire d’orientation”, en somme). Elle soutient que les Ultramarins sont loin de vouloir rester systématiquement en Outre-mer : “Surtout les plus jeunes. Soit pour couper avec les mauvaises fréquentations, soit pour suivre une formation.”

A lire ci-dessous, des paroles de détenus. Ils répondent aux questions de l’Observatoire international des prisons :

>>> A LIRE AUSSI : “Le parcours du combattant des détenus longues peines condamnés Outre-mer”

Une liberté de choix “apparente”

L’Observatoire international des prisons, lui, fustige ce discours et maintient que cette“liberté de choix n’est en fait qu’apparente”“Ce changement d’affectation est généralement accepté, voire demandé par le détenu lui-même, dans l’espoir de voir ses conditions de détention s’améliorer notablement”, fait remarquer l’organisme.

Un constat qui rejoint celui de Me Dominique Monget-Sarrail. L’avocate exerce aujourd’hui en région parisienne, mais a longtemps travaillé à Cayenne. “Mes clients de Rémire-Montjoly (l’unique centre pénitentiaire de Guyane, ndlr) étaient très nombreux à réclamer leur transfert. Pas pour le climat ou l’ambiance des prisons de métropole…”, précise-t-elle, un brin ironique.  “Mais ils ne supportaient plus la promiscuité, l’absence d’activité et le manque de travail”, ajoute celle qui a fait condamner l’Etat à plusieurs reprises pour“dysfonctionnement du service public du fait des conditions de détention désastreuses à Rémire-Montjoly“.

 

“Vous savez, poursuit une autre avocate, l’univers carcéral est à l’image de la société. Si le taux de chômage est très élevé dans les départements et les collectivités d’Outre-mer, il l’est encore plus dans les prisons ultramarines. Certains détenus se retrouvent contraints de demander leur transfert en métropole pour pouvoir travailler et commencer à indemniser les parties civiles.”

Juin 2015 : la prison guyanaise de Rémire-Montjoly, photographiée de l'intérieur par des prisonniers révoltés par leurs conditions de détention. © DR
© DR Juin 2015 : la prison guyanaise de Rémire-Montjoly, photographiée de l’intérieur par des prisonniers révoltés par leurs conditions de détention.

 

Des difficultés de transfert dans les deux sens

Et pour ajouter une touche de complexité au tableau, certains détenus en Outre-mer ont bien du mal à obtenir leur transfert en métropole, malgré leurs demandes insistantes. “Au centre pénitentiaire de Baie-Mahault, il n’y a pas d’activité ni travail. Je suis menacé tous les jours par les autres détenus. Je vous prie de bien vouloir faire le nécessaire pour accélérer mon départ”, réclame ainsi ce détenu guadeloupéen condamné à plus de 20 ans de prison, dans un courrier adressé à l’OIP. A la mi-juin, un prisonnier martiniquais s’est également illustré en manifestant sur le toit de l’établissement de Ducos pour réclamer son transfèrement en métropole. A noter que ces dernières années, les mouvements de prisonniers sont plus importants dans le sens “Outre-mer – métropole” que l’inverse (voir le schéma ci-dessous).

Les détenus ultramarins qui veulent rentrer ont du mal à rentrer. Et ceux qui souhaitent partir ont du mal à partir…

“Depuis quelques mois, je suis sollicité par plusieurs prisonniers aux Antilles et en Guyane,confirme François Bès, en charge de l’Outre-mer à l’OIP. Ils nous demandent de l’aide pour être déplacés dans l’Hexagone. Ils se disent victimes de menaces, de brimades et de violences auxquels ils ne peuvent échapper en raison de la promiscuité et de la surpopulation. Bref, les détenus ultramarins qui veulent rentrer ont du mal à rentrer. Et ceux qui souhaitent partir ont du mal à partir…”

Source : http://www.la1ere.fr/2015/06/17/transferes-dans-les-prisons-de-l-hexagone-comment-vivent-les-detenus-d-outre-mer-enquete-13-264913.html
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Quatre braquages pour payer ses dettes

Janvier 2012. Des policiers arrêtent Patrice : il a perdu tous ses points de permis. Affaire banale, individu inconnu des fichiers, mais ils prennent quand même ses empreintes digitales. Et surprise ! elles correspondent à celles laissées lors du braquage d’un magasin Naf Naf à Paris début 2008. Branle-bas de combat, Patrice est placé en garde à vue. « Et là, vous avouez spontanément trois autres vols à main armée », raconte l’assesseure ce 4 mai 2015, sept ans après les faits.

