Lettre de Xavier Valancker, alors détenu à la prison d’Annoeullin, 02.12.12 (G.EP.)

Ici ça tient, 58e jour de cachot et aucune assurance de départ. C’est une guerre d’usure. Je suis physiquement mais le mental tient bon. […] Je te rejoins lorsque tu dis que la trame relationnelle est capitale, nous existons et survivons grâce à l’attention que vous nous portez, ce n’est pas une question de courage nous concernant, c’est tout simplement une lutte pour la vie, pour ne pas être phagocyté par ce système aliénant tentant de nous priver de ce libre-arbitre qui est notre essence même. Nous sommes coupables de vouloir préserver notre identité dans le contexte malsain déjà décrit. M. me confiait encore récemment les réveils en sursaut suite aux cauchemars découlant du traumatismes. Je peux parfaitement assimiler cela car on se sort pas indemne d’une telle situation. Les stigmates sont définitivement imprimés. Je partage sa souffrance, c’est mon frère de misère.

Je serai heureux de quitter ce cloaque savoir écopé d’une peine supplémentaire et en évitant les coups physiques, procédé tellement usuel en ce lieu. […] J’en ai le cœur serré mais c’est l’unique moyen de me préserver, de quitter cette place dangereuse axée sur la punition industrielle, où l’être n’est ni plus, ni moins qu’une marchandise, un article du stock humain disponible. […]

Je passerai demain au prétoire pour non-réintégration de la fosse septique (sceptique?!) Comme de coutume, il s’agira d’un prétoire-fantôme, récusant la légitimité de leur instance d’opérette où l’avocat a un rôle fictif. Ce fera la sixième fois. Intervient le jour où l’expression est superflue, où le dialogue se transmue en deux monologues parallèles, ceci n’étant que le point de rupture. J’ai franchi un point de non-retour, me dégageant de leur emprise en intégrant la structure disciplinaire, devançant leur souhait de nuisibilité, la longueur de leur bras répressif étant insuffisante pour me maintenir la tête sous l’eau, je réemergerai par ailleurs, leur lac administratif étant si vaste ! C’est une méthode qui en vaut une autre. Demeurer ici, c’est moisir sur le long terme pour finalement leur appartenir par renoncement, soumission ou atonie. Je récuse cette prise d’otage officieuse mais pourtant effective.

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