Violences sur un détenu : les policiers relaxés

Ambiance tendue, hier après-midi, au tribunal correctionnel de Pontoise. Quatre policiers et un surveillant pénitentiaire comparaissaient pour avoir frappé un détenu, Grégory C, le 25 janvier, dans l’enceinte du palais de justice. Ce dernier, âgé de 29 ans, était lui-même poursuivi pour outrage, rébellion, violences volontaires et menaces de mort.
Les deux affaires ont été traitées l’une après l’autre. Au bout d’un procès de près de cinq heures, les policiers ont finalement été relaxés. Grégory C, lui, a écopé d’un an de prison ferme. Un certificat médical réalisé trois jours après l’altercation indiquait qu’il souffrait de plusieurs ecchymoses, dont l’une à l’œil, et d’une déchirure au tympan.

C’est en fait une audience devant le juge des libertés et de la détention qui a mal tourné, ce 25 janvier. Ce jour-là, Grégory, incarcéré depuis treize mois à la maison d’arrêt du Val-d’Oise dans une affaire d’homicide, comparaît pour une demande de mise en liberté conditionnelle. L’entretien se passe dans le calme. Mais, alors que le détenu attend le délibéré, le juge appelle en renfort des forces de l’ordre du tribunal. Quatre policiers arrivent dans le petit bureau. Le magistrat annonce sa décision : la détention provisoire est prolongée. « Toi, tu n’en as rien à faire, ce soir tu dors chez toi, mais moi, je ne veux pas retourner au trou », lui lance alors le détenu, mécontent. Il se lève et se dirige vers la sortie. Un surveillant le repousse. Echange de regards. « Fais pas ton cow-boy », lui lance alors le détenu. Et c’est à ce moment-là que les versions divergent.

Parole contre parole

Selon les policiers, Grégory aurait menacé le surveillant, tête contre tête. « Il était très agité, raconte un des policiers poursuivis. C’était impossible de le menotter. C’est pour cela que nous l’avons plaqué au sol et lui avons fait une clé de bras. Ce sont des techniques d’interventions que l’on apprend à l’école de police. » La scène se déroule dans le couloir. « Il faudra m’expliquer comment un œil au beurre noir peut faire l’objet d’une technique policière », relève Me Jérôme Crépin, avocat de Grégory, qui a lancé une procédure de citation directe pour que les policiers soient également poursuivis dans cette affaire.

Les fonctionnaires se mettront ensuite à quatre pour le soulever et l’emmener, allongé de tout son long dans l’ascenseur, afin de rejoindre les geôles, au sous-sol du palais de justice. « Je n’ai insulté personne, assure le détenu. J’ai mis les mains dans le dos pour me faire menotter. Puis j’ai été plaqué par terre. On a failli me casser le poignet. Et dans l’ascenseur j’ai reçu des coups de genou. On m’accuse d’avoir donné des coups de pied? Mais je ne pouvais même pas bouger! » Un avocat, témoin d’une partie de cette « intervention musclée », assure à la barre avoir entendu le détenu supplier les policiers de le mettre à terre, étouffé par son tee-shirt qui le serrait à la gorge. Le détenu explique qu’une fois en cellule, un des policiers aurait resserré les menottes et lui aurait craché dessus. Des accusations niées par les intéressés. Parole contre parole, la justice a tranché.

Grégory C a décidé de faire appel du jugement.

 

Source : Le parisien/ 16.03.2013
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