Enfermer les étrangers, ça rapporte !

Les centres de rétention administratives sont des lieux d’enfermement où les personnes étrangères sans-papiers sont placées sur décision d’un préfet, afin d’organiser leur expulsion du territoire. En 2015, près de 48 000 personnes y ont été enfermées. Une statistique déprimante quand on se bat pour l’égalité et la liberté de circulation… mais alléchante pour ceux qui investissent dans cette industrie xénophobe !

Le 19 août, un avis d’attribution de marché public annonçait le nom des entreprises retenues par la Préfecture de police de Paris pour intervenir au centre de rétention du Mesnil-Amelot. Un marché à 950 000 euros par an, à reconduction tacite pendant quatre ans.

Cet appel d’offre concernait la « réalisation de prestations multi-services et multi-techniques ». C’est large. Et pour cause : il s’agit de sous-traiter toutes les tâches nécessaires au fonctionnement d’un centre, et que les flics ne réalisent pas eux-mêmes : ménage, entretien des installations, gestion du linge, cuisine… Exactement comme le font les prisons. Et ça tombe bien, puisque les heureux gagnants de l’appel d’offre sont deux partenaires très réguliers de l’administration pénitentiaire.

Le premier vainqueur est Engie Axima, qui est comme son nom l’indique une filiale d’Engie (anciennement GDF-Suez). Ses spécialités ? Chauffage, climatisation, ventilation, sécurité incendie, portes automatiques… On comprend que les lieux d’enfermement constituent un marché juteux pour la boîte, contribuant à son chiffre d’affaires annuel : 1,3 milliards d’euros.

Le deuxième vainqueur est GEPSA, qui s’occupe notamment de restauration, de nettoyage et de blanchisserie. Comme son nom ne l’indique pas, GEPSA est une filiale de Cofely, qui est une filiale… d’Engie. Bien joué !

Les bénéfices dégagés se répartiront donc entre les différents actionnaires de la multinationale, à commencer par l’État français lui-même. Mais aussi le groupe Banque populaire-Caisse d’épargne, la Banque postale, et d’éminentes familles capitalistes comme Frère, Desmarais ou Boël… entre autres.

Alors bien sûr, ce contrat n’est pas une première pour les filiales d’Engie, déjà présentes dans de nombreux centres de rétention (Palaiseau, Plaisir, Calais, Lille, Toulouse, Nice, Sète, Rennes, Metz, Lyon…). Bien sûr, il représente une goutte d’eau dans les profits d’Engie ou de ses concurrents sur ce sordide marché, tels que Compass, Sodexo ou Vinci. Bien sûr, c’est un petit rouage de la grande machine raciste qui fiche, traque, matraque, enferme, expulse, tue ou laisse mourir… Mais il est toujours bon de rappeler que cette machine remplit des portefeuilles en même temps qu’elle broie des vies.

 Source : http://paris-luttes.info/enfermer-les-etrangers-ca-rapporte-6618
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CAGNOTTE DE SOLIDARITE A RACHID INCARCERE EN THAILANDE

Rachid s’est fait arrêter au surlendemain de son arrivée en Thaïlande avec un de ses « amis.

Rachid clame son innocence depuis le mois de janvier 2016 et attend son procès définitif en octobre.

Il risque 50 ans de prison pour utilisation frauduleuse de carte bleue.

C’était la première fois que mon frère voyageait. Il a fait sa vie en France tranquillement, Il travaillait et s’occupait de notre mère qui vit seule.

En février 2016,un avocat véreux connu  médiatiquement, dont je tairais le nom, nous a demandé 30.000 euros pour obtenir sa libération sous caution.

En réalité nous avons été escroqués. Rachid n’a jamais été libéré sous caution et l’argent a disparu.

Un article résumant notre détresse causée par cet avocat vient de paraître…https://www.buzzfeed.com/davidperrotin/moussa-adama-traore-letrange-business-de-lavocat-karim-achou

LIEN CAGNOTTE : https://www.leetchi.com/c/solidarite-de-zahoum-rachid

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Concert Solide.R en soutien à un poto incarcéré

Titre: Concert Solide.R en soutien à un poto incarcéré
Lieu: au Chinois, 6 place du Marché, 93100 Montreuil (métro croix de Chavaux)
Lien vers: Cliquer ici
Heure début: 19:30
Date: 2016-09-29
Heure fin: 23:30

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Saint-Martin-de-Ré : un détenu meurt après une altercation avec des surveillants

Un jeune homme de 32 ans, détenu dans la prison de Saint-Martin-de-Ré est mort après une altercation avec des surveillants pénitentiaires, ce mardi.

