Prisons neuves : le partenariat public-privé, du « bricolage »

L’Observatoire international des prisons demande que le cahier des charges des nouvelles centrales construites avec un partenariat « public-privé » soit « entièrement revu ».

Riom (Puy-de-Dôme), Valence (Drôme) et Beauvais (Oise) : trois villes qui doivent accueillir, en 2015, un nouvel établissement pénitentiaire.

Ils remplaceront sept établissements vétustes : deux à Riom et un à Clermont-Ferrand, Valence, Beauvais, Compiègne et Liancourt (Oise). Pour pouvoir les fermer au plus vite, le ministère de la Justice explique jeudi 13 décembre s’être résolu à conserver, pour ces trois nouvelles prisons, le mode de financement du « partenariat public-privé » (PPP).

Prévu par la précédente majorité, il permet à l’Etat de recourir à l’investissement privé en contrepartie d’un loyer. Jugé trop coûteux, il a fait l’objet de vives critiques de la part de… la ministre de la Justice elle-même. Christiane Taubira estimait en effet en juin qu’il n’était « pas acceptable » car il « engageait l’Etat sur au moins deux générations pour échapper à des crédits aujourd’hui ».

« C’est absurde et extrêmement décevant » réagit l’avocat et secrétaire national de l’OIP (Observatoire international des prisons) Etienne Noël. « On pare au plus urgent avec des solutions de bricolage qui vont alourdir l’endettement de l’Etat sur des dizaines d’années. »

Un caractère d’urgence effectivement mis en avant par le ministère de la Justice pour justifier sa décision. La recherche d’une maîtrise d’ouvrage publique aurait pris trop de temps. Le ministère précise toutefois que le partenariat public-privé a également été conservé « pour des raisons sanitaires et de dignité. » Une décision qui laisse plus que sceptique Barbara Liaras, en charge de la revue « Dedans Dehors » pour l’OIP, qui s’est particulièrement penchée sur les « nouvelles prisons ». Dont une partie de la gestion est dans la grande majorité déléguée au privé.

« Plus les prisons sont grandes, plus le niveau de violence est élevé »

« Nous ne sommes pas vraiment surpris par cette annonce, car nous savions dès juillet que le partenariat public-privé était maintenu » note Barbara Liaras. Mais si elle « peut comprendre » que l’Etat « soit soumis à des engagements financiers », elle souhaite que « soit entièrement revu le cahier des charges » de ces nouveaux établissements.

« Le cahier des charges de ces établissements est établi par l’administration pénitentiaire, qui transmet aux prestataires privés ce qu’elle souhaite mettre en oeuvre ». Elle dénonce d’abord la taille des établissements. Selon le journal « La Croix« , celui de Riom pourrait recevoir 554 détenus, Valence 456, et Beauvais 594.

« Plus les prisons sont grandes, plus le niveau de violence est élevé et compliqué à contenir. » L’architecture, explique-t-elle, conduit également à appliquer à tous des mesures de sécurité maximales, « quand seule une partie des détenus en a besoin, si tant est qu’elle en ait réellement besoin. »

Des mesures qui se traduisent par un renfort de miradors, barbelés et caillebotis aux fenêtres, c’est-à-dire des grillages en plus des barreaux. Qui « réduisent considérablement la visibilité. » Barbara Liaras ajoute que les nouvelles prisons sont conçues pour limiter au maximum les relations entre détenus, entre surveillants, et entre détenus et surveillants. « Tous les mouvements sont segmentés par des grilles, des sas… Sans compter la multiplication du recours au système électrique de surveillance, d’ouverture des portes,… »

Celle qui s’est entretenue avec des détenus et du personnel d’établissements récents rapporte un constat similaire des deux côtés : « les détenus se sentent plus seuls, les surveillants aussi. Ils dialoguent moins, se connaissent moins. D’où des tensions plus fortes. » En gestion publique, poursuit-elle, un surveillant peut lui-même changer une ampoule grillée. « Pas en privé, où il doit transmettre une demande. Si elle n’aboutit pas rapidement, le surveillant ne peut que répéter au détenu qu’il a transmis sa demande. »

Parmi les critiques les plus récurrentes sur les établissements financés en partenariat public-privé figurent en bonne place les prix des produits de la « cantine ». « Dans le public, un vrai effort a été fait sur les tarifs, permettant de proposer aux détenus des prix tout à fait honnêtes » rappelle Barbara Liaras. En comparant les prix entre public et privé, elle a constaté des écarts très importants : « 200 grammes de Chicorée coûtent 33 centimes dans le public, et peuvent monter jusqu’à 2,88 euros dans le privé. »

« Proposer à chacun un suivi individualisé »

L’OIP souhaite que la ministre « mette en œuvre sa politique pénale » dont il ne « voit pas les effets pour l’instant », et qu’elle développe des peines non carcérales, de probation, comme les mesures de suivi, l’accompagnement en milieu ouvert,… « Il ne s’agit pas d’être laxiste, mais de proposer à chacun un suivi individualisé, adapté en fonction du délit et de ses besoins. » Ce qui réduira « le flux et le nombre de personnes détenues ». Alors pourra-t-on « commencer à réfléchir au temps de détention » et se poser la question suivante : « que faire pour que cette personne sorte de la délinquance ? »

 

 

source : http://www.rue89.com/2012/12/14/prisons-neuves-le-partenariat-public-prive-du-bricolage-237805
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