Garde à vie, par Abdel Hafed Benotman

Dès 14 ans Hugues a été pris en flagrant délit de rodéo avec une voiture volée et placé en garde à vue. Le policier chargé de l’interroger le presse de dénoncer le copain qui était au volant. Mais il ne cède pas. En prison, Hugues partage la cellule d’un dénommé Jean qui lui en fait baver des ronds de chapeau : racket, humiliations, cruautés, menaces sur sa mère… A quinze ans, l’ado se trouve démuni face à ce jeune homme coriace, prêt à tout pour imposer sa loi. Alors la peur devient sa came quotidienne. Le garçon va-t-il craquer et dénoncer son complice pour sortir de l’enfer ? Tout bascule quand Hugues entre dans un délire de fièvre, flottant dans des cauchemars hyperréalistes sur l’univers pénitentiaire. Ce texte très fort rend compte de la violence et de la solitude subies par les détenus. L’auteur, qui a connu la prison dès l’âge de seize ans, met en garde contre cette machine à broyer les adolescents, au-delà du fantasme que peut leur procurer le milieu des caïds. Une écriture puissante et poétique, rythmée comme les slams que s’invente l’oisillon en cage pour crier sa peine – tel ce proverbe en ouverture : « La prison ? La 1re fois ? C’est la leçon. La 2e fois ? La punition. La 3e fois ? C’est ta maison ! » Alors que le gouvernement a émis une proposition de loi afin d’abaisser l’âge de la responsabilité pénale, ce livre bouscule les préjugés sur le sujet. Un roman noir à lire d’une traite, comme un cri dans la nuit carcérale.

 

Par Nathalie Riché (Lire)
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