Selon la direction de l’administration pénitentiaire, le prisonnier – décrit comme « agité depuis plusieurs jours » – aurait tenté de s’introduire avec une arme blanche « de sa fabrication » dans l’infirmerie de la maison centrale.

A l’arrivée au portique de sécurité, le détenu se serait rebellé, aurait agressé un surveillant « en le mordant profondément au poignet »(… ) L’alarme est alors donnée. Quatre agents viennent prêter main forte pour le maîtriser.

Le jeune homme est ensuite conduit dans le quartier disciplinaire où il décèdera quelques heures plus tard d’une crise cardiaque.

D’après le directeur interrégional de l’administration pénitentiaire, Alain Pompigne,« certains éléments font état d’une fragilité, d’une dégradation de son état de santé ».

(…) La personne détenu en question devait sortir en 2021.(…)

L’autopsie pratiquée hier a confirmé la crise cardiaque, mais n’a pas permis d’en préciser les raisons (…)

Une enquête a été ouverte par la brigade de recherches de gendarmerie de La Rochelle pour recherche des causes de la mort. La famille aurait été reçue en personne par le vice-procureur.

Source : http://france3-regions.francetvinfo.fr/poitou-charentes/charente-maritime/ile-d-oleron/saint-martin-de-re-un-detenu-meurt-apres-une-altercation-avec-des-surveillants-1064731.html
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Graciée, Jacqueline Sauvage reste en prison

Que s’est-il joué dans le refus de libération conditionnelle de Jacqueline Sauvage, cette femme reconnue coupable du meurtre de son mari, tué de trois coups de fusil dans le dos en 2012 ? Le tribunal d’application des peines de Melun a-t-il considéré que la détenue n’avait pas manifesté des efforts sérieux de réadaptation sociale ? Ou s’agit-il, ainsi que le dénoncent ses avocates, Me Janine Bonaggiunta et Me Nathalie Tomasini, d’une décision « purement politique » ?

Tombée vendredi 12 août, la décision a créé la surprise, tant la grâce partielle accordée le 31 janvier par le président de la République François Hollande semblait mettre irrémédiablement Jacqueline Sauvage sur la voie de la sortie de prison. « C’est incompréhensible et choquant », ont déclaré ses avocates, qui envisagent de faire appel. Le parquet a également annoncé son souhait d’en faire autant : « Nous étions favorables à ce que Mme Sauvage sorte de prison, souligne la procureure de Melun, Béatrice Angelelli. Qui plus est dans un contexte de surpopulation carcérale. »

Jacqueline Sauvage a déjà purgé plus de trois ans de sa peine de dix ans de réclusion, principalement au titre de la détention provisoire. La grâce partielle accordée par François Hollande en sa faveur ne remettait pas en cause le fond de sa condamnation pour « meurtre aggravé », mais permettait à cette femme de 68 ans « de présenter immédiatement une demande de libération conditionnelle », expliquait l’Elysée à l’époque.

Lire aussi :   Débat sur le droit des femmes battues à se défendre

Mobilisation

Le geste de M. Hollande était pensé « dans le respect de l’autorité judiciaire », un rappel important tant la mobilisation politico-médiatique en faveur de la détenue, dont la condamnation avait été confirmée en appel le 3 décembre 2015, s’était polarisée sur l’idée qu’elle avait agi en situation de légitime défense, après avoir subi les violences de son mari pendant 47 ans. Le jugement condamnant Mme Sauvage « ne prend aucunement en compte la souffrance et le calvaire endurés par cette femme et ses enfants. Il ne prend pas en compte que la société dans son ensemble est responsable et complice de ce drame, complice du silence et de l’omerta qui a régné autour de cette violence », plaidait la pétition lancée en faveur de la grâce présidentielle et qui avait récolté, à l’hiver dernier, près de 436 000 signatures.

La mobilisation en faveur de la grâce présidentielle s’est également traduite par la création d’un comité de soutien, lancé par la comédienne Eva Darlan, et qui a agrégé quelque 150 personnalités, parmi lesquelles la chanteuse Maurane, l’actrice Mireille Darc ou encore le producteur Dominique Besnehard. Côté politique, il se trouvait peu de voix, à droite comme à gauche, pour ne pas soutenir la détenue. C’est ce même consensus qui s’est trouvé vendredi pour regretter le refus de libération de Jacqueline Sauvage.