Une seule partie civile : sa dernière victime. Marie-Laure, une petite blonde d’une cinquantaine d’années, s’avance vers la barre en béquille. A l’époque, elle était vendeuse chez Etam. Lorsque Patrice la braque, elle simule un malaise. « Il a demandé s’il fallait appeler les pompiers », continue l’assesseure.« Je suis juste venue pour vous, explique Marie-Laure au tribunal. Et pour monsieur (le prévenu, ndlr), pour l’aider à tourner une page… »

Patrice ? Rien à voir avec les braqueurs de séries policières. Pas bien grand, un peu costaud, mais plus des hanches que des épaules, il ne fait peur à personne. À la barre, sa voix tremblotte. Le stress sûrement. Il avait arrêté les braquages « à cause de la peur ».

prévenu, avocate, victimeÀ gauche, le prévenu. Au centre, son avocate. À droite, Marie-Laure, la victime. (illustration : Clarisse Le Chaffotec)

Le problème de Patrice : les dettes, beaucoup de dettes. « J’ai tout essayé, j’étais désespéré, j’étais allé à la banque, j’avais demandé à mes parents… » L’assesseure s’énerve : « Vous pensez que tous les gens qui ont des difficultés financières décident de commettre des vols à main armée ? – En plus ça n’a rien arrangé du tout », répond Patrice les yeux baissés.

25 000 euros de crédits à la consommation

Patrice avait contracté pour 25 000 euros de crédits à la consommation, pour acheter deux voitures, pour lui et sa femme. Silencieuse jusque là, la présidente Isabelle Pulver prend la parole : « Quand on n’arrive pas à gérer son budget, on n’achète pas de voitures ! Parce que là on nous raconte du Zola. » Sauf que Patrice travaillait de nuit : il devait rentrer à temps pour amener ses trois enfants à l’école.Mais la présidente ne l’entend pas de cette oreille. Le couple gagnait 2 900 euros. « Plus toutes les aides ! s’exclame-t-elle. Tous ceux qui ont une bonne gestion arrivent à s’en sortir avec vos revenus. Je ne dis pas que c’est pas difficile. Il n’y aurait pas aussi un écran plasma ? Non ? »Après les faits, Patrice a essayé de s’en sortir. En plus de son boulot de nuit à la RATP, il a fait des extras comme cuisinier. « Vous ne pouvez pas vivre aux crochets de tout le monde tout le temps », réplique la présidente. Mais ses problèmes financiers ont eu raison de son mariage. Après une tentative de suicide, il tombe en dépression. Aujourd’hui, entre 400 et 600 euros sont saisis chaque mois sur son salaire (il est devenu contrôleur RATP).

prévenu, avocatePatrice et son avocate. (illustration : Pauline Dartois)

« Vous jugerez peut-être ces réquisitions trop indulgentes… »

Dès le début de son réquisitoire, le procureur rappelle la chance de Patrice : les faits ont été requalifiés en vols avec violence, lui évitant les assises pour vols avec arme – l’un des braquages est ainsi prescrit. Il pointe certains angles morts du dossier : l’arme n’a jamais été retrouvée. Patrice jure qu’il s’agissait d’un « pistolet à bille en plastique ».

Le procureur le reconnaît, le prévenu est « parfaitement inséré, pourtant, il faut envisager la sanction. » Il hésite : « Est-ce qu’il doit dormir ce soir à Fleury-Mérogis ? Si aujourd’hui on l’envoyait derrière les barreaux, on aurait trois enfants qui perdraient leurs ressources. » Il demande quatre ans, dont deux de sursis simple. Sans mandat de dépôt. « Vous jugerez peut-être ces réquisitions trop indulgentes… »

« Un personnage d’une gentillesse extrême »

Que pourrait rajouter la défense ? L’avocate de Patrice remercie le procureur et se concentre sur la personnalité de son client : « Un personnage d’une gentillesse extrême, un bon père de famille devenu lâche face à ses difficultés financières. » Puisque « préserver l’emploi et la famille, c’est la principale garantie contre la récidive », elle demande du sursis et la non-inscription sur le casier judiciaire.

S’il n’a rien à ajouter sur l’affaire, Patrice veut profiter des derniers instants de l’audience pour s’excuser, encore une fois, auprès de Marie-Laure.

Après 45 minutes de délibération, le tribunal condamne Patrice à quatre ans de prison, dont 30 mois avec sursis simple, sans mandat de dépôt, ni inscription au casier judiciaire, et 1 140 euros à payer à Marie-Laure. À la sortie de la salle, l’ancien braqueur et sa victime se saluent. « C’est bien que vous soyez venue », la remercie l’avocate.

Ecrit par un : “Journaliste de chambres. Comme dit un adage tourangeau : « La justice, c’est comme la cuisine, il ne faut pas la voir de trop près. »

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