Sur le réseau social Twitter, le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, a assimilé la décision à un « permis de tuer pour tous les hommes violents », la députée du parti Les Républicains Valérie Boyer a elle aussi dénoncé « un signal catastrophique envoyé aux femmes battues » tandis que le président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde a qualifié de « honteux qu’on refuse la liberté conditionnelle ».

La décision scandalise aussi Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d’Osez le féminisme : « C’est l’ensemble d’un système qui ne comprend pas les violences faites aux femmes. » Suzy Rojtman, du Collectif national pour les droits des femmes, annonce une mobilisation « dès la rentrée de septembre ». Samedi matin, une pétition sur Change.org demandant la libération immédiate de Jacqueline Sauvage réunissait déjà plus de 52 000 signatures.

« Le sens de la peine lui échappe »

Paradoxalement, si la médiatisation du cas de Jacqueline Sauvage, voulue et orchestrée par ses avocates, a permis d’obtenir gain de cause auprès du président de la République, elle semble avoir passablement joué en défaveur de sa libération. « L’importante médiatisation de son affaire rend difficile une authentique démarche de réflexion de Mme Sauvage, qui est encouragée à se cantonner dans un positionnement exclusif de victime, sans remettre en question son fonctionnement psychique personnel et sans s’interroger sur sa part de responsabilité dans le fonctionnement pathologique de son couple », argumente le tribunal d’application des peines dans sa décision.

« C’est un désaveu du président de la République par la justice de son pays qui n’a pas accepté la grâce », voulait croire de son côté Me Tomasini, qui a soutenu l’acquittement de sa cliente lors du procès en appel aux assises. L’avocate souligne le fait que sa cliente ne présente « aucune dangerosité ni aucun risque de récidive ». C’est aussi l’avis de l’administration pénitentiaire et de plusieurs récents rapports d’experts. « C’est aussi reconnu par le tribunal, confirme le parquet. Mais il estime que Mme Sauvage doit poursuivre sa réflexion dans un lieu éloigné de la commission des faits » au risque d’être confortée dans un positionnement victimaire.

Dans sa décision, le tribunal d’application des peines rappelle que Mme Sauvage a besoin d’aide psychique « pour remettre de l’interdit dans le passage à l’acte ». Cette notion d’interdit « n’apparaît pas encore vraiment intégrée par Mme Sauvage. Le sens de la peine lui échappe et elle a été confortée dans cette position par les soutiens dont elle a bénéficié, l’évolution très rapide de sa situation pénale et la médiatisation de son affaire ».

Pour Me Tomasini, qui n’a d’autre lecture que politique de la décision, « le débat n’est pas là ». Elle rappelle toutefois que sa cliente « bénéficie d’un suivi psychologique en prison, similaire à celui de toutes les détenues, c’est-à-dire quasi inexistant », estimant que « son manque d’introspection est lié aux insuffisances des moyens de la justice ».

 

Source ; LE MONDE | 13.08.2016
 http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/08/13/graciee-jacqueline-sauvage-reste-en-prison_4982248_1653578.html#EZRxtrfsZo4TPDTj.99
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En prison, le téléphone nous a sauvés

Hélène se rend depuis quatre ans au parloir pour voir Alex, son fils de vingt ans. Elle raconte l’absence de communication les premiers temps de l’incarcération, l’angoisse de ne rien savoir de ce que vit son fils, jusqu’à ce qu’il se procure un portable. Un témoignage important, alors que l’accès au téléphone en prison fait régulièrement débat, sans que les voix des proches ne soient entendues.

Témoignage recueilli par François Bès, de l’Observatoire international des prisons.

Des cabines téléphoniques sont installées au sein des prisons. La fréquence, les jours et heures d’accès au téléphone, ainsi que la durée autorisée des communications sont fixés par le règlement intérieur de chaque établissement. L’absence de confidentialité des échanges et le coût, élevé, des communications sont d’autres obstacles au bon exercice du droit des personnes détenues de passer des appels depuis la prison. © CGLPLDes cabines téléphoniques sont installées au sein des prisons. La fréquence, les jours et heures d’accès au téléphone, ainsi que la durée autorisée des communications sont fixés par le règlement intérieur de chaque établissement. L’absence de confidentialité des échanges et le coût, élevé, des communications sont d’autres obstacles au bon exercice du droit des personnes détenues de passer des appels depuis la prison. © CGLPL

« La prison, je pensais savoir ce que c’est. Je travaille à l’hôpital, et j’en entends parler depuis toujours par des patients qui ont été incarcérés, ou dont un proche l’a été. J’ai vu à quel point des gens se disent “brûlés” par leur incarcération ou celle d’un proche. Mais j’avais beau connaître un peu, celle d’Alex a été terrible. Tout d’un coup, j’étais terrorisée de ce qui pouvait lui arriver. C’était mon fils et je ne savais pas ce qu’il vivait. Nous avions cru pouvoir obtenir les permis de visite rapidement… Ça a pris un mois et demi. En attendant, à part amener du linge, on ne pouvait rien faire. Ni lui parler. Ni avoir de nouvelles. Les courriers transitaient par le bureau du juge et y restaient bloqués. Et on n’avait aucune explication. Avant son arrestation, on avait prévu des vacances à l’étranger, on a tout annulé. Mais Alex, ne recevant pas nos courriers, a cru qu’on était partis.

Au bout de trois semaines, un soir, un gars lui a prêté un portable. Tout à coup, je vois sur mon téléphone : “Bonjour, c’est Alex”. Méfiante, je demande : “Si c’est toi, donne-moi ta date de naissance et mon prénom”. Réponse : “février 1993, Hélène”. Puis : “Ne me laisse pas tout seul cette nuit”. On a communiqué toute la nuit. Ces SMS nous ont permis de respirer, de savoir qu’il allait bien – la seule chose qui comptait. Savoir qu’il n’était pas battu, pas violé. C’est ce dont j’avais eu peur tout de suite : le viol, comme symbole de violence, de domination, de rapports de force auxquels il n’aurait pas pu faire face.

A cette époque, il y a eu à la télé un débat sur le téléphone portable en prison. Tout le monde était contre – les chroniqueurs, le public – sauf une femme qui avait un proche en prison, et qui disait que grâce à ça on peut garder un lien avec sa famille. C’est vrai, le téléphone nous a tous sauvés. Ça a permis de dédramatiser un peu, d’avoir moins peur. On a continué à échanger par SMS, il n’avait pas assez de crédits pour qu’on s’appelle. Maintenant, on se parle tous les jours. Et si une fois il n’appelle pas, je m’inquiète. S’il était transféré, je sais que l’administration ne nous préviendrait pas tout de suite. J’ai vu comme ça des gens repartir du parloir morts d’inquiétude, on leur avait juste dit “non, pas de parloir, il n’est plus ici”. Au moins, comme ça, il peut me prévenir si ça arrive. »

Solidarités

« Après près deux mois, les permis de visite ont enfin été accordés. Deux de mes patientes, mère et fille, qui étaient au courant pour Alex et dont le mari et père avait été incarcéré, m’ont expliqué comment on entrait en prison. “Tu vas arriver, on va prendre ta carte d’identité, après il y a un sas, il faut attendre. Au parloir ne t’inquiètes pas, c’est une pièce vitrée des deux côtés mais tu n’es pas séparée de celui que tu viens voir.” J’étais bouleversée à l’idée de revoir Alex. Mais, grâce à elles, j’avais moins d’anxiété. Dès le deuxième parloir, c’est moi qui soutenais une dame. “Ne pleurez pas, je vais vous expliquer, essayez de tenir pour votre fils.” J’avais compris à quel point cette assistance est utile quand on n’y connait rien. C’est comme quand on va être opéré et qu’on vous explique. Il n’y a pas que les familles qui sont touchées. Une fois, j’ai accompagné en voiture un copain d’Alex qui allait le voir au parloir. On a bavardé sur la route et, arrivé devant la porte, il m’a dit : “Hélène, tu n’as pas une clope ? Je ne vais pas bien, je vais pleurer.” On a fumé une cigarette, il a pleuré. Je lui ai expliqué comment ça se passait au parloir. Tout ça, c’est de la solidarité. Ce qu’ont fait mes patientes, ou le codétenu d’Alex qui n’avait pas de fric mais a tout partagé avec lui pendant les deux premiers mois. Ceci dit, beaucoup pensent “chacun sa merde”, autant du côté des détenus que des proches. »

« Quand il nous voit, il décharge »

« La première fois que mon compagnon et moi sommes allés au parloir, ça a été des retrouvailles pleines d’amour, et en même temps, ça laissait une sensation de malaise de sentir qu’Alex n’allait pas si mal que ça. D’autres parents m’ont raconté ça. Les premiers mois, les gamins disent que c’est la colonie de vacances. En fait, ils se posent et tentent de se faire à la situation. Dans un SMS, Alex m’a dit : “C’est bien en prison, on n’a plus de soucis.” Pour des parents, c’est dur. Ils restent nos enfants. Si lui ne pleurait pas, nous on pleurait souvent, mais il fallait avancer à tout prix. Il ne nous raconte presque rien de la prison. Peut-être parce qu’il ne s’y passe pas grand-chose. Mais quand il ne supporte pas un codétenu, pendant tout le parloir on a droit à “Machin il fait chier…”. C’est frustrant, mais c’est normal : le parloir est le seul endroit où il peut décompresser et se confier au sujet des autres détenus et des surveillants. Il contient tout, et quand il nous voit, il décharge. Et il part vite ! La dernière fois, je lui ai dit que ça me gonflait ses histoires ; il m’a répondu qu’il ne m’appellerait plus. Parfois, il nous explique pourquoi il a besoin d’argent pour cantiner, qu’il lui faut du savon, de quoi laver sa cellule, parce que c’est pourri et que ça pue. Quand on voit l’état des WC pour les familles, on imagine comment sont les douches à l’intérieur… Son plus gros budget, ce sont les produits d’entretien. Un jour, il m’a raconté aussi la promenade et là, j’ai découvert un monde. Il m’a dit : “Il y en a un qui m’a regardé de travers. Heureusement, j’avais mon stylo dans la poche”. Je lui ai demandé pourquoi. Il m’a répondu “je lui plantais dans la carotide s’il s’approchait”. Il n’a jamais eu à s’en servir, mais il descend toujours en promenade avec son stylo dans la poche. Je découvre un côté de mon fils que je ne connaissais pas. Et ça me donne la chair de poule. »

« Faire comprendre que les relations humaines, c’est autre chose »

« Avec ce qui est arrivé à mon fils, j’ai acquis cette conscience que tout peut basculer en un quart de seconde. Comme un accident sur la route. Et en prison, la violence est partout. Il faut apprendre à vivre vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec des personnes que tu n’as pas choisies. Si tu n’en peux plus, tu ne peux pas ouvrir ta porte. La plupart de ceux qui sont en prison sont blessés, fracassés. Du coup, la vie ne peut pas être normale là-dedans. Et il y a des barges : un jour, au parloir, quelqu’un s’est mis à hurler à la mort. C’était une maman ; son fils lui tapait dessus. Il avait amené un sac avec ses excréments dedans. Psychotique, il n’avait rien à faire en prison, mais il y était. Cette femme s’est retrouvée barbouillée, frappée, humiliée, le temps que les secours arrivent. Les surveillants aussi ont peur. Ils n’ont pas envie d’être là, et leur boulot est difficile. Mais avec eux non plus je ne laisse rien passer. On a obtenu qu’ils nous appellent “Madame, Monsieur” quand on entre au parloir, et non pas simplement par le nom de famille. Quand mon compagnon me dit que ça ne sert à rien de râler, je lui réponds qu’on ne doit pas renoncer. On doit faire comprendre à notre fils, aux surveillants, que les relations humaines c’est autre chose.
On peut comprendre un comportement à l’intérieur, parce qu’ils sont dans la survie, mais il faut rappeler que dehors, la vie, c’est autre chose. Une femme dont le mari a fait huit ans m’a raconté qu’il est sorti de prison totalement handicapé. Il n’était plus capable de prendre de décision, d’affirmer quoi que ce soit. Elle et ses filles étaient toujours derrière lui, car il oubliait d’éteindre l’eau ou la lumière. Ça ne s’éteignait pas automatiquement comme dedans. Il ne savait plus vivre. »

Cet article est issu du n°92 de la revue trimestrielle Dedans-Dehors, éditée par l’Observatoire intertional des prisons. Pour le citer : Pour le citer : Observatoire international des prisons, « Quartiers et prison : un destin collectif », Dedans-Dehors, n°92, juillet 2016, pp.48-49.Pour vous abonner à la revue papier, c’est ici.

Source : https://blogs.mediapart.fr/observatoire-international-des-prisons-section-francaise/blog/020816/en-prison-le-telephone-nous-sauves

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La France bat une nouvelle fois son record de détenus

69 375 personnes étaient détenues dans les prisons françaises au 1er juillet, pour 58 311 places « opérationnelles » (disponibles), un record absolu, selon le ministère de la justice. Jamais les prisons françaises n’ont été aussi remplies.

Les prisonniers français sont très massivement des hommes majeurs. On ne compte que 643 mineurs écroués en métropole, et 2 650 femmes, soit 3,5 % de la population carcérale.

 

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/07/19/la-france-bat-une-nouvelle-fois-son-record-de-detenus_4971928_4355770.html#2x5qQgbhq3SsoCLp.99

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La nomination du juge des libertés et de la détention par décret

Dans le projet de loi « Justice du XXIe siècle » adopté par l’Assemblée nationale le 24 mai 2016, il est question du juge des libertés et de la détention. Qu’en est-il exactement ?

En effet, parmi toutes les nouveautés qui émaillent ce projet (droit de la famille, état civil, justice des mineurs, actions de groupe, etc.) figure une disposition qui constitue une avancée majeure de notre droit répressif et du statut de la magistrature : la nomina- tion du juge des libertés et de la détention non plus par le prési- dent de la juridiction, mais par décret. En d’autres termes, il sera un juge spécialisé, comme le juge d’instruction, des enfants ou de l’application des peines, bénéficiant d’un véritable cadre statutaire. Loin d’être anecdotique, cette modification constitue l’aboutissement d’un long processus qui, depuis la naissance du juge des libertés et de la détention, a vu le législateur lui confier de plus en plus de compétences et de responsabilités.

Quelles sont les principales étapes de cette construction ?

En créant à l’origine la fonction de juge des libertés et de la déten- tion (L. n° 2000-516, 15 juin 2000 ; art. 137-1 c. pr. pén.), le législa- teur a souhaité confier à un magistrat expérimenté, ayant au moins le grade de vice-président, indépendant du juge d’instruction et du parquet, la responsabilité de la mise en détention provisoire ou du maintien en liberté des personnes, y compris les mineurs déférées devant le magistrat instruc- teur, rompant ainsi avec une tradition très ancienne et mettant fin à de
récurrentes critiques. La loi demande au juge des libertés et de la détention de proposer une analyse autonome et personnelle des situations variées qui lui sont présentées dans le cadre légal. La difficile question de la détention provisoire illustre particulièrement bien l’utilité de cette distance et la pertinence de cette démarche. Il est rapidement apparu au législateur que la fonction de juge des libertés et de la détention trouverait une extension naturelle dans tous les domaines où l’atteinte aux libertés et à la vie privée des personnes serait en jeu. Ainsi, la loi n° 2004-204 du 9 mars 2004, introduisant dans le code de procédure pénale toute une batterie de dispositions visant à réprimer la délinquance organisée (art. 706-73 s.), a attribué au juge des libertés et de la détention de nouvelles fonctions dans le domaine des procédures diligentées par le parquet. Il intervient ici en quelque sorte comme un juge de la mise en état des enquêtes pénales, sous la réserve que, dans ce cas, son seul interlocuteur est le ministère public, l’avocat n’y ayant pas accès. Ses pouvoirs en la matière sont très importants et le contrôle qu’il exerce s’étend sur de vastes domaines de l’enquête préliminaire ou de flagrance : prolongations de garde à vue, écoutes téléphoniques, perquisitions, etc. Ses décisions peuvent orienter l’enquête ou lui faire prendre un tour différent. On peut également citer le contrôle judiciaire ou la détention provisoire avant jugement prévus par les articles 394 et 396 du code de procédure pénale et l’exécution des mandats d’arrêt ou d’amener délivrés contre des personnes par diverses autorités judiciaires (par ex., art. 127, 133, 135-2, 410-1 et 465 c. pr. pén).
Au fil du temps, le juge des libertés et de la détention s’est vu attribuer, en outre, des compétences dans les domaines les plus divers, s’agis- sant de contrôler la mise en œuvre de mesures non contradictoires susceptibles de porter atteinte à la liberté, la vie privée ou l’auto- nomie des personnes. Il s’agit le plus souvent de contrôles admi- nistratifs et de saisies dans les domaines commercial (art. L. 450-4 c. com.), fiscal (art. L. 16 B LPF) et douanier (art. 64 c. douanes). On trouve sa trace dans le code de la défense (art. L. 1521-14 à L. 1521-18), le code de la sécurité intérieure (art. L. 312-12), le code rural et de la pêche maritime (art. L. 206-1) et le code de l’environ- nement (art. L. 218-30). Le législateur lui a également conféré d’im- portantes compétences lors de la rétention des étrangers (art. L. 552-1 s. CESEDA) et de l’hospitalisation sous contrainte des per- sonnes incapables d’exprimer leur consentement (L. n° 2011-803, 5 juill. 2011, puis L. n° 2013-869, 27 sept. 2013).

Précisément, dans ce contexte, quel est l’intérêt de la nomination de ce magistrat par décret ?

Les exemples ci-dessus montrent très bien que, partant de l’unique contrôle de la détention provisoire, le juge des libertés et de la détention est devenu en quelques années, au bénéfice d’une extension considérable de ses compétences dans les domaines les plus variés, y compris le champ civil de l’hospitali- sation sans consentement, un véritable juge de l’investigation et de la contrainte. Peu à peu mais de manière très déterminée, le législateur lui a confié le contrôle de quantité de situations où les personnes subissent, sous diverses formes, une restriction plus ou moins importante de leurs libertés. Or ce foisonnement de compétences, cette richesse de fonctions, s’accommodent mal de la situation actuelle relativement précaire du juge des libertés et de la détention, dont la nomination et le maintien sont décidés par le président de la juridiction. Depuis déjà quelques années, il apparaissait avec évidence que son statut, tel que défini par la loi du 15 juin 2000 dans des conditions très diffé- rentes, n’était plus compatible avec l’accroissement et l’impor- tance de ses charges. Tirant lui-même les conséquences de ses choix, et témoignant aussi de la confiance qu’il place dans la fonction de juge des libertés et de la détention, le législateur souhaite donc conférer à ce magistrat l’habit de juge spécialisé qui désormais lui sied, satisfaisant ainsi non seulement à une ancienne et légitime demande, mais aussi à une évidente néces- sité de cohérence judiciaire.

 

Source :  http://www.village-justice.com/articles/nomination-juge-des-libertes-detention-par-decret,22672.html#7SguX5jAcCPoWwTi.99

 

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POUR EN FINIR AVEC LA MISE A MORT DE KAMEL BOUABDALLAH

Nous appelons à être présents les 20, 21 et 22 juin 2016 à la cour d’assises d’appel de Grenoble qui va décider du sort réservé à Kamel Bouabdallah, 28 ans, condamné en première instance par la cour d’assises de Valence à vingt-cinq ans de prison.
25 ans !

Kamel a déjà passé plus de 10 ans derrière les barreaux !
Plus d’un tiers de sa vie en prison !

De ses écrits, qui ont traversé les murs, et par sa volonté de dire la prison à toutes et tous, nous avons souhaité que ses mots francs et directs puissent être partagés. Ainsi, le collectif de soutien Kamel-Libre a vu le jour. Nous, amis de Kamel et de sa famille, refusons que lui comme d’autres êtres humains soient condamnés à mourir enfermés.

« La prison mène à la prison. »    

Kamel a à peine 15 ans lorsqu’il entre pour la première fois en prison. À partir de là, les peines s’enchaînent et le passage à l’âge adulte s’opère derrière les barreaux. Quand il sort à l’âge de 21 ans, il essaie de se reconstruire en travaillant et en re-découvrant la vie à l’extérieur. Mais c’est sans compter que les traumatismes occasionnés par la vie en prison ne s’effacent pas le jour de la sortie et qu’il est difficile de trouver sa place dans la société après des années d’enfermement.
En mai 2011, avec un complice, il va braquer six commerces avant d’être pris en chasse par la police. Le scooter dérape. Kamel veut fuir… Dans un moment de panique et désespéré, il frappe de la crosse d’un pistolet le policier, avant d’être arrêté.

« À ce moment-là, je préférais mourir que d’aller en prison. »

L’histoire de Kamel et de tant d’autres nous pousse à questionner les rouages de l’univers carcéral et par là-même ceux d’une société qui fabrique l’exclusion. Par notre présence devant le tribunal, nous souhaitons pointer l’absurdité d’une politique qui n’a de cesse d’infantiliser, d’humilier et de torturer celles et ceux qu’elle prétend vouloir ré-insérer.
La justice, au lieu de lui laisser cette prétendue possible ré-insertion, a prononcé en première instance une peine “d’élimination sociale” et elle pourrait même l’aggraver avec une condamnation qui peut aller jusqu’à 30 ans…  Aujourd’hui, il n’est pas libérable avant 2036.

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« Frustrés de tout, privés à l’excès, humiliés ».

Lors du procès à Valence, ni Kamel ni ses proches n’étaient prêts à une telle mise-à-mort. Ils ne pensaient même pas à la défense possible de leur fils, de leur frère, tant ils imaginaient un système irréprochable, tout du moins juste. Ils n’ont pu que constater à leurs dépends que la parole des proches n’a pas de prise, pas de poids, et que, la plupart du temps, pour les magistrats, elle ne peut être considérée, ni même entendue.
Près de deux ans après, c’est plus forts de rencontres entre les uns et les autres que nous allons accompagner la défense de Kamel. D’une part pour qu’il ne soit pas vaincu d’avance, d’autre part pour briser l’indifférence coutumière dans laquelle se succèdent les procès en assises et la délivrance de tant d’années de peine de prison, de plus en plus longues et de plus en plus nombreuses.

Les peines s’allongent sans cesse, au fur et à mesure des lois qui durcissent le code pénal. Ce ne sont plus seulement les actes qui sont condamnés mais les personnes elles-mêmes. Leur prétendue “dangerosité” est déterminée en fonction de leurs profils socio-judiciaires, de leurs comportements en prison, sur la base d’expertises psychiatriques et d’hypothèses sociologiques ou médicales douteuses… La sortie de prison, plus qu’un parcours du combattant, est un véritable labyrinthe, surtout pour les longues peines : les peines de sûreté (temps pendant lequel il ne sera pas possible pour le prisonnier d’obtenir un quelconque aménagement) qui de la moitié du temps de peine passent à ses deux tiers ; le cumul de peines pour le moindre incident survenu en détention ; les permissions de sortie sans cesse repoussées ; le passage obligé par le centre national d’évaluation ; la libération conditionnelle comme une chimère… Ce que disent habituellement les juges aux jurés sur les remises de peine est faux : celles et ceux qui sont condamnés à des peines de 25 ou 30 ans les purgent dans leur totalité ou presque.

« M’enterrez plus, posez les pelles ! »

Il est dur de rester passif quand on prend acte de la masse de violences et de souffrances qu’engendre l’enfermement, avec comme seules promesses : cellules, coursives, cours de promenades, cachots, transferts, cellules de confinement, quartier d’isolement, services psychiatriques dans la prison et prison dans les hôpitaux psychiatriques…

Le collectif Kamel-Libre appelle à se réunir à l’occasion du procès de Kamel Bouabdallah qui se tiendra du 20 au 22 juin 2016 à la cour d’assises d’appel de Grenoble. Nous pensons qu’il est vital de visibiliser ce procès comme tant d’autres et d’élargir la solidarité auprès des prisonnières et prisonniers longues peines.

« Merci de vous soucier de nous, souillés, laissés rouiller, sans amour et sans lumière. »

 

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EMISSION DE RADIO frontline  » le combat de la famille Blaise »

Emission Frontline – F.P.P. du 13 mai 2016 avec Juliette pour revenir sur le combat de la famille Blaise après la mort en prison de leur fils Eric Blaise.

http://lignedefront.free.fr/frontline_13mai2016.mp3

Blog : http://ericblaise.canalblog.com/

Vidéo « Le combat de la famille Blaise » : http://www.youtube.com/watch?v=XZSpH3e07fA

Tracklist :
1) Elaine Brown « Until we’re free »
2) Extrait de la vidéo « Le combat de la famille Blaise »
3) The Lumpen « Free Bobby now »
4) 2Pac « Dear mama »
5) Rebeca Lane « Poesia venenosa »
6) Gabylonia « Yo soy »
7) Billie Brelok « Vertigo »
8) Fils du Béton « Le jour le plus long »
9) Spartaco feat Sitou Koudadjé « Pueblo »

BBoyKonsian.com – Palante Bbk